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voix seule. Dans rime de ces œuvres, la cantate Ich habe geniig^ domine un trait essentiel du caractère de Bach, cet amour de la vie en Dieu qui se révèle dans la plupart de ses œuvres et dont il a, dans celle-ci en particulier, chanté le poème. Une seule pensée gouverne toute sa composition qui est ainsi d'une rare unité de sentiment. 11 a voulu exprimer combien il désire le ciel et combien il est las de la terre. Et il a choisi pour interprète de son cœur le vieillard Siméon, et mis en musique un texte inspiré de son cantique Niinc dindttis. Cette cantate semble formée d'une suite de Lieder spirituels. Un des airs qui s'y rencontrent, le plus profond, figure déjà dans le livre de musique d'Anna Magdelena (i^aS). Il est inspiré par l'enthousiasme de la mort. Comme dans plusieurs compositions que nous avons déjà citées, Bach évoque ici la paix du sommeil funèbre. La basse de l'orchestre murmure lentement, uniforme et assoupie. Mais la voix s'élève en motifs ardents. Elle demande, avec une sorte de fièvre, ce repos que les instruments graves bercent déjàde leurs cadences endormies. Dans le recueil de 1725, cet air, écrit pour soprano, est noté une tierce mineure plus haut. D'ailleurs cette cantate avaitd'abordété destinée tout entièreau soprano. I. 82.
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Au lieu du hautbois qui accompagne dans lepremier etle troisième air, Bach avait choisi la flûte. La sonorité pénétrante du hautbois et le timbre puissant de la voix de basse conviennent mieux à cette musique vigoureuse. Le premier air surtout a une décision, une insistance que seule une voix d'homme peut exprimer avec assez d'ampleur.
Dans la cantate Ich will den Kreuzstah génietrageti\ la basse est aussi la seule interprète des désirs mystiques de Bach. Le premier air est d'une contexture mélodique et d'une variété rythmique fort remarquables. « Je veux porter volontiers ma croix, c'est la main bienveillante de Dieu qui me l'impose ; par elle, j'irai, après mes peines, dans la région bénie, je déposerai ma tristesse dans le tombeau, et mon Sauveur lui-même séchera mes larmes ». Chacune de ces idées est traduite par la musique D'abord le motif se dresse lentement, la voix s'étale en vocalises lourdes mêlées de tons gémissants. L'effort est trop grand pour que nous reconnaissions ici, de même que dans la cantate Ich bin vergnûgt^, une sorte de résignation joyeuse. Car le compositeur dépeint le labeur de l'homme qui supporte le fardeau de la vie, avec patience et bonne
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volonté, mais a besoin de toute son énergie pour n'être pas accablé. Cependant, vers la fin de la seconde partie de cet air, le chant se développe avec plus de liberté. La pensée de la récompense l'emporte : une large progression montante accompagne les paroles qui annoncent le voyage vers la « région glorieuse ». Enfin, la troisième partie est animée d'un mouvement nouveau. Au lieu des tenues, des notes répétées, des phrases appesanties qui, jusque-là, ont donné à la composition un caractère tourmenté, paraissent, dans cette conclusion, des motifs en triolets, qui planent, allégés, au-dessus d'un accompagnement bercé par la cadence égale de la basse.
Dans le même cycle de cantates à voix seule se placent les cantates Falsche Welt, clir trau ich nicht^ et Jauchzet Gott in allen Landen ^, écrites pour soprano solo, Widerstehe doch der Sûnde^ et Schlage doch, gewûnschte Stunde'*^ pour alto, Ich armer Mensch *, pour ténor, enfin Was soll ich aus dir machen, Ephraim^ et Siehe, ich will viel Fischer aussenden'', pour plusieurs solistes.
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Un grand nombre de cantates se rapportent sans doute à la dernière période de la vie de Bach, période que Spitta fait commencer vers 1735. La cantate par laquelle Bach inaugura cette année peut être désignée avec assez de certitude. C'est la cantate Lobe deii Herni meine Seele ^, où le texte fait allusion à la guerre partout déchaînée. Seule, la Saxe n'en subit point « les alarmes et la détresse... mais prévoit une année de bénédiction ». La cantate Wàr'Gott nicht mit uns dièse Zeit', que Bach a datée lui-même de 1785, et qui se rapporte au quatrièmedimancheaprès l'Epiphanie (3ojanvier) glorifie la protection de Dieu qui combat pour les siens. Un air d'alto, accompagné du cor de chasse, est, comme un chant de guerre, tout vibrant de fanfares graves. Enfin la cantate Gott der Herr ist Sonnund SchiUP peut être associée à ces cantates où retentit le fracas des armées. Le premier chœur est accompagné des cors qui jouent une sorte de marche militaire, rythmée par les timbales, et le motif des violons s'y élève soudain comme une volée de Irails.
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Spitta présume que, dans cette année 1735, Bach reprit plusieurs de ses anciennes cantates. Dans quelques-unes de celles qu'il fit à cette époque il employa aussi des airs tirés d'œuvres antérieures. Une série de compositions écrites sur du papier de même marque comprend des cantates destinées aux fêtes célébrées depuis le troisième dimanche après jusqu'au mardi de la Pentecôte. Elles furent sans doute exécutées la même année. D'ailleurs, si la matière des manuscrits nous apprend que ces œuvres sont contemporaines les unes des autres, la nature des textes nous indique aussi que ces cantates ont dû se suivre sans interruption. Les paroles de la plupart ont en effet une origine commune. Elles sont tirées de l'ouvrage intitulé Versuch ingebundener Schreiharl (Leipzig, 1728); Christiane-Marianne von Ziegler en est l'auteur. Amie des arts, musicienne et poète, Christiane-Marianne von Ziegler eut, à Leipzig, un des premiers salons littéraires de l'Allemagne ^ Sa contribution à l'œuvre de Bach est certaine pour huit cantates, composées probablement en 1735. Nous citerons ces cantates d'après l'ordre de la liturgie.
La première est destinée au troisième dimanche
I. Voyez l'étude de Spitta sur G. -M. de Ziegler dans le recueil intitulé Hislorische und philologisc/ie Aufsàtze, Ernsl Curlius zu seinem siebenzigsicn Geburlslage ain zwei/ten Seplcmbcr 1884 çciviciinel. Berlin, i88'i.
après Pâques {Jiihilate). Elle rayonne de cet éclat de grandeur et de poésie qu'on trouve seulement dans les œuvres où s'unissent la perfection du style et la fraîcheur de la pensée, restée jeune. Le sujet de cette cantate [Ihr werdet weinen und heiileii ') est renfermé dans ces paroles de l'Évangile selon saint Jean (Gap. xvi, vers. 20) : « En vérité je vous le dis, vous pleurerez et vous gémirez, et le monde sera dans la ioie. Vous serez dans la tristesse, mais votre tristesse se changera en joie. » Dans le premier chœur, Bach interprète de la façon la plus transparente l'antithèse contenue dans ce verset de l'Évangile. D'une part, il exprime la tristesse par un thème chromatique, d'autre part il annonce la joie par un motif de rythme agile. Voici le début de la partie de soprano où figurent, expliqués par les mots, ces deux dessins mélodiques.
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