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surtout intéressant parce qu'en lui s'unissent le calme des organistes thuringiens et la fantaisie des organistes du nord de rAllemagne. Les premiers se distinguaientpar leur sensibilité grave, leur application, leur recherche de la sonorité agréable et de la clarté^ Les œuvres des seconds témoignent surtout d'une imagination brillante et d'un goût, poussé à Textrème, pour la variation ornementale des mélodies de cantiques. Bôhm imite leurs procédés quand il assouplit en grandes phrases ornées les périodes uniformes des chorals, mais ses vocalises sont expressives comme des traits de récitatifs, et de l'ensemble du cantique ainsi traité se dégage une puissante exhortation à la piété. Son prélude au choral Vater unser iin Himmelreich a la même éloquence implorante que certains airs spirituels de Johann Fischer ou d'Erlebach. A mesure que se découvre l'ampleur pathétique de cette pièce vraiment inspirée, l'on oublie l'impropriété de l'écriture, l'emploi de notes répétées qui répugne à la continuité mouvante de l'orgue. Mais, dans cette paraphrase lyrique du vieux choral, je reconnais plutôt une prière individuelle qu'un prélude à la prière commune. Elle appartient au culle domesticjue plus (|u'à l'assemblée chrétienne. Et l'imperfection même
I. A. -G. Rillcr. Zur Gcschic/ilc des Of^clsjiiels, 1SS4, l,p. 1G2.
de la facture, le défaut de convenance pourrorgue, semble nous annoncer que l'auteur a pensé en claveciniste ^ Ce caractère est encore apparent dans des séries de variations sur des chorals '" où Ton rencontre des détails qui ne sont point de l'orgue.
On ne sait point sûrement si Bach fut, dans le fait, l'élève de Bôhm, mais tout porte à le croire. Ayant résidé à Ohrdruf, tout près du pays natal de Bôhm, Bach pouvait facilement trouver accès près de l'organiste de Lûneburg. A défaut d'autre recommandation, il lui aurait suffi de se présenter devant lui au nom de ces Bach dont les compositions étaient chantées à la Midiaeliskirche. Bôhm avait trop longtemps vécu dans la région courue jadis par Hans Bach « à la jolie barbe » pour ignorer cette famille de ménétriers où quelques-uns s'étaientdéjà signalés comme des maîtres. Observons du reste que Bach agit en tout comme s'il obéissait aux conseils de Bôhm. Non seulement il écrit dans son style, mais il veut remonter jusqu'aux sources mêmes de ce style. D'abord formé en Thuringe, comme Bôhm, il tâche d'acquérir aussi l'art scintillant des organistes du Nord. Nous voyons dans la notice nécro-
1. Cette pièce est publiée dans l'ouvrage de Ritter, II, p. 202.
2. On trouve des chorals de Bôhm dans le Repertoriani d'A.-W. Gottschalg (Schuberth, éd.) et dans la collection de M. Straube, Alie Meister des Orgeispiels (Peters, i(j04).
logique qu'il allait parfois de Liineburg à Hambourg pour entendre Johann-Adam Reinken, l'organiste fameux de l'église Sainte-Catherine. Reinken était né à Deventer en 1628 et avait été formé à Hambourg par Scheidemann, auquel il succéda en 1664 comme organiste de Sainte-Catherine après lui avoir servi de suppléant pendant plusieurs années' . Dans ses œuvres d'orgue, Reinken cherche à étonner plus qu'à toucher. A. -G. Ritter analyse son prélude du choraL4/i IVasserflussen Babylon. C'est une œuvre très développée (335 mesures), pleine d'ingéniosité, mais superficielle. Il en est de même de sa composition faite d'après le choral Es ist gewisslich an der Zeit^ longue de 282 mesures à quatre temps, très ornée, et où les ressources de l'orgue sont habilement utilisées. Il y avait surtout dans son art une virtuosité qui devait séduire le jeune Bach et une abondance assez riche pour l'émerveiller.
Ce séjour à l'école de Liineburg permit aussi à Bach d'entendre de la musique française. Georg- Wilhelm, ducdeBraunschweig-Liineburg, s'était formé à Celle une cour toute française. En 1675, il avait épousé Eléonore Desmierd'Olbreuse, (jui était oriiiinairo du Poitou. Un unnid nombre de
I. Gescliichte der Klafiermiisili de M. Max Soiffert (iS()()), p. a,ï5 (> ctl. de l'ouvi-ii^jc de Wcit/iiuiiin, G\'«c7//c7i^c des h'iariers/iielx).
LA VIE a5
Français étaient déjà au service du prince avant i685. Après la révocation del'éditdeXantes, beaucoup de protestants se réfugièrent dans ses possessions où ils étaient favorablement accueillis. EléonoreDesmiersortait d'une famille huguenote, elle compatissait aux peines des exilés et les secourait à cause de leur race et à cause de leur foi. Une vague religion de la patrie se mêlait à sa miséricorde pour les calvinistes persécutés. Pour qu'ils pussent tenir leurs assemblées dans un lieu moins étroit, elle donna trois mille écus de sa cassetteparticulière.EUe voulaitque, forcés de quitter leur pays afin de sauvegarder leur croyance, ils eussent enfin la consolation des prières communes et paisibles, après l'émoi des prêches dans la campagne et la ruine de leurs temples\ Ainsi s'organisait autour d'elle, et jusque dans son peuple industrieux et grave, la France quelle avait rêvée, parce qu'elle lavait déjà connue un peu, dans son enfance provinciale. Dans cette résurrection de sa vie, la duchesse retrouvait même les joies de ses premières années. Les musiciens français réfugiés à Celle lui jouaient, sans doute, les « danses poitevines et champêtres que, dit-on, elle avait apprises dès sa tendre jeunesse » et qu'elle avait aimé à danser- .