PARIS FÉLIX ALCAN, ÉDITEUR
Io8, BOUI.liVAIIU SAINT-GERMAIN, I O 8
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« Quand les familles se maintiennent longtemps, on peut remarquer que la nature finit par produire un individu qui renferme en lui les qualités de tous ses ancêtres et qui montre unies etcomplétées toutes les dispositions jusqu'alors isolées et en germe1. » Si je les applique à Bach, je trouve un sens profond à ces paroles où Gœthe énonce une vérité reconnue. En lui s'épanouit, comme en une fleur séculaire, la sève dune lignée de musiciens. Mais il ne s'est pas enrichi seulement du patrimoine accumulé par ses ancêtres directs. Il s'est donné des ancêtres d'élection. Fils spirituel des plus grands maîtres de la musique, il a su deviner, dans les biens qu'ils avaient laissés, son propre bien, et et il s'en est emparé. La clairvoyante avidité du
I. Œuvres diverses, Xe vol. de la traduction française de Porchat (Hachette), p. 38; (Voltaire).
Pikuo. I
a J.-S. BACH
génie l'a rendu l'héritier de la racé entière des compositeurs, car il s'est acquis, en le transfigurant, le meilleur de l'œuvre du passé. Les plus belles, les plus émouvantes et, en apparence, les plus neuves de ses prophéties sont, pour la plupart, de très anciens oracles qu'il a t'ait renaître pour les (louer d'une vertu plus haute, et pour nous les léguer sous la forme divine de l'inimitable. Aussi, pour étudier Bach en lui même, faut-il distinguer, dans son œuvre, l'écho des voix lointaines qu'il y a réunies en un chœur magnifique. Ce n'est pas assez (pie de le contempler isolé. On doit encore, pour le comprendre, chercher à démêler, chez ses aïeux par l'esprit, l'ébauche de son âme, et les linéaments de son caractère.
Johann-Sebastian Bach naquit à Eisenach, le 2i niais i685 *. Il fut baptisé deux jours plus tard : Sébastian Nagel, propriétaire à Gotha et Johann-Georg Koch, employé forestier a eisenach turent les parrains que lui donna son père, Johann Ambrosius Bach, musicien de la cour et de ia ville. Ce dernier était le fils d'un musicien d'Erfurt, Christophe Bach (i6i3-i66i). II était né en 164 5, avait fait partie depuis i(i(i- de la
1. Le calendrier grégorien ne fui adopté par les luthériens d'Al- . •■ qu'à partir «le 1701. D'après ce dernier, la date de la Bach loit êtn reportée au Ji mars.
compagnie de musique qui dépendait du conseil de la ville d'Erfurt, et vivait à Eisenach depuis 16711. En 1668, il avait épousé Elisabeth Lâmmerhirt, d'Erfurt. Jean-Sébastien fut le dernier né de leurs enfants, six fils et deux filles, dont plusieurs moururent en bas âge. Je ne citerai que ceux qui survécurent : Johann-Gliristoph, né en 1671, Maria-Salome, née en 1677, etJohann- Jakob, né en 1682.
Cette famille était de vieille souche thuringienne. Philippe Spitta mentionne Hans Bach qui habitait à Gràfenroda, non loin d'Arnstadt, au commencement du xvic siècle. D'autres personnages de même nom résidaient dans cette région au xvi[e siècle. Enfin, à Wechmar, sur le chemin d'Arnstadt à Gotha, mais plus près de Gotha, était établi un certain Hans Bach qu'on peut, avec assez de vraisemblance, considérer comme le père de Veit (Guy) Bach, le premier des ascendants de Bach dont le souvenir ait été conservé par sa postérité 2. Le prénom même de celui-ci témoigne de son origine : l'église de Wechmar
1. J'emprunte ces détails à l'ouvrage admirable de Philippe Spitta : Johann Sébastian Bach (2 volumes, Leipzig-, 1873 et 188 0). Cette étude monumentale domine toute étude qu'on puisse entreprendre sur Bach. L'auteur y a parlé du maître de Leipzig- avec une érudition scrupuleuse et avec une sorte de divination. C est. à la fois, un livre inspiré et un trésor de documents.
2. Dans le registre des mariages d'Ohrdruf figure, le i3 lévrier 1364, le nom de Margarethe Bach, de Wechmar.
était consacrée à Saint-( ruy. Veit appril le métier île boulanger el se rendit en Hongrie. Spilta' estime qu'il étail né entre i55o el i56o, et qu'il regagna sa patrie avant l'année 1097, ('a'° a laquelle l'influence catholique redevint prépondérante <mi Hongrie. Il est en effet de tradition que Veit Bach dut quitter ce pays pour sauvegardersa foi luthérienne. Il vendil cequ'il possédait «•t revint à Wechmar où il exerça, de nouveau, sa profession de boulanger el de meunier. « 11 mettail son plus grand plaisirà se servir d'une petite cithare ', qu'il emportait au moulin pour jouer tandis que la meule était en mouvement. Admirable concert, mais il appritainsi à garder ferme la mesure. Et tel a été le commencement de la musique dans la famille " . » C'est avec celte bonhomie un peu railleuse; que Jean-Sébastien évoquait la mémoire du meunier-musicien. Philippe-Emmanuel Bach, qui rédigea, avecJohann- Friedrich Agricola, une courte biographie de son père. Jean Sébastien, l'ait remarquer que, depuis Wit Bach jusqu'à la septième génération, ions ses descendants s'étaient adonnés à la musique, el que presque tous en avaient fait profession8. Le fils de Veil Bach, Hans Bach, fut le premier
1. Instrument de la famille des luths et des guitares. Il ne faut pas le confondre avec la cithare moderne.