‹ J. S. BachChapitre 2 sur 66 · Cité par Spitta (F, j · texte numérisé non relu

Cité par Spitta (F, j

phie est insérée dans la première partie du quatrième volume de la Mutikai '.lie h de Mizler 1 1 ~'< \ ), p. i58.

de ces musiciens de métier. Un parent de son père, Caspar Bach le prit avec lui à Gotha, où il était musicien de ville, et lui enseigna son art. Quand il fut assez habile, Hans Bach regagna \Yechmar, épousa la fille de l'aubergiste, et se fit tresseur de tapis, afin de s'assurer un gain régulier pour chaque jour. Et il utilisa son talent musical en allant aider, aux jours solennels, ses confrères en ménestrandie, les musiciens de ville de Gotha, d'Arnstadt, d'Erfurt, d'Eisenach, de Suhl et de Smalealde. Il devint bientôt populaire. Philippe-Emmanuel Bach avait de lui deux portraits gravés dont l'un le représentait en appareil burlesque. Veit Bach put encore se réjouir de cette espèce de gloire vulgaire que, par ses facéties, Hans « à la belle barbe » avait su conquérir. Un de ces portraits qui durent être répandus, et faire de l'original une sorte de héros comique, avait été dessiné dès 1617, et Veit ne mourut qu'en 1619. Bientôt après, l'année de la peste (1626), disparut aussi le violoniste « qu'on ne pouvait entendre sans rire »*.

Il laissait trois fils qui se signalèrent comme musiciens : Johann (1604-1673), Christophe (161 3- 1661) et Heinrich (161J-1692). Le premier fut instruit par un musicien do Suhl, et devint en

1. Dans le n° fii de Musica sont reproduits les portraits de Hans Bach et de Johann-Ambrosius Bach (p. îîr) ainsi que plusieurs portraits de Jean-Sébastien.

i(i'>.~> directeur des « musiciens du conseil » à Erfurt. Il connut toutes les terreurs du temps de -nerre. qu'il vécut dans une ville troublée, rançonnée par les soldats de Gustave-Adolphe, puis occupée par les Impériaux, assiégée par le général suédois Banèr, défendue par les habitants, que les musiciens de ville étaient tenus d'alarmer pendant la nuit, en cas d'attaque soudaine, et bientôt prise (décembre i636). Vers 1647, Johann Bach fut nommé organiste de la Predigerkifche, voisine de l'hôtel de ville. Il témoigne ainsi déjà de cette universalité (pie nous retrouverons chez le grand Bach, maître dans tous les styles. Après sa mort, ses fils lui succédèrent dans sa charge de chef des musiciens de la ville. Ils y acquirent une manière de célébrité. Au milieu du xvme siècle, les musiciens d'Erfurl étaient encore désignés de leur nom, « les Bach », encore que leur famille eût cessé de fournir des virtuoses à l'orchestre municipal l.

.Nous;: vous déjà mentionné Christoph, le grandpère de Jean-Sébastien, et nous en parlerons encore plus loin. Nous devons ici donner quelques détails sur le plus jeune des fils musiciens de Hans Bach, Heinrich Bach. Le tableau de sa vie nous a été présenté par Johann Gottfried Olea-

1. Adlnnp, Anleitung zu der musikalischen Gelalalheit. Erfurt, i; nute f.

rius, pasteur à Arnstadt. qui prononça son éloge funèbre1. Son père lui avait appris plusieurs instruments et, dès sa jeunesse, il avait eu pour la musique une véritable passion. Il lui arrivait de faire de longues courses dans les villes voisines de Wechmar pour en entendre, et surtout, sans doute, pour écouter le discours grave de l'orgue, dont l'église de son village natal était privée. Il fut aussi l'élève de son frère Johann et fit partie, sous sa direction, de la « compagnie musicale » d'Erfurt, jusqu'en 164 1 . Il reçut alors une place d'organiste à Arnstadt, où il resta jusqu'à sa mort (1692). Les deux dernières années de sa vie, rapporte Olearius, il fut constamment malade et perdit la vue dans les derniers temps. « La mort lui fut une délivrance. » Il terminait ainsi par de longues douleurs une existence que les misères de la guerre de Trente Ans avaient accablée. Heinrieh Bach s'était vu contraint, en i644> d'implorer la pitié du comte de Schwarzbourg, son suzerain. Il ne savait plus, dit-il, où trouver du pain pour lui et pour les siens. Ses gages n'avaient pas été payés depuis plus d'un an, et tout ce qu'il avait reçu jusqu'alors, il lui avait presque fallu le demander « les larmes aux yeux ».

1. Ce discours, ou plutôt ce résumé biographique, a été publié par Robert Eitner [Monatshefte fur Musikgeschichte, i S 7 "> , p. 178).

Dans cette détresse, il ne connut de paix et de vraie joie qu'en Dieu. Olearius rappelle avec admiration l'exemplaire piété de Heinrich Bach. Cette piété nous explique en partie sa résignation souriante. Mais, dans cette gaieté peut-être; un peu forcée qui fut, dit Philippe-Emmanuel Bach, une des qualités, marquantes de son caractère, nous retrouvons aussi quelque chose de la verve paternelle, ennoblie par la douleur et changée en allégresse religieuse. Olearius nous

apprend qu'une de ses compositions les plus fameuses était faite sur ce texte : RepleatW os meum laude tua. Cette composition a disparu, et nous ignorons aussi de quelle valeur était le motet Als der Tag der P/tngsten erfïdlet war, écrit à dix parties, dont cinq instrumentales, et cité dans le catalogue des œuvres musicales manuscrites laissées par Friedrich-Emmanuel Praetorius, cantor de la Michaelis-Schule de Liineburg, à la fin du xvn° siècle1.

La seule œuvre vocale qui nous soit parvenue sous le nom de Heinrich Bach est un Lamento pour alto solo, violon et quatre violes, conservé en manuscrit à la bibliothèque de l'Université d'Upsal. Il est fait sur ces paroles : Ach ! dass ich W'assers genug hutte in meinem Haupte, Le

i. Ilegistiatur des Lûneburger Rlosleramls, F ioo Nr. 4, n° 5:1 du

catalogue.

musicien y traduit avec force la longue plainte du texte où se reflètent les tristesses du prophète Jérémie : « Puissé-je avoir assez de larmes, et que mes yeux en soient des sources pour que je pleure nuit et jour mes péchés... » Par un étrange contraste, la partition de cette musique poignante est écrite en tablature sur une feuille de papier dont le filigrane nous montre une figure grimaçante coiffée d'une marotte et ornée d'une collerette à grelots. Les attributs de jongleur du vieux Hans Bach paraissent ainsi jusque dans cette œuvre amère. Je ne m'étonne point de ce mélange de farce et de gémissements. Encore que le hasard en ait, ici, préparé la rencontre, ces images si différentes s'unissent comme pour donner un symbole de l'âme tourmentée des Bach, et nous insinuer que l'humour n'est peutêtre bien souvent, chez eux, que de l'ironie1.

Les deux fils de Heinrich Bach ont composé de remarquables motets qui ont été publiés au xixe siècle2. Johann-Christoph, le plus âgé (1642- 1703), fut organiste à Eisenach depuis iG65 jusqu'à sa mort. Les auteurs de la notice nécro-

1. Je ferai prochainement paraître ce Lamenlo. Le titre en est cité par Spitta, d'après le catologue des œuvres possédées par Philippe Emmanuel Bach. Dans ce catalogue, cette composition est attribuée à Johann-Christoph Bach. Dans le manu-scrit, le nom de Heinrich Bach est inscrit sur plusieurs pages.

2. Neun Moteilen fur Singckore von Johann Chrisloph Bach und Johann Mivhaet Bach publies par F. Naue (Leipzig).

io J.-S. BACH

Logique de J.-S. Bach louent son habileté à « trouver de belles idées et à exprimer les

paroles >■, ;iiusi que l<' charme de mélodie et la plénitude de sa musique. Son audace émerveillait encore Philippe-Emmanuel Bach. Une de ses compositions est devenue laineuse. C'est le beau motel a deux chœurs Ich lasse dich nichl que l'on attribue souvent, dans les programmes de concerts, à Jean-Sébastien1. Dans un grand tableau musical fait sur les paroles de l'Apocalypse, il réunit un double chœur à cinq voix, deux violons, quatre altos, un basson, quatre trompettes, les timbales, la basse à cordes el l'orgue. Spitta donne une analyse de cette œuvre puissante 2.

Le frère de Johann-Chris toph, Johann-Michael (1648-1694), élève de son père comme lui, devint organiste de Gehren près d'Arnsladt (i(ij3). Spitta cite plusieurs œuvres de ce musicien qui, s'il n'eut point la vigueur de Johann-Chrisloph, ni le môme goût du gigantesque, fut profond, Lyrique, et riche d'imagination. Mais son talent est inégal. Il a des intuitions merveilleuses, un sens poétique, une ingéniosité qui étonnent, avec une certaine faiblesse d'exécution qui va

1. L'harmonie du choral à quatre voix qui termine ce motet est seul.- de Jean-Sébastien.

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