‹ J. S. BachChapitre 12 sur 66 · B.-G., XLIIP, p. 6 et pages suivantes · texte numérisé non relu

B.-G., XLIIP, p. 6 et pages suivantes

iioiii de « Monsieur Bohm ». Un rondeau en si bémol est de Gouperin1. Enfui beaucoup d'autres compositions instrumentales sont d'authenticité douteuse. Parmi les airs qui sont renfermés dans ce recueil, l'un, qui a souvent été applaudi sous le nom de Bach, est très probablement de Giovannini. Il est d'ailleurs désigné ainsi: Aria di Giovannini2.

Bach ne passa que six années à Kôthen. Il y aurait volontiers vécu plus longtemps. En 1730, il écrivait à son ancien condisciple d'Ohrdruf, Georg Erdmann, alors au service de l'Empirede Russie: « Là (à Kôthen), j'avais un prince bienfaisant,qui aimait etconnaissait la musique et je pensais finir ma vie prés de lui:i. » Mais le prince épousa une princesse de Bernburgqui, écrit Bach dans la mêmelettre, «paraissait être une amusa ». L'inclination du prince pour la musique, dit-il encore, semblait s'attiédir. De plus, les fils du musicien avaient du goût pour l'étude. Bach désirait que, plus heureux en bêla que lui, ils pussent

1. J'ai signalé ce fait dans la notice biographique jointe à la réédition des pièces d'orgue de Marchand (Archives des Maîtres de l'Orgue, III). 11 parait que Marchand se disait l'auteur de cette pièce intitulée Les Bergerie». Elle se trouve dans le second livre de I louperin . 6* ordre.

1. Je n'ai pu retrouver cette pièce dans les œuvres de Giovannini que j'ai pu étudier. Mais elle a une parenté évidente avec 1rs compositions que je connais de lui.

;. Spitta, J.-S. Bach, I, |> ~t\\. Sm^ le séjour de Bach à Kôthen, voyez l'article de M. Rudolf Bnnge Johann Sébastian Buchs Kape/le :u Côthen [Baàh-Jahrbuch, i'jo5.)

LA VIE 5g

fréquenter l'Université. Aussi, quand la place de cantor à la Thomasschule de Leipzig devint vacante, à la mort de Johann Kuhnau, Bach, après avoir hésité longtemps, se résolut-il à demander ce poste.

Johann Kuhnau était mort le 5 juin 1722. Un mois plus tard, le conseil de ville de Leipzig avait déjà tenté de faire un choix entre les six candidats qui s'étaient présentés tout d'abord. Parmi eux on remarquaitd'excellents musiciens ; Johann-Friedrich Fasch (iGSS-ijoS1), Christian- Friedrich Rolle, depuis peu directeur de musique à Magdeburg. enfin Georg-Philipp Telemann (1681-1767) qui avait été chef d'orchestre à Francfort-sur-le-Mein et à Eisenach et se trouvait alors à Hambourg2. Le conseil aurait nommé Telemann, mais ce dernier ne se décida point à prendre la place, à cause des cours de latin que le cantor était obligé de faire. On songea alors à Christophe Graupner3, mais le landgrave de Iïesse-Darmstadt, au service duquel il était, ne le laissa point partir. Bach fit acte de candidature

1. Né près de Weimar, mort à Zerbst. Il avait été l'élève de Kuhnau. Plusieurs de ses œuvres, fort intéressantes, sont rééditées dans la collection intitulée par M. le Dr Riemann Collegium Musiciim (Breitkopf et Hiirtelj.

2. Telemann, dont les œuvres furent très goûtées, a laissé de nombreuses compositions, élégantes, habiles, mais sans grande profondeur.

3. Graupner a composé des opéras pour le théâtre de Hambourg et des pièces de clavecin.

sans doute vers le mois de décembre 1722. Lo - février, il dirigeait à Leipzig, en manière d'épreuve, la cantate Jésus nahm zu sich die Zwàlfe. Le 5 mai, il fut admis par le conseil de la ville. 11 s'engageait à donner le bon exemple aux enfants de l'école de Saint-Thomas, à organiser pour le mieux la musique dans les deux églises principal es de la ville, à traiter les enfants sans rudesse, à enseigner dans les classes, à ne point quitter la ville sans la permission du bourgmestre, à suivre, autant que possible, les convois funèbres avec les enfants. Tels étaient les principaux devoirs du musicien, serviteur de la ville. Mais il fallut encore qu'on s'assurât de sa conscience même. Il dut témoigner de sa doctrine religieuse. Sa nomination ne lut comfirmée par le consistoire qu'après un examen, une sorte de déclaration d'orthodoxie, et le serment prêté.

Le 3i mai, il fut, en cérémonie, admis à l'école. On lui souhaita la bienvenue, en présence des délégués du conseil de ville, du pasteur de la Thomaskirche, «les maîtres et des élèves de la Thomasschule. Il y eut des discours, Bach répondit, et les élèves chantèrent. Il semblait ainsi que le musicien reçût l'investiture de sa charge detousceux au milieu desquels il devait l'exercer. En réalité, ce fut une solennelle prise de chaînes.

Certes, le traitement était, pour le temps, assez considérable. Bach, logé à l'école, re< <jvait environ 700 thalers et quelques avantages en nature. De plus, le cantor avait un rang élevé dans la hiérarchie des maîtres de la Thomasschule. Mais le titre en lui-même était, pour le public, inférieur au titre que Bach portait à Côthen, avec l'avantage inestimable de ne dépendre que du prince. A Leipzig, il dépendait de tout le monde : du recteur de l'école, du conseil de la ville, du consistoire, des élèves même, puisque tous avaient, par quelque côté, prise sur lui sans qu'il eût, en compensation, de recours contre personne. Le recteur Ernesti était un savant homme, mais un homme faible. Sans autorité, il laissait l'école dans le désordre. Les maîtres étaient en guerre les uns contre les autres. Les élèves, turbulents, sales, grossiers, vivaient sans discipline. La maison même était insuffisante : on réunissait plusieurs classes dans la même salle. Les écoliers, ainsi entassés, tombaient souvent malades. Les chanteurs étaient les moins épargnés, et, par surcroît, les plus déréglés. La coutume de chanter en chœur dans les rues, si profitable qu'elle fût pour l'éducation musicaledupeuple, étaitfort dangereuse pourlesvoix, plus eneore pour les caractères. Les élèves s'avilissaient à quémander l'aumône en échange de

6j J.-S. BACH

leurs concerts et ils s'empressaient de dépenser en plaisirs ignobles l'argent qu'ils avaient ainsi mendié. En 17 17, Johann Kuhnau se plaignait de ce que les meilleurs élèves, etsurtout les soprani, à force de chanter aux enterrements, aux noces, dans les rues, au temps de la nouvelle année, le soir, par un froid trop vif, perdissent leur voix avant même qu'elle ne lut bien formée. 11 déplorait en outre, et ceci est un trait d'un réalisme navrant, que la gale, à la Thomasschule, sévit incessamment1.

Avec ces chanteurs détestables, Bach revenait aux plus mauvais jours de sa vie. A force de patience, il obtint cependant de quelques-uns d'assez bons services. Spilta publie les notes données par le maître à certains d'entre eux. 11 cite E.-G. Petzold, âgé de quatorze ans, comme ayant une jolie voix et assez de pratique ; J.-C. Schmidt était doué d'une agréable voix de ténor, et, qualité rare, « chantait parfaitement à livre ouvert2 ». Mais c'étaient des élèves d'exception. Il faut bien l'avouer, maître admirable, et surtout maître par l'exemple, Bach n'avait rien d'un pédagogue. Ernesti, qui succéda en 1734 à Gesner à la tête de l'école, prétendait que Bach était incapable de maintenir la discipline parmi

Page 1