‹ J. S. BachChapitre 34 sur 66 · ii.-G · texte numérisé non relu

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4. B.-G.. 53. L'authenticité de cette cantate est justement oon testée (cf. les articles de M. Richter et do M. Heu'ss, cités |>. 14;

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Un grand nombre de cantates se rapportent sans doute à la dernière période de la vie de Bach, période que Spitla fait commencer vers 1735. La cantate par laquelle Bach inaugura cette année peut être désignée avec assez de certitude. C'est la cantate Lobe den Herrn meine Seele1, où le texte fait allusion à la guerre partout déchaînée. Seule, la Saxe n'en subit point « les alarmes et la détresse... mais prévoit une année de bénédiction ». La cantate Wàr'Gott nicht mit uns dièse Zeit2, que Bach a datée lui-même de 1735, et qui se rapporte au quatrième dimanche après l'Epi phanie(3o janvier) glorifie la protection de Dieu qui combat poulies siens. Un air d'alto, accompagné du cor de chasse, est, comme un chant de guerre, tout vibrant de fanfares graves. Enfin la cantate GolL der Herr ist Sonn and ScliikP peut être associée à ces cantates où retentit le fracas des armées. Le premier chœur est accompagné des cors qui jouent une sorte de marche militaire, rythmée par les timbales, et le motif des violons s'y élève soudain comme une volée de traits.

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Spitta présume que, dans celle année 1735, Bach reprit plusieurs de ses anciennes cantates. Dans quelques-unes de celles qu'il fit à cette époque il employa aussi des airs tirés d'œuvres antérieures. Une série de compositions écrites sur du papier de même marque comprend des cantates destinées aux fêles célébrées depuis le troisième dimanche après jusqu'au mardi de la Pentecôte. Elles furent sans doute exécutées la même année. D'ailleurs, si la matière des manuscrits nous apprend que ces œuvres sont contemporaines les unes des autres, la nature des textes nous indique aussi que ces cantates ont dû se suivre sans interruption. Les paroles de la plupart ont en effet une origine commune. Elles sont tirées de l'ouvrage intitulé Versuch in gèbundener Schreibart (Leipzig, 1728); Christiane-Marianne von Ziegler en est l'auteur. Amie des arts, musicienne et poète, Christiane-Marianne von Ziegler eut, à Leipzig, un des premiers salons littéraires de l'Allemagne i. Sa contribution à l'œuvre de Bach est certaine pour huit cantates, composées probablement en 1735. Nous citerons ces cantates d'après l'ordre de la liturgie.

La première est destinée au troisième dimanche

1. Voyez l'élude de Spitta sur G.-iM. de Ziegler dans le recueil intitulé Historisclie und philologiscke Aufsdlzc, Ernst Curlius zu seinem siebenzigslen Geburlslagc am zweyten Seplcmber 1884 çetvidmet. Berlin, iSSi.

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après Tâques (Jubilate). Elle rayonne de ect celai de grandeur el de poésie qu'on trouve seulement dans les œuvres où s'unissent la perfection du style et la fraîcheur de la pensée, restée jeun*1. Le sujet de cette cantate (////• werdet weinen und heulen1) est renfermé dans ces paroles de l'Evangile selon saint Jean (Gap. xvi, vers. 20) : « En vérité je vous le dis, vous pleurerez et vous gémirez, et le monde sera dans la joie. Nous scie/ dans la tristesse, mais votre tristesse se changera en joie. » Dans le premier (lueur, Bach interprète de la façon la plus transparente' l'antithèse contenue dans ce verset de l'Evangile. D'une part, il exprime la tristesse par un thème chromatique, d'autre part il annonce la joie par un motif de rythme agile. Voici le début de la partie de soprano où figurent, expliqués par les mots, ces deux dessins mélodiques.

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On observera que, dans le thème de lamentation, Baeh emploie la suite chromatique descendante dont l'acception douloureuse est si fortement déterminée chez les maîtres du xvne siècle. Dans le thème de l'allégresse, il se sert d'une formule rythmique également significative. M. Hermann Kretzschmar dit avec raison que, dans tous les passages où Bach nous propose cette cadence, on peut être certain qu'il veut manifester sa « bonne humeur1 ». Ces thèmes paraissent aussi dans l'accompagnement de l'orchestre, où les flûtes émettent une sorte de rire aigu. A partir du moment où le chœur commence à chanter : « Votre tristesse se chan-

i. Ersles deutsches Dach-Fest in Berlin (21 bis 2j Màrz 1901), Festschrift und Progranimbuch, p. 37.

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géra en joie », le motif de la douleur s'éteint peu a peu, se fond dans de longues tenues, et le chœur se termine par des vocalises joyeuses.

Les rythmes de la joie animent encore l'air de ténor, où la trompette rivalise de traits étincelants avec la voix, pour dire l'enthousiasme de l'âme chrétienne à laquelle Jésus se montre de nouveau. L'air d'alto qui précède était au contraire une longue imploration, pleine d'inquiétude et d'accablement.

La seconde des œuvres composées sur des textes de Christiane-Marianné von Ziegler est la cantate Es ist eucli gut, dass ich hingehe l où le seul grand chœur est non au commencement, mais au centre de l'œuvre et proclame, avee une merveilleuse énergie, l'avènement de l'esprit de vérité. Cette composition est destinée au 4e dimanche après Pâques. La cantate pour le 5e dimanche après Pâques (Rogate) Bisher habt ihr nichts gebeten in meinem Namen 2, ne comprend d'autre chœur que le choral final. Pour le jour de l'Ascension, Bach écrivit la cantate Auf Christi Himmelfahrt attei/i3. Le dimanche Exaudi fut célébré par la cantate Sie werden eucli in den Banii thunKt où se trouvent des récitatifs accom-

pagnes par quatre hautbois (deux hautbois d'amour et deux hautbois de chasse). Ala fête de la Pentecôte se rapporte le cantate Wer miçh liebet, der wird mein Wort halten (2e version) l.

Dans le même groupe se place la cantate pour le lundi de la Pentecôte Also liât Gott die Welt geliebt'1. « Dieu a tellement aimé le monde qu'il a donné son fils unique afin que tous ceux qui croient en lui ne périssent point, mais parviennent à la vie éternelle ». Le premier chœur, fait d'après ces paroles de l'Évangile de saint Jean (c. ni, v. 16), est composé sur un rythme ondoyant de siciliano, cadencé par le quatuor à cordes renforcé de trois hautbois. Comme dans certains chœurs écrits sur un choral, un cor joue à l'unisson du soprano. Ce surcroît de sonorité affermit la voix supérieure au milieu du cortège flottant que lui forment les instruments et les autres voix. La mélodie se dégage ainsi des replis de l'accompagnement et Ton en distingue mieux la suite quand, marquée par le cor, elle domine le reste du chœur. Mais, à vrai dire, son chant ne l'emporte point sur le chant de l'orchestre. Ce dernier se répand en larges phrases sinueuses, tendres et caressantes, rehaussées

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d'accents expressifs, et le charme de cette longue cantilène instrumentale est le plus puissant. l 'our à tour elle nous berce et nous enlève, d'autant plus irrésistible eu ses élans qu'elle nous a captivés d'abord par son murmure continu et balancé.

L'air qui suit est un des airs les plus populaires de Bach. Dans la partie de violoncello piccolo ' reparaît la basse de l'air pour soprano de Paies, dans la cantate profane ]\'as mir behagts ist nur die muntre Jagd2. M. Richard Buchmayer a fait entendre dans ses concerts des dernières années un air de Christian Ritter qu'il a découvert à la bibliothèque de la ville de Lùneburg et dans le thème duquel il reconnaît le présage du thème de cet air fameux de la Pentecôte. Ce thème d'allure spontanée s'est d'ailleurs offert à l'imagination de plusieurs maîtres au commencement du xvme siècle. Observons cependant que Bach l'énonce par deux fois, comme Ritter.

A cet air est jointe une sorte de péroraison instrumentale basée sur le motif du violoncello piccolo. Le violon et le hautbois, qui n'ont pas figuré dans l'accompagnement, reprennent ce motif en imitations. C'est un prolongement où

I. Accordé à l'octave grave du violon, a. B.-G., XXIX, p. a5.

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le lyrisme contenu dans la poésie s'épanouit librement, allégé du fardeau des mots.

L'air de basse avec trois hautbois est entièrement tiré de la cantate de chasse que nous avons citée. Cette instrumentation déjà éclatante prépare à la richesse d'orchestre qui resplendit dans le dernier chœur.

La dernière cantate de cette série composée sur des paroles de Christiane-Marianne von Ziegler est destinée au mardi de la Pentecôte, Er rufet seinen Scliafen mit Namen 1. Un récit et un air y sont accompagnés de trois flûtes et il faut y signaler un air tiré d'une cantate jouée pour fêter l'anniversaire du prince d'Anhalt-Cothen, Durchlaucht'ster Leopold (1717)2. A ces huit cantates de Christiane-Marianne von Ziegler il faut joindre une cantate pour le jour de la Trinité Es isl ein trotzig i/i/d verzagt Ding3. Le premier chœur est d'une belle rudesse: Bach y décrit la présomption et la lâcheté du cœur humain, téméraire et accablé presque dans le même moment. Pour mieux représenter cette confusion des sentiments, le musicien ente sur la fin du motif de l'audace le commencement du motif delà crainte. La vocalise arrogante qui illustre le mot trotzig

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