C. de Lorraine Pce de M ARSAN
A NNEXES
Pans, le 18 juillet 1778. — De Mr Huguet à MM. les Maire, Echevins,
Assesseur de Marseille.
(Extrait)
J’ai déjà vu plusieurs graveurs relativement au portrait de M. le prince de Marsan, mais tous ne m’ayant point encore donné de réponse parce qu’ils n’ont pas pu l’aller voir, il ne me sera guère possible de vous marquer que dans le courant de la semaine prochaine le prix et le temps que chacun d’eux en demandera, ainsi que les autres conditions d’usage ; je joins ici, en attendant, les mesures que vous m’avez demandées en bandes de papier, du portrait sur châssis prêt à etre mis dans le cadre que vous vous disposez à faire faire.
Je suis avec respect, etc.
Huguet
A M. Huguet. — Le 27 juillet 1778.
(Extrait d’une lettre). Nous avons reçu les mesures du tableau auxquelles l’artiste se conformera exactement pour le cadre, nous attendons votre avis pour faire choix du graveur et arrêter le prix de la graveure.
Les Maire, Echevins et Assesseur de Marseille.
27 juillet 1778. — De Mr Huguet à MM. les Maire, Echevins, Assesseur
de Marseille.
Messieurs,
On ne joint point aisément ici des bons artistes surtout de peintres et de graveurs parce qu’ils sont, rares et extrêmement occupés; c’est ce qui m’a mis dans le cas de différer jusqu’à présent à répondre sur ce dont vous desirez être instruits a\ant de me charger definitivement de faire graver le portrait de Mer le prince de Marsan.
Les graveurs en portrait sont on ne peut plus rares ou plutôt il n’y en a pas qui se livrent uniquement à ce genre de gravure; aussi ceux qui en entreprennent réussissent-ils rarement comme Mr Wille qui a fait la gravure de Mr le duc de la Vrillièrc que vous avez sous vos yeux. J’aurais bien
désiré que cet artiste eut encore pu se charger de celle de Mpr le prince de Marsan, mais son âge et la faiblesse de sa vue l’ont mis dans l’obligation de renoncer au genre du portrait; d’ailleurs il ne fait plus rien que pour lui, c’est à dire qu’il ne fait plus de planches pour le particulier, et il n’y a que Mr Beauvarlet qui puisse être son émule.
Les seuls graveurs travaillant le portrait à Paris et aux talents desquels, d’après les informations que j’ai prises avec le plus grand soin, vous pourriez confiez celui de Mfir le prince de Marsan, sont MM. Beauvarlet, S* Aubin, Chevillet, Cathelin et Henriquez. Je les ai vus les uns après les autres et ils ont également vu successivement le portrait du Prince, dont ils m’ont paru chacun en particulier très satisfaits. Voici le prix de chacun, après avoir bien entendu marchandé avec eux.
Mr Beauvarlet demande dix mil livres et deux ans pour faire cet ouvrage ; il m’a paru que Mr S' Aubin ne le ferait pas à meilleur compte, s’il pouvait l’entreprendre, mais il ne peut pas s’en charger, parce qu’il est occupé dans ce moment de beaucoup de choses pour la Maison d’Orléans qu’il ne peut pas quitter et qui le tiendront plusieurs années.
Mr Chevillet ainsi que Mr Henriquez demandent six mil livres et deux ans et Mr Cathelin ne demande que cinq mil livres et un an.
Il est d’usage parmi les artistes de ce genre d’exiger un tiers du prix convenu en commençant l’ouvrage, le second tiers lorsque l’ouvrage est au point de tirer la première épreuve, et le dernier payement en livrant l’ouvrage.
Mr Cathelin est le seul qui sur mes observations consente de déroger à cet usage et a n’etre payé qu’en livrant l’ouvrage. En effet je pense qu’un Corps quelconque qui ne meurt jamais et surtout une ville est dans le cas d’être excepté de la règle générale, il n’en n’est pas de même vis à vis d’un particulier parce que s’il venait à mourir avant que l’ouvrage fut fini, alors l’artiste seroit exposé à perdre le fruit de son travail, à moins que les héritiers ne consentissent d’en faire les frais; mais un artiste, leur ai-je dit, n’a aucun risque à courir lorsque il a affaire à une ville surtout comme celle de Marseille. Ces raisons néanmoins n’ont pu convertir que Mr Cathelin sur leur usage; je ne suis point étonné que celui-ci s’y soit rendu, sachant qu’il est dans l’habitude de manquer à ces sortes d’engagements surtout pour un ouvrage de longue haleine parce qu’il n’est point à beaucoup près à son aise.
Pour vous mettre à portée de choisir vous-mêmes le graveur qui vous
ANNEXES
paroitrait le plus en état de bien remplir vos vues pour cette gravure, j’avais projeté de vous faire passer quelques morceaux de chacun de ceux que je viens de vous citer, afin que vous pussiez juger de leurs talents, mais la difficulté d’en faire un paquet à pouvoir être contresigné m’a fait renoncer à ce projet; je l’aurais néanmoins exécuté si vous n’étiez pas dans le cas de trouver à Marseille différents morceaux de ces artistes, soit dans des maisons particulières, soit chez des marchands d’estampes, parce que je me persuade que cette ville est assez importante pour attirer les productions des meilleurs artistes.
Je n’aurais pu d’ailleurs vous envoyer qu’un morceau de chacun, mais je vais vous en citer plusieurs dont vous pourriez trouver quelques uns à Marseille.
Mr Henriquez a gravé à ma connaissance le portrait de Louis XIV et quelques autres tableaux dont l'Amour dédié nu beau sexe en est un, Vénus désarmant l’Amour, et une gravure d’après un tableau de Gérard Terburg.
Mr Gathelin a gravé le portrait de Mr l’abbé Terray, celui de Mr Vernet, peintre célèbre, et celui de Mr Jiliote fameux acteur de l’Opéra.
Mr Chevillet a gravé le portrait de M' de Sartine étant lieutenant de police, celui de Mr Chardin peintre, et deux autres sujets composés.
Et Mr Beauvarlet a gravé le portrait de Mr Pombalio, ancien ministre de Portugal, morceau très considérable, la Conversation Espagnol[e\ et pour pendant la Lecture. Ces deux morceaux ont fixé dans le temps la réputation de cet artiste rempli de talents. Il a gravé en outre le portrait de Mer le Comte d’Artois et de Madame ensemble dans leur enfance, montée sur une chèvre (c’est Made qui est actuellement à Turin); il a aussi gravé le portrait de MadB de Pompadour sous le nom de La Sultane et pour pendant La Confidence ; il a encore gravé les deux portraits de MM. de Béthune faisant jouer de la guitare à un chien, enfin celui de Madelle Clairon fameuse actrice de la Comédie Française représentant Médée dans son char, après avoir tué ses enfants, et bravant la colère de Jason.
Si je vous cite plus de productions de Mr Beauvarlet c’est qu’il est plus connu qu’aucun de ses confrères et qu’il a plus travaillé qu’eux.
Si vous rencontrez quelques unes de ses productions à Marseille vous y reconnaîtrez sûrement le talent que je vous annonce dans cet artiste. Au surplus je vais encore mettre quelques reflexions sous vos yeux qui pourront peut-être décider encore plus aisément le choix que vous avez à faire.
l'JO
M1 Henriquez annonce des talents, mais ils sont encore faibles, et je doute d’après le témoignage de ceux que j’ai consultés qu’il put rendre cette gravure aussi intéressante et aussi parfaite que vous êtes dans le cas de pouvoir la désirer.
Quant à Mr Chevillet je vois en général qu’on le regarde comme étant supérieur à Mr Henriquez; il paraîtrait en conséquence devoir mériter la préférence sur lui si je pouvais repondre autant de cet artiste comme de Mr Henriquez pour faire cette gravure dans l’espace des deux années qu’ils demandent l’un et l’autre ; mais je suis instruit que M1' Henriquez est extrêmement laborieux et qu’il tiendra plutôt parole qu’aucun autre; c’est un garçon, m’assure-t-on d’ailleurs, qui aime son art, qui a le plus grand désir de réussir et d’être chargé de quelque chose de capital pour se faire connaître.
Le burin de Mr Cathelin parait être préféré à celui de ces deux artistes, cependant toutes les opinions ne sont pas d’accord à cet égard, mais ce qui doit, dans cette incertitude, principalement vous décider à ne pas faire choix de cet artiste, c’est que je suis prévenu de bonne part qu’il est très dissipé, par conséquent peu laborieux et qu’il est presque impossible d’en jouir, qu’il ne peut pas d’ailleurs travailler de suite un ouvrage de conséquence, comme il offre de le faire, sans recevoir des acomptes parce qu’il est souvent dans le besoin et aux expédients et que lorsqu’il est chargé de quelque chose on ne peut le faire aller que l’argent à la main ; qu’il y aurait conséquemment beaucoup d'inconvénient à le payer d’avance, et qu’il n’y en aurait pas moins à l’employer, puisque s’il venait à mourir avant d’avoir fini l’ouvrage, on perdrait nécessairement la majeure partie des avances qu’on lui aurait faites, et qu’en ne lui en faisant pas, on ne verrait jamais finir cette planche entre ses mains.
A l’égard de Mr Beauvarlet, ses productions parlent pour lui, c’est ce que nous avons certainement de mieux à Paris dans ce genre; il est généralement reconnu comme étant infiniment supérieur à ses confrères, aussi profite-t-il de cet avantage pour se faire payer plus cher; je ne dois pas cependant passer sous silence qu’il a la réputation de se faire aider quelquefois pour satisfaire à tous ses engagements; cependant il m’a bien promis ainsi qu’à Mr Duplessis dont les soins pour cette gravure ne nous deviendront pas inutiles, qu’il ferait toute la planche lui-même s’il en était chargé.
Je termine, Messieurs, mes observations sur cet article en vous annonçant que si vous desirez avoir une bonne gravure et qui puisse faire pendant à