Collection de lettres autographes
ANNEXES
J’aurois désiré que le local vous eut permis de demander un tableau de io à 12 pieds de haut sur 8 à io de large. Le peintre se seroit, mieux signalé dans cette étendue. Le Prince auroit pu estre en pied avec des attributs qui auroient caractérisé ses dignitéz, sa charge de Gouverneur général, et son grade militaire. Quelques accessoires auroient eu trait à la Provence, et particulièrement à la ville de Marseille, ce qui auroit rendu ce tableau très riche et en auroit fait un sujet assez intéressant pour vous porter à le faire graver par la suite. Puisque vous estes gênéz par la place, il faut se conformer à la mesure que vous donnez.
L’Académie de peinture de Paris n’a pour a présent d’homme plus célébré pour le portrait que Mr Duplessis qui travaille actuellement à celuy du Roy. Je suis convenu avec cet artiste a mille écus pour le tableau de Mr le Prince de Marsan, et ce n’est pas sans peine qu’il s’est réduit à ce prix. Mr Tocqué qui a peint Mr le duc de la Vrillière en 1749 est décédé depuis plusieurs années, et les prix sont aujourd’huy bien différents de ceux de ce temps là. Je suis donc d’avis que vous consentiez aux 3ooott demandéz par Mr Duplessis.
Un grand portrait tel que je comptais vous le proposer auroit coûté 9 à ioooott. Celuy du Roy étant convenu pour i2oooft.
Il me reste à vous faire observer que vous feriez une très grande faute si vous demandiez que ce portrait vous fut envoyé en rouleau. Il faudrait qne la peinture fut très sèche et attendre plus d’un an pour le risquer. Il est donc à preferer en tous points de le laisser sur son châssis et de l’emballer dans une caisse. Yous feriez encore très bien à mon avis de laisser faire le cadre à Paris. Je suis certain que le tout vous parviendra sans aucun accident en faisant prendre les précautions nécessaires. Ce cadre doit estre riche relativement au sujet et il faut sacrifier une quarantaine de louis pour avoir beau, bon et solide.
Tels sont les détails dans lesquels j’ay cru devoir entrer moi-même avec vous. Mr Huguet se conformera néanmoins à vos dernières intentions lorsque vous les luy aurès fait savoir.
J’ai l’honneur d’estre avec une respectueuse considération, Messieurs,
Votre très humble et très obéissant serviteur.
A Reims, le i3 juin 1775.
Nogaret.
2ÛO
A Mr Nogaret, à Paris. — Du 26 juin iyj5.
Monsieur,
Nous vous sommes infiniment obligés du détail que vous avez bien voulu nous faire touchant le portrait à faire de M. le prince de Marsan.
Nous eussions bien désiré que le local nous eut permis de donner à ce tableau les dimensions que vous nous proposez, mais la chose n’est pas absolument possible. Nous sommes donc forcés de nous en tenir à ce que nous vous avons marqué, et nous allons en conséquence écrire à Mr Huguet de commander le portrait à Mr Duplessis, puisque vous nous assurez que c’est aujourd’hui le plus habile artiste dans ce genre ; Nous vous serons très obligés, Monsieur, si vous voulez bien contribuer par vos connaissances à rendre ce tableau aussi parfait qu’il sera possible. Nous prendrons le parti de le faire venir en châssis dans une caisse, attendu le danger de le faire venir en rouleau, quant au cadre, nous avons ici de très habiles sculpteurs et comme ils sont sur les lieux, nous pourrons donner à l’encadrement tous les ornements et toute l’étendue que le local pourra permettre.
Nous avons l’honneur d’être, etc...
Les Maire, Échevins et Assesseur de Marseille.
A Mr Iluguet, à Paris. — Du 26 juin 1775.
Monsieur,
Nous aurions bien souhaité de pouvoir donner au portrait de M1' le prince de Marsan toute la hauteur et toute la largeur que Mr Nogaret nous propose par sa lettre du i3 de ce mois, mais nous vous avons déjà marqué que le local ne nous permet de suivre que les dimensions que nous vous avons données et que nous vous recommandons de bien faire observer. Vous aurez donc la bonté de commander ce portrait à M1 Duplessis qui, suivant ce que nous marque Mr Nogaret est le plus habile artiste en ce genre et puisque le prix en est fixé à Mille écus, vous voudrez bien en dresser une convention qui sera signée à double entre vous et lui et dont vous garderez en main l’un des doubles. Nous prions Mr Nogaret et vous de vouloir bien donner tous vos soins
ANNEXES
pour que ce tableau reçoive toute la perfection dont il est susceptible ; marquez nous s’il vous plaît, dans quel temps Mr Duplessis pourra vous expédier cet ouvrage, nous aurons ensuite le temps de vous donner les ordres ultérieurs, mais nous pensons qu’il conviendra mieux de faire faire ici l’encadrement par le meilleur de nos artistes, pour être à portée d’y donner toute l’étendue que le lieu permettra.
Nous avons l’honneur d’être... etc..
Les Maire, Échevins et Assesseur de Marseille.
A Msr le Prince de Marsan, à Paris. — Le 5 juillet 1775.
Monseigneur,
Après avoir fait consulter à Paris les meilleurs connaisseurs en fait de peinture, il nous a été attesté que le S1' Duplessis est aujourd’hui le plus habile artiste pour les portraits et qu’il est même chargé de faire celui du Roi. Nous n’avons pas hésité, Mgr, de le charger du votre, nous flattant que vous voudrez bien l’agréer, et lui permettre de prendre vos moments de loisir pour cet ouvrage que nous désirons de recevoir avec le plus grand empressement.
Nous sommes, etc...
Les Maire, Échevins et Assesseur de Marseille.
12 juillet 1775. — De Mr Huguet à MM. les Maire, Échevins et Assesseur (Extrait).
Messieurs,
A la réception de votre lettre en date du 26 du mois dernier, je suis passé chez Mr Duplessis avec qui je suis convenu de tout pour le portrait de Mr le prince de Marsan, conformément à ce que vous m’avez fait l’honneur de me marquer. Il n’a pas pu me fixer le temps où il pourra livrer cet ouvrage ; cela dépendra d’ailleurs beaucoup, je crois, de celuy que Mr le prince de Marsan pourra luy donner pour les séances dont cet artiste aura besoin. Je vous préviens seulement que lors même qu’on le luy auroit demandé il y a six mois, il n’auroit pas pu le donner pour le Salon qui s’ouvrira au mois de septembre prochain, à cause du grand nombre de portraits qu’il s’est engagé à finir pour cette époque, mais il m’a fait espérer que celuy du prince seroit
fait pour la fin de celte année, en sorte que vous pourrès le recevoir dans le commencement de janvier 1776.
Je suis avec respect, etc...
Muguet.
— février 1776. — De M' Huguet à MM. les Maire, Échevins, Assesseur de Marseille.
(Extrait)
Le Portrait de Mgr le prince de Marsan n’est pas aussi avancé que je le desirerois pour votre satisfaction, mais ca n’est la faute de personne, la circonstance d’abord de la rigueur de la saison, et ensuitte celle des embaras d’un déménagement que le peintre a fait pour aller occuper un appartement que le Roy luy a donné au Louvre en sont la seule cause, mais cet artiste va reprendre son travail et m’a promis de l’accelerer autant qu’il le pourra ; je vous prie d’être persuadés que j’y donnerai tous mes soins pour répondre à l’empressement que vous témoignés avec raison de jouir de la ressemblance d’un bienfaiteur aussi attaché à tout ce qui peut intéresser votre Communauté et la province en général.
Je suis avec respect, etc...
Huguet.
A Mr de Cypières, maire de Marseille, député par la Communauté, à Paris. — Le 23 juillet 1777-
(Extrait)
Nous vous prions aussi de voir Mr Duplessis peintre du Roi chargé par nous depuis deux ans de faire le portrait de M1' le prince de Marsan, il a négligé furieusement ce travail et nous prive de la satisfaction que nous désirons avec le plus vif empressement. Mr Huguet vous indiquera la demeure de cet habile peintre, il seroit temps qu’il répondit à nos vœux. Vous voudrez bien nous excuser auprès de notre illustre Gouverneur sur ce retardement qui assurément ne vient pas de notre fait.
Nous avons l’honneur, etc...
Les Echeviîns et Assesseur de Marseille.
ANNEXES
De Mr de Cypières, maire de Marseille, député par la C'é à Paris.
(Post-Scriptum d'une lettre du 2 août 1777).
A MM. les Echevins et Assesseur de Marseille.
Pour voir le portrait de Mr le Prince de Marsan, je n’ai point attendu de recevoir la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire au sujet du sieur Duplessis peintre, chargé de donner à la ville de Marseille celui de Mr le Prince. Il est absent, comme j’ai eu l’honneur de vous l’écrire, et le peintre a oublié de lui demander avant son départ, l’habit sous lequel il voulut qu’on le peignit. J’ay écrit au Prince à ce sujet et j’attends sa réponse ; s’il n’arrive aucun contre-temps le portrait sera prêt au mois de Novembre.
18 mai 1778. — De Mr Muguet à MM. les Maire, Échevins et Assesseur
de Marseille.
Messieurs,
J’ai enfin la satisfaction de vous annoncer que Mr Duplessis vient de terminer le portrait de Monseigneur le prince de Marsan, attendu depuis si longtemps. Je dois néanmoins à cet artiste le témoignage que s’il y avoit mis moins de zèle, que s’il eût été moins jaloux de son ouvrage et de vous satisfaire, il ne vous l’auroit pas fait attendre autant de temps, mais il a voulu y donner tous ses soins, afin de ne rien laisser à désirer pour la perfection dont ce portrait était susceptible, et il aura vraisemblablement parfaitement réussi ; aussi se flatte-t-il, Messieurs, que vous ne vous bornerès pas seulement aux prix dont je suis convenu avec luy et qui est de mil écus, mais que vous voudrés bien lui faire éprouver une marque de votre satisfaction en lui accordant en outre, une gratification proportionnée au mérite de l’ouvrage.
Si avant de vous décider à faire cet acte de générosité vous consultiès ce que le portrait de Mr le duc de La Vrillière a coûté vous trouveriès sûrement que Mr Duplessis doit être suffisamment payé à mil écus pour celuy de Monseigneur le prince de Marsan, mais vous remarquerès aussi que depuis ce temps les choses en général ont bien changé de prix. Ces observations n’ont d’autre objet, Messieurs, que de vous mettre dans le cas de juger par vousmêmes du mérite de la demande de cet artiste, aussi me bornai-je uniquement à la mettre sous vos yeux pour que vous me fassiès connoître vos intentions
cct égard, afin que je m’y conforme; il paroit tenir à honneur pour luy la marque de satisfaction qu’il espère de votre part. J’attendrai votre réponse pour le payer afin que ce soit une affaire terminée d’un seul coup.
Monseigneur le prince de Marsan à qui j’ai eu l’honneur de rendre mes devoirs et d’annoncer que son portrait étoit fini m’a demandé si vous le fériés graver ; ne pouvant que présumer de vos dispositions à faire cette dépense du moment que vous seriez instruits que Son Altesse le desiroit, j’ai répondu à cette question comme il convenoit dans la circonstance, et de manière à vous laisser tout le mérite de lui faire ce nouvel hommage. Vous ferès dans cette occasion chose qui sera agréable à Son Altesse, mais je pense qu’avant tout vous devès luy écrire pour lui demander son agrément, en lui témoignant tout le désir que vous auriès de multiplier sa ressemblance, si elle vouloit bien permettre à la Communauté de faire graver son portrait.
Si comme je n’en doute nullement, à raison du désir de Son Altesse, cette gravure a lieu, elle sera j’espère infiniment moins de temps à faire que le portrait à cause des circonstances dont j’ai eu l’honneur de vous rendre compte et qui ont mis Mr Duplessis dans l’impossibilité de vous en faire jouir aussitôt qu’il l’auroit désiré.
Je suis avec respect, etc...
Huguet.
A Mr Huguet, à Paris. — Le 2/i juin 1778.
(Extrait)
Quant à la gravure du portrait de Mr le Prince de Marsan et à la gratification de Mr Duplessis, nous vous dirons que quoique nous désirions en particulier de pouvoir faire l’un et l’autre, cependant nous ne pouvons rien statuer là-dessus qu’après une délibération du Conseil Municipal que nous convoquerons incessamment et nous vous instruirons du résultat.
Nous sommes, etc...
Les Maire, Eciievins et Assesseur de Marseille.
Deliberation du ier juillet 1778. — yeme Proposition.
Le Sieur Huguet, agent de notre Communauté à Paris nous a donné avis
A NNEXES
par sa lettre du dix huit may dernier que le portrait de M. le Prince de Marsan etoit fini mais que le peintre ayant donné tous ses soins pour ne rien laisser à désirer sur la perfection de l’ouvrage s’attendoit à recevoir de notre générosité une gratification.
D’autre part il nous demande des ordres pour la graveure de ce portrait, et nous observe que la chose seroit très agréable au Prince.
On va vous faire lecture de cette lettre, veuilles bien, Messieurs, délibérer sur l’un et l’autre objet.
Sur la septième proposition, et en conséquence de l’avis reçu que le portrait de Mr le Prince de Marsan se trouve fini le Conseil a unanimement délibéré que le prix en sera payé sur le pied convenu et que de plus M. le prince de Marsan sera suplié de vouloir bien en permettre la graveure.
A Monseigneur le Prince de Marsan, Gouverneur de Provence.
Le 3 juillet 1778.
Monseigneur,
Après une trop longue attente, le S' Duplessis vient enfin de finir le portrait de Votre Altesse; nous l’avons annoncé au Conseil Municipal qui a reçu cette nouvelle avec autant de joye que nous en avons eü à l’en informer. Nos citoyens brûlent déjà du désir de le voir, mais un nouvel interest suspend leur impatience c’est la graveure de ce portrait que nous venons vous demander pour multiplier autant qu’il est possible votre ressemblance.
Daignez, Monseigneur, nous accorder cette nouvelle faveur, nous n’oublierons rien pour le choix de l’artiste, et pour la prompte expédition.
Nous sommes, etc.
Les Maire, Echevins et Assesseur de Marseille.
A Monsieur Huguet agent de la Clé. — Le 3 juillet 1778.
Nous demandons par ce courrier, Monsieur, à M1 le Prince de Marsan son agrément à la graveure de son portrait, et nous lui témoignons tout l’empressement que nous avons d’en distribuer à nos citoyens les estampes.
Veuillez bien nous marquer quels sont les meilleurs graveurs de Paris en fait de portrait, le prix, et le tems qu’ils metront à cette graveure et, sur vos avis, nous vous donnerons les derniers ordres pour cet ouvrage, après que nous serons convenus du prix. Nous vous prions en outre de nous donner bien précisément la hauteur et la largeur de la toille de ce portrait et pour qu’il n’y ait aucune équivoque, vous voudrès bien nous donner les dimentions en longueur et largeur effective par une mesure ou bande de papier, en marquant par écrit d’un cotté hauteur et de l’autre largeur moyenant quoi, nous commanderons icy le cadre relativement à ces mêmes dimentions, attendu que la place nous gêne beaucoup.
Nous souhaitons pareillement scavoir quel est le nombre des estampes que l’on pourra tirer des premières épreuves, qui sont toujours plus parfaites, et jusqu’à quel nombre on pourra en tirer des secondes.
Quant à la planche, nous nous la reservons expressément, après avoir fait présenter au Prince tel nombre d’estampes qu’il souhaitera.
Nous avons fait proposer au Conseil Municipal une gratification pour Mr Duplessis en sus des 3 ooott que vous lui avés compté, mais il ne s’est pas cru autorisé à donner plus qu’il n’avoit été convenu, les gratifications sont prohibées par le règlement et des Administrateurs des deniers publics ne peuvent point consulter leur générosité.
Nous avons, etc.
Les Maire, Echevins et Assesseur de Marseille.
Du Prince de Marsan, Gouverneur de Provence, à MM. les Maire, Échevins , Assesseur de Marseille. — A Paris, ce 1 6 juillet iyj8.
On ne saurait être, Messieurs, plus sensible que je le suis à la demande que vous me faites de faire graver mon Portrait. Cette nouvelle preuve de vos sentiments est trop flatteuse pour moi pour ne pas l’accepter avec toute la reconnaissance possible et vous prier, Messieurs, d’être persuadés que je m’empresserai dans tous les temps, à vous en convaincre, ainsi que des sentiments avec lesquels personne n’a l’honneur d’etre plus sincèrement que moi, Messieurs.
Votre très humble et très obéissant serviteur.