J. -S. DUP LE SS\I S
Nous attendons les avis que nous avons demandé à notre agent à Paris pour connaître les meilleurs artistes en ce genre et le prix à peu près que cette gravure pourra nous coûter.
De Mc Huyuet à MM. les Maire, Échevins, Assesseur de Marseille.
Paris du 18 août 1778 (Extrait).
Messieurs,
J’ai l’honneur de vous adresser copie d’une lettre que je viens de recevoir de Mr le Directeur Général des fermes relativement à la gravure du portrait de Mr le Prince de Marsan que vous avez arrêté de faire faire. J’ai répondu à M1 Necker1 que je n’avais fait jusqu’à présent que vous indiquer les meilleurs artistes de Paris en ce genre, ainsi que le prix et le temps que chacun d’eux demandait, qu’il n’y avait rien encore de commencé, et qu’en conséquence des ordres contenus en sa lettre, je ne donnerais aucune suite à cet ouvrage, j’attendrais que vous me fassiez connaître vos intentions ultérieures pour voir Mr le prince de Marsan à ce sujet et je me suis persuadé que vous lui en écrirez en même temps.
Je suis, etc. . .
A Mf'T le Prince de Marsan, Gouverneur de Provence.
Le 16 7bre 1778.
Monseigneur,
Le Conseil Municipal de Marseille se livrant aux transports de sa juste reconnoissance a voit délibéré par acclamation la graveure de votre portrait. Notre premier soin après en avoir reçu votre agrément, avoit été de connaître les meilleurs artistes en ce genre. Mais tandis que nous délibérions sur le choix, il nous est parvenu un ordre qui nous consterne : le Ministre de la Finance nous a interdit toute dépense qui n’est pas d’absolüe nécessité, et
1. La lettre officielle de Necker à l’intendant de la Tour est du i5 août 1778: « La dépense à prévoir pour le portrait de M. de Marsan devant s’élever à 12 000 1. au lieu de 6000 dont il avait été primitivement question, il n’y a pas lieu d’autoriser la ville à la faire. »
Le ig septembre l'intendant répond que « la municipalité hésitait en présence des prétentions des graveurs, mais que la lettre du contrôleur général mettait fin à cette hésitation et que la gravure ne serait pas exécutée » .
Àrchiv. des Bouches-du-Rhône, G. 2616, p. 85.886.
ANNEXES
parmi divers retranchemens économiques il a différé la gravüre de votre portrait; c’est avec le plus vif regret, Mer, que nous nous voyons privés d’une satisfaction qui eut fait la joye publique ; nous n’en conservons pas moins dans nos cœurs les sentimens de reconnaissance qui sont dus à vos bienfaits. Nous sommes avec un profond respect, etc.
Les Maire, Echevins et Assesseur de Marseille.
A Mr Huguet, agent de la Cte à Paris. — Le 2 juin 1779.
Nous avons différé jusques à présent, Monsieur, de vous prier de nous envoyer le portrait de Mcr le prince de Marsan, notre gouverneur, dans l’esperance d’être autorisés par Mr le Directeur général à faire graver ce portrait pour seconder les vœux du Corps municipal et du public qui le désirent.
Mais cette dépense ne nous ayant pas été permise, nous vous prions de prendre les moyens convenables pour nous faire parvenir ce portrait, par la voye la plus sure et la plus prompte. Vous consulterès sur cela Mr Duplessis ou telle personne de l’art que vous jugerez convenable pour que la caisse soit conditionnée de manière que le transport ne puisse dégrader celte peinture.
Nous avons, etc.
Les Maire, Echevins et Assesseur de Marseille.
A M. Huguet.
Post-Scriptum d’une Lettre du 12 juillet 1779. — Nous sommes surpris que vous n’ayez rien répondu au sujet de la demande que nous vous avions fait de l’envoi du portrait de M. le prince de Marsan.
Les Maire, Echevins et Assesseur de M ARSEILLE.
i5 juillet 1779. — De Mr Huguet à MM. les Maire, Échevins, Assesseur
de Marseille.
Messieurs,
A la réception de la lettre que vous m’avès fait l'honneur de m’écrire, pour que je vous lisse l’envoy du portrait de Mfir le prince de Marsan, je me suis occupé de répondre comme je le devois à l’empressement que vous avès d’en
jouir ; et vous sériés à la veille de le posséder, si le prince n’avoit pas désiré que Mr Duplessis y fit des changements dans quelques parties ; en conséquence Son Altesse a bien voulu lui donner une séance, et l’artiste en attend une seconde de sa complaisance et de ses bontés pour mettre la dernière main à son ouvrage. J’ignore précisément quand Son Altesse pourra lui accorder cette nouvelle séance étant actuellement à sa campagne aux environs de Paris, mais ce sera sûrement dans le courant du mois prochain au plus lard. En suitte vous serès encore quelques mois sans que je puisse vous le faire passer, parce que Mr Duplessis désirant qu’il soit vû du Public a obtenu du Prince l’agrément de l’exposer au Salon de l’Accadémie de peinture et de sculpture qui n’a lieu que tous les deux ans et qui sera ouvert pendant le mois de septembre prochain.
Cet artiste se flatte que vous voudrès contribuer à luy procurer cette satisfaction, en permettant que je ne vous envoyé ce tableau qu’après la clôture du Salon où les artistes n’exposent absolument que ce qu’ils pensent avoir fait de mieux.
Je suis, avec respect, etc...
Huguet.
Aa même. — Le 1 / octobre 1779-
Nous croyons qu’il est teins, Monsieur, de nous faire parvenir le portrait de Mr le prince de Marsan; nous avons donné à Mr Duplessis la satisfaction qu’il souhaitoit, il est juste que nous jouissions de celle que nous attendons depuis si longtemps : Veuillès bien prendre toutes les précautions possibles pour que la peinture ne souffre en rien dans le transport, surtout dans cette saison de pluyes.
Nous sommes très parfaitement, etc.
Les Maire, Echevixs et Assesseur de Marseille.
A M. Huguet, à Paris. — Le 2 4 Xbre 1779.
Nous avons reçu, Monsieur, le 21 de ce mois, le Portrait de M. le prince de Marsan. L’empressement, que nous avions de le recevoir a fait faire les réflexions auxquelles nous n’avons pu nous refuser en le voyant, que les gens de l’art et nos concitoyens ont partagé.
Nous ne pouvons nous sçavoir mauvais gré de n’avoir pas adhéré à la de-
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mande que le peintre avait fait d’une gratification en sus du prix bien considérable qu’il a exigé de la Communauté.
Si quelques personnes qui ont eu l’honneur de voir Mr le prince de Marsan ne nous avoient assuré que ce portrait avoit le mérite de la ressemblance jusques à un certain point, nous vous avouons à regret que nous en serions très mécontens. Ce Portrait est placé dans la chambre consulaire de la manière dont il devoit l’être, mais il est entre deux autres portraits qui ne contribuent pas à le faire valoir. C’est celui de feu Mr le duc de la Vrillière, qui a coûté la moitié moins à la Communauté, et celui de Mr le Maréchal de Bellille qui lui a été donné. Le longtems qui s’est écoulé, depuis que le portrait de Mr de Marsan est fait auroit permis au peintre d’en réparer les défauts sans peine, et le jugement que les Connoisseurs en ont porté, s’il est vrai que ce portrait a été exposé dans le Salon de peinture pouvoient lui donner une perfection que nous eussions désiré.
Nous sommes, etc...
Les Maire, Echevins et Assesseur de Marseille.
A A/l!r le Prince de Marsan, Gouverneur de Provence, à Paris.
Le 24 Afbie /77p.
Monseigneur,
Nous avons enfin reçu le portrait de Votre Altesse que nous désirions depuis longtems, nous l’avons fait placer dans la chambre consulaire.
Nos concitoyens qui partageoient notre empressement, sont pénétrés des mêmes sentimens de reconnaissance. Ce gage prétieux pour la ville de Marseille est une preuve de la protection dont Votre Altesse veut bien l’honorer. Il est et sera toujours pour ses administrateurs un nouveau motif d’encouragement pour en mériter la continuation.
Nous sommes, etc...
Les Maire, Echevins et Assesseur de Marseille.
i5 janvier 1780. — De M' Ilu(juet à MM. les Maire, Echevins, Assesseur de Marseille (Extrait).
Je suis très fâché, Messieurs, que vous ne soyès pas plus contants du portrait de M. le prince de Marsan ; je ne vous dissimulerai cependant pas qu’on
n’en a pas porté à ma connoissance le même jugement au Salon ; et lorsque je me suis adressé à Mr Duplessis pour faire ce portrait, ses talents et sa réputation dans ce genre dévoient m’assurer que vous auriès lieu d’être satisfaits du morceau qui sortiroit de ses mains.
Quant au prix, il ne doit pas vous étonner, relativement au temps, parce que ce qui se faisoit en 1747 pour 12 à 1 5ooft ne s’entreprend souvent pas aujourd’huy à moins de quatre à cinq mille livres ; et Mr Duplessis m’a annoncé bien des fois que s’il avoit été instruit que c’etoit la Ville de Marseille qui faisoit la dépense de ce portrait, il ne l’auroit pas entrepris pour les mil écus qu’il l’a fait payer.
J’ay l’honneur d’etre, etc...
Huguet.
Lettre à M. Barrère de Vieusac, député h l’assemblée nationale,
Par M. Duplessis, peintre du Roi.
Monsieur,
J’ai vu hier, 27, dans un journal, qui rendoit compte de la séance de la veille à l’Assemblée Nationale, j’ai vu, dis-je, votre motion pour faire du Louvre le Temple des Arts.
En qualité d’artiste, je ne puis qu’applaudir à un projet qui vous fera honneur auprès de tous les gens de goût et de tous les bons politiques ; mais je n’applaudirai pas de même à une tirade qui vous a échappé, et que je vais transcrire, pour en montrer après toute l’injustice :
« Il faut, dites-vous, il faut que la Galerie du Louvre où sont déjà tant de Chefs-d’œuvre de sculpture et de peinture, devienne un muséum célèbre ; et qu’on y déploie les nombreux tableaux de Rubens et d’autres peintres illustres, qu’un Ministre ignorant, un d’Angiviller, homme obscur, malveillant, tenait dans la poussière. Débarrassés de la crasse ignorance des hommes de ce genre, il faut que les arts soient rendus à leur éclat et aux sublimes élans de l’émulation. »
C’est avec une extrême répugnance, monsieur, que je viens de transcrire ce passage, mais il le falloit bien, pour amener la réponse. Je pense que vous m’en saurez gré, car je pense que pour rien au monde vous ne voudriez être injuste envers qui que ce fût.
A NNEXES
L’idée de former un muséum, qui rassemble ce que la France a de plus précieux en peinture et en sculpture, est une grande et belle idée ; peu importe que vous ne l’ayez pas conçue, pour qu’elle vous fasse honneur ; vous apprendrez donc avec plaisir que M. d’Àngiviller, que vous décriez tant, est là-dessus parfaitement d’accord avec vous ; vous n’en douterez pas lorsque vous saurez qu’il a prévenu vos désirs, et que, depuis environ dix ans, il travaille à remplir celui que vous ne manifestez que d’aujourd’hui.
Ce projet a d’abord été conçu, si je ne me trompe, par feu M. de la Condamine; si M. d’Angiviller n’en est pas l’inventeur, il a au moins le mérite de l’avoir adopté et d’avoir commencé son exécution ; et pourquoi ne l’a-t-il pas achevé? Oh, monsieur, cette question seroit déplacée! on vous auroit bien embarrassé vous-même, si, dans cette Place, avec un projet pareil, on vous avoit encore chargé d’exécuter des travaux immenses, et en même-tems à Rambouillet1, à Fontainebleau, à Compiègne, etc. etc. sans vous donner la: clef du Trésor-Royal.
Un d’Angiviller, un homme obscur ! Je prends la liberté de vous demander ce que vous entendez par-là. Un Directeur, un Ordonnateur-général des Râtiments, jardins, Académies, Arts et manufactures de France, n’est certainement pas un homme obscur : ce n’est donc pas ce que vous avez voulu dire. Est-ce de son extraction que vous voulez parler? Oh ! quelle pitié ; pardon, Monsieur ; mais quoi ! dans la bouche de nos Législateurs, un pareil propos ! certes vous êtes bien loin d’être dans le sens de la Révolution. Mon étonnement ne vous surprendra pas lorsque vous saurez que je l’ai devancée d’un demi siècle; il y a cinquante ans que je n’estime un homme, que ce qu’il vaut par lui-même, sans m’informer s’il peut aller de pair avec les Montmorenci.
Un malveillant un malveillant ! Lui, M. d’Angiviller ; lui dont le carac-
tère très marqué est celui de la bonté ; on voit bien, Monsieur, qu’on vous a étrangement abusé sur l’homme dont vous parlez si légèrement; vous me saurez gré, je l’espère, de vous désabuser.
Après les beaux établissemens de ses prédécesseurs pour l’encouragement des Arts, il sembloit qu’il ne restoit plus rien à faire à M. d’Angiviller ; cependant je doute qu’aucun Directeur-général ait fait, dans cette partie, depuis l’établissement de l’académie, autant de bonnes choses que lui. Il a
1. Comme je veux être exact sur les faits, je dois dire que je me suis trompé lorsque j’ai mis les dépenses de Rambouillet sur les fonds de l’Etat, je me suis assuré que le Roi les a payées du revenu de la terre, et des deniers de sa cassette. (Note de Duplessis.)
brisé les liens qui garrotloient et étouffoient les talens. Un jeune homme se montroit-il dans les provinces avec de rares dispositions, il ne pouvoit les cultiver que dans la Capitale ; arrivé à Paris s’il n’avoit pas de fortune, on lui disputoit le droit d’étudier en travaillant, ou de travailler en étudiant. S’il ne payoit pas vingt-cinq louis, lors même qu’il n’avoit pas vingt-cinq écus, on lui enlevait impitoyablement ses tableaux, ses dessins, tous ses ustensiles de peinture, ses études, enfin ce qu’il avoit de plus précieux : il étoit forcé de retourner dans la province, où son talent périssoit faute d’aliment, c’est-àdire, fautes de maîtres et d’émulation.
M. d’Angiviller a brisé ces entraves. Est-ce la malveillance qui l’a conduit : Il a doublé l’école à l’Académie pour admettre un plus grand nombre d’étudians ; est-ce encore de la malveillance P II a formé une école où douze jeunes gens entretenus au frais du Roi, et dans l’âge le plus tendre, étoient reçus lorsqu’ils marquoient des dispositions distinguées pour le dessin. On n’en faisoit d’abord ni des peintres, ni des sculpteurs, ni des architectes ; ce n’ étoit qu’après avoir reconnu auquel de ces trois talens la nature les appelloit, qu’on les y fixoit ensuite. Cet établissement si sagement conçu, et qu’on devrait rétablir, n’est tombé que depuis que le directeur général des arts n’a plus eu les moyens de le soutenir.
M. d’Angiviller enfin a senti de bonne heure qu’il ne suffisoit pas de faire naître les talens, ce à quoi ses prédécesseurs s’étoient bornés ; il a senti qu’il falloit encore les occuper, les alimenter. Il a vu que tout étoit mode en France, et que celle de décorer les Palais, les hôtels, de tableaux et de plafonds, étoit. passée, et que la peinture, dans le grand genre de l’histoire, commençoit à dégénérer ; il a engagé le Roi à fournir aux artistes de son académie, des travaux dignes des grands talens qui languissoient. En conséquence, depuis plusieurs années, sans interruption, nous avons vu à toutes les expositions du Louvre, huit grands tableaux, représentant les traits mémorables de l’histoire de France et quatre grandes figures en marbre, représentant les grands hommes qui l’ont illustrée. Cet établissement, vraiment patriotique, puisqu’il doit exposer aux yeux et à la vénération de la postérité la figure des grands hommes qui ont bien mérité de la Patrie, a parfaitement rempli son double objet ; il a exercé, encouragé les artistes, a fait naître ou soutenu l’émulation parmi eux, et a enfin produit des chefs d’œuvre qui soutiennent en France la gloire des arts, à l’égal des beaux siècles de Périclès, de Léon X et de Louis XIV ; je vous prie d’observer que cette idée de M. d’An-
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giviller est d’autant plus belle, d’autant plus patriotique, qu’elle est propre a enflammer le courage de tous les François qui peuvent espérer, avec de grandes vertus ou de rares talens, occuper une place dans le muséum, et obtenir l’immortalité ; car ce qu’il est essentiel d’observer encore, c’est qu’aucun homme de mérite n’a été un homme obscur aux yeux de M. d’Angiviller. A côté du Grand Condé, de Turenne (dans cette suite des grands hommes, ordonnée par le Roi et d’après les conseils de M. d’Angiviller) à côté de ces Princes vous trouverez Pascal, Molière, Racine, la Fontaine, Poussin, etc. etc.
J’ose vous demander à présent, si vous persistez à appeller la conduite du directeur-général, la conduite d'un ignorant et d’un malveillant; j’ose encore défier qui que ce soit défaire mieux, à moins qu’avec autant de lumières et de bonne volonté, on ne lui fournît des moyens d’exécution qu’on s’obstineroit de refusera M. d’Angiviller.
Je suis, etc.
Paris, ce 28 mai 1791
Signé : Duplessis.
P. S. — En relisant, monsieur, le paragraphe de votre motion, que j’ai transcrit au commencement de ma lettre, je me suis aperçu qu’il y avait un mot que j’ai laissé sans réponse. Vous avez dit que M. d’Angiviller laissoit, dans la poussière, les chefs-d’œuvre de peinture que le Roi possède. Ce mot a évidemment une double signification ; en même temps qu’il annonce la privation pour le public, qui auroit dû en jouir, il veut dire aussi qu’on les laisse périr. J’ai répondu à ce reproche dans la première acception du mot, en faisant entendre qu’on avait déjà foit des dépenses considérables dans le local destiné à les recevoir, pour que le public pût en jouir. Quant à la dernière acception, bien loin de mériter le reproche d’une stupide indifférence, pour les trésors que le Roi possède en ce genre, M. d’Angiviller, depuis qu’il est en place, n’a pas cessé de faire, pour le Roi, de nouvelles acquisitions, non, à la vérité, avec cette profusion de l’Impératrice de Russie, qui a acquis, dans un seul marché, plusieurs collections immenses, telles que celle du baron de Thiers, de M. Baudouin, etc. M. d’Angiviller, borné dans ses moyens, s’est contenté d’acheter, pour le Roi, quelques-uns de ces tableaux, qu’il voyoit avec plus de regret passer en pays étranger, malheureusement pour la France, qui a vu sortir de son sein tant de chefs-d’œuvre, dont le souvenir me laisse encore de vifs regrets; mais heureusement pour
lui, car, s’il eût donné dans cette magnificence qu’a montré l’Impératrice de Russie, les malveillans ne manqueroient pas de l’accuser aujourd’hui de dissipation.
Un seul fait va vous prouver que M. d’Angiviller ne voit qu’avec regret, dans la poussière, selon votre expression, les chefs-d’œuvre de l’art ; il s’étoit apperçu, peut-être depuis long-tems, que les chefs-d’œuvre de l’immortel le Sueur, périssoient dans le cloître des Chartreux, par l’activité de l’air et les rayons dévorans du soleil, auxquels ils étoient exposés. Pour les soustraire à une perte inévitable, il en fit l’acquisition pour le Roi, les livra ensuite à un restaurateur de tableaux, homme unique en ce genre, que M. d’Angiviller sut attacher à la France par des bienfaits sans prodigalité, lorsque le Roi de Prusse lui faisoit des offres séduisantes pour l’engager à son service. Ce n’est certainement pas-là la conduite d’un homme qui ait pour les tableaux du Roi, l’indifférence que vous lui supposez.
Je crois vous voir à présent, monsieur, revenir de loin, j’ai éclairé votre justice, et j’espère que vous m’en remercierez.
Puisque l’accusation a été publique, je pense qu’il m’est permis de publier la défense : je l’ai donnée à l’impression, et je crois ne rien faire en cela qui puisse déplaire à un homme comme vous, monsieur, qui, dans mon opinion, doit applaudir au triomphe de la vérité et de la justice, contre de malheureuses et injustes préventions.
Lettre de M. Barrere de Vieusac.
Monsieur,
J’ai reçu votre lettre sans date, à l’Assemblée Nationale. J’ai été affligé de la manière légère, avec laquelle vous m’accusez d’avoir été injuste envers un citoyen que je ne connois ni dans ses travaux, ni dans sa personne, et j’ai excusé votre style en voyant l’erreur qui m’a valu vos réprimandes. Je ne sais, monsieur, dans quelle source vous puisez mes rapports; ce n’est pas du moins dans celle de la vérité ; le paragraphe que vous voulez m’imputer n’est pas de moi ; il n’est jamais sorti de ma plume ni de ma bouche. Je n’attaque jamais les personnes, mais les abus; et, dans mon rapport sur les domaines du Roi, je n’ai jamais parlé, ni de M. d’Angiviller que je ne connois pas ni d’aucun autre individu. Vous avez pris le style et les formes