‹ J.-S. Duplessis, peintre du roi, 1725-1802Chapitre 106 sur 134 · GUY DE CHABANON · texte numérisé non relu

GUY DE CHABANON

(Musée d’Orléans)

A A TNEXES

de quelque libelle, pour le mien. Je croyois cependant avoir prouvé dans mon obscure carrière à l’Assemblée, que je n’employois pas les mots d’homme obscur, ou malveillant, et que je ne parlois pas non plus de la crasse ignorante des hommes de ce genre. Votre répugnance à transcrire ces étranges paroles doit vous prouver quelle a dû être la mienne à vous répondre dans le premier moment. Lisez, monsieur, les extraits du rapport qui ont été mis dans le moniteur, ou dans des feuilles dont les auteurs se piquent de quelque véracité, et votre accusation pèsera sur votre cœur, parce qu’elle est légère et calomnieuse. Ce n’est pas que je l’impute à vousmême cette calomnie : un artiste célèbre doit avoir l’âme grande et noble ; je n’accuse que celui qui a pu imprimer, dans quelque feuille, ce paragraphe que vous avez eu tant de peine à transcrire, et tant de facilité à m’imputer. Mais, avant de vous livrer à ces élans de sensibilité ou de reconnoissance pour M. d’Angiviller ; avant sur-tout délivrer à l’impression, les premiers mouvemens et les légers apperçus qui vous ont dictés votre lettre, vous auriez pu, ou interroger d’autres feuilles périodiques, ou savoir avec quelque certitude, si l’homme que vous avez affligé par votre lettre, méritoit vos injustes inculpations.

Mon rapport a été envoyé chez l’imprimeur de l’Assemblée Nationale, suivant l’usage. C’est la minute qui est déposée chez lui. Veuillez-y chercher le beau morceau, bien injurieux qu’il vous plait de m’imputer. Comment un artiste qui a de la réputation, et qui devroit connoître avant d’accuser, pouvoit-il inculper un député des ci-devant communes, d’avoir appellé homme obscur un homme très connu par ses places et par ses travaux ; obscur moimême sous tous les rapports, j’ai toujours pensé que,

Qui sert bien son pays, n’a pas besoin d’ayeux ;

et que le hasard de la naissance n’est rien auprès des vertus civiques, et du respect de la réputation des autres.

Vous vous attendiez à des remerciemens de ma part ; et certes vous les auriez eus, si je m’étois égaré ou votre fameux paragraphe le prouve. Après le mérite de ne pas faire de fautes, le premier est, sans doute, de les avouer.

Voyez maintenant, monsieur, lequel de nous deux en a commis une? Lequel de nous deux a été imprudent ou léger dans l’accusation?... imprimez maintenant votre lettre et mettez la mienne à la suite. Elle en sera

l’heureux commentaire, et nous applaudirons tous les deux au Triomphe de la vérité et de la justice contre de malheureuses préventions.

J’ai l’honneur d’être, etc.

Signé : Barrere.

Paris, 3o mai 1791 .

Lettre de M. Duplessis, peintre du roi' .

Monsieur,

En me permettant de vous écrire la lettre dont vous voulez bien m’accuser la réception, je n’ai rien donné à une légèreté qui n’a jamais été dans mon caractère; je n’ai écouté que mon cœur, que le soupçon seul de l’injustice, envers qui que ce pût être, afflige, je dirai même irrite ; j’étois loin de supposer que je me rendrais moi-même injuste envers vous, puisque je me trouve n’avoir adopté que l’imputation d’une calomnie. Votre lettre d’hier, 3o mai, me l’atteste, je m’y rends sans hésiter : je fais plus, je m’applaudis en quelque sorte de mon erreur, puisqu’en faisant naître votre dénégation, elle me fournit le moyen d’éclairer l’opinion publique, et sur votre façon de penser, Monsieur, et sur l’audace de cette tourbe de folliculaires, qui, chaque jour, se font un jeu si cruel de cette liberté d’écrire, dont il est évident que les trop coupables excès n’ont jamais été mesurés ni même prévus : en attendant que le public sage écrase les méchans de ce mépris qui les dévoue d’avance à l’oubli, je me hâte de vous venger, Monsieur, en satisfaisant à l’invitation que vous me faites d’imprimer votre réponse, elle vous disculpera aussi complettement dans l’esprit des honnêtes-gens, que dans le mien ; il ne restera de ma première lettre que l’effet que j’ai voulu essentiellement en tirer; c’est-à-dire, de détromper le public sur des imputations, que la malignité saisit toujours trop avidement, et que les feuillistes, tristes échos l’un de l’autre, font pulluler partout : je serai trop heureux si la révélation de mon erreur peut devenir un préservatif pour tout le monde.

Je suis etc.

Signé : Duplessis, peintre du Roi.

Paris, 3i mai 1791.

1. Nota. — M. Duplessis s’empresse de rendre hommage à l’honnêteté de M. Barrere, en publiant, sur la demande de ce député, la dénégation qu’il a bien voulu faire d’imputations imprimées par des journalistes, comme émanées de M. Barrere dans son rapport, du 27 mai, à l’Assemblée nationale.

ANNEXES

Les recherches scientifiques de Duplessis

M. J. -J. GuifFrey dit que Duplessis a été un « homme à idées ». On pourra juger, par les documents que nous produisons, de la diversité de ses recherches d’ordre scientifique, dont la plupart ont trait aux beaux-arts et concernent l’outremer, les laques, la garance et le nettoyage des marbres.

Quant à ses expériences sur la gomme élastique, on a pu lire, au chapitre xiv, les lettres où il en parle longuement, et M. Guiffrey n’a pas hésité à faire remarquer qu’il a « prédit le soulier en caoutchouc ». N’a-t-il pas fait mieux encore et que ne doit pas l’industrie de l'automobile à celui qui a cherché et paraît avoir trouvé les moyens d’introduire en France « la gomme liquide » P

Le premier mémoire est transmis par la voie hiérarchique :

Pierre à d’Angiviller 1 .

26 novembre 1779.

J’ai l’honneur de vous adresser un mémoire de M. Duplessis, sur les avantages que l’on pourrait obtenir de la gomme élastique, si les moyens de la tenir dans un état de fluidité nécessaire à l’usage qu’il en voudrait faire ne se trouvoient point fort au-dessus de la fortune des artistes. Un charlatan aurait fait un mémoire bien plus étendu, cela y prête ; maisM. Duplessis ne s’occupe que de son affaire, et il a déjà beaucoup couru pour s’instruire ; son impatience de vous sçavoir à Paris est extrême, car il a bien des choses à mettre sous votre protection sur sa nouvelle découverte.

Mémoire sur i utilité de la gomme élastique pour la perfection <les mannequins \

C’est bien en vain qu’on dira, comme on l’a déjà dit, que le manequin

Page 1