‹ J.-S. Duplessis, peintre du roi, 1725-1802Chapitre 109 sur 134 · xlrchives Nationales, O1 igiG, pl. 4, n · texte numérisé non relu

xlrchives Nationales, O1 igiG, pl. 4, n

ANNEXES

soit dans une liquidité ou une très grande molesse qui permettent de l’appliquer par couche et de luy faire prendre touttes les formes dont on peut avoir besoin.

Il y a quelques années que M. Macquer, de l’accadémie des sciences, fit venir de ce suc laisteux dans deux bouteilles de verre ; au lieu de recevoir ce suc liquide, on trouva dans une des bouteilles la résine en une masse dure et nageant dans une liqueur blanchâtre un peu trouble, ayant au reste l’élasticité propre à cette substance. L’auttre bouteille contenoit aussi une masse moulée de la forme de la bouteille comme dans la première et nageant de même dans une liqueur blanchâtre ; mais cette masse solide de matière résineuse, étoit blanche, friable et n’avoit aucune espèce d’élasticité. Comme ces deux bouteilles n’étoyent accompagnées d’aucun mémoire, on ne scait a quoy attribuer la différence des matières qu’elles contenoient.

Ce mauvais succès ne nous a pas fait perdre l’espérance de faire parvenir en France ce suc laiteux dans un état de liquidité ou de molesse assez grande pour pouvoir luy donner la forme que l’on désire.

Pour parvenir à ce but, l’année passée, nous avons, sous la protection de Monsieur le marquis de Castries, envoyé une caisse à l’Isle de France contenant trois grands flacons de cristal remplis l’un d’esprit de vin ordinaire, l’autre d’esprit de vin très rectifié et le troisième contenant de l’étber.

Une douzaine de petits flacons de cristal accompagnent les grands, ils étoient vuides, et estoient destinés à faire des mélanges des liqueurs sus dites avec le suc de caoutchouc par moitié, par trois quarts de suc laiteux sur un quart d’une des sus dites liqueurs, nous aurions désiré que ces mélanges se fissent, les uns avec le suc laiteux tel qu’il découle de l’arbre, les autres avec le suc laiteux dont au moyen du feu ou du soleil on auroit fait évaporer la sève qui s’y trouve probablement mêlée et que nous croyons être cette liqueur blancheatre qu’on a trouvée dans les bouteilles envoyées à Mr Macquer ; nous pensons que l’absence de cette sève auroit peut être laissé plus d’action sur la matière résineuse aux liqueurs spiritueuses qu’on devoit y joindre en différentes proportions pour le conserver liquide. Un mémoire très détaillé accompagnoit l’envoy que nous faisions ; mais le navire le Sevère, qui portoit le tout ayant été pris par l’ennemi, nous avons vu évanouir nos espérances de ce côté.

Si nous ne faisons pas aujourd’huy un pareil cnvoy, c’est que nous en avons fait un dans le même temps tout pareil à l’Isle de Cayenne, qui est arrivé à bon port, nous nous contentons d’attendre de ce côté le résultat de nos expériences.

Tout ce qui a été dit jusqu'ici paroitroit donc inutile si nous ne pensions qu’il faira naître des idées et métré sur la voye des personnes intelligentes et curieuses dans l’isle de France qui pourvoient dans leurs moments de loisir, essayer s’il est possible de conserver le suc laiteux, liquide, aussi longtemps qu’il le faudroit pour faire le voyage d’Europe.

Nous n’avons parlé jusqu’ici que du suc du caoutchouc et peut être n’y en a-t-il point à l'Isle de France; mais nous scavons qu’il y a une espèce de figuier sauvage qui donne un suc tout pareil.

Si nous avons renoncé cà faire un nouvel envoy pareil à celuy de l’an passé, comptant qu’il sera suplée par celuy qui est arrivé à Cayenne ; nous allons parler de ce que nous désirerions recevoir de l’Isle de France et que nous ne pouvons obtenir d’ailleurs. Avant d’en venir la nous désirerions qu’on voulut bien faire quelques essays que nous allons indiquer.

Dans la pluspart des lieux où l’on trouve du suc laiteux qui forme la résine élastique, on est dans l’usage d’en faire des bouteilles. On comence par en faire la forme en terre, on enduit cette forme ou ce moule de plusieurs couches de suc laiteux, en passant sur une épaisse fumée le moule ainsi enduit pour faire secher chaque couche l’une après l’autre, en observant de n’en point passer que la précédente couche n’ait suffisamment séché. Lorsqu’on a donné à cet enduit l’épaisseur que l’on désire, on casse en frapant, le moule de terre et on le fait sortir par le goulot ; je suppose que cet usage peut être connu à l’Isle de France.

Dans le mémoire que nous avons envoyé l’année dernière et qui a été pris par l’ennemi, outre les mélanges que nous demandions dans des flacons de cristal que nous avions envoyés, nous demandions aussi d’en faire dans ces bouteilles de gomme élastique, et il nous seroit bien plus avantageux d’obtenir un bon succès par ce moyen, cette matière n’étant point fragile comme le verre et le cristal. Nous renoncerons donc à faire des essays avec l’éther qu’il faudroit vraisemblablement envoyer d’icy, mais comme on doit supposer qu’il ne manque pas à l’Isle de France de l’esprit de vin, nous nous bornerons aux essays suivants :

i° Il faudroit mettre, dans une bouteille dégommé élastique, du suc laiteux tel qu’il découle de l’arbre et sans mélange.

2° Dans une bouteille pareille, du suc laiteux dont on auroit fait évaporer

la sève et sans mélange.

3° Dans une bouteille pareille du suc laisteux tel qu’il découle de l’arbre, mêlé avec moitié d’esprit de vin.

ANNEXES

4° Dans une bouteille pareille du suc laiteux dont on auroit fait évaporer la sève et mêlé avec moitié de bon esprit de vin.

Ces bouteilles seroient fermées tout de suitte avec des bouchons de gomme élastique. On auroit en réserve un peu de suc laiteux qu’on auroit fait épaissir en consistance de miel, de cette matière on enduiroit le bouchon et le goulot pour les coler ensemble pour qu’ils ne fissent plus qu’un seul corps au point qu’on seroit obligé de couper le goulot pour vuider la bouteille, ce qui empêcherait toutte évaporation.

Ces quatre expériences pourroient se faire sur le suc de figuier sauvage qui vaut le suc de caoutchouc et même mieux à ce qu’on dit.

On n’oubliera pas d’étiqueter chaque bouteille de façon que l’étiquette ne puisse se détacher affin que si l’on obtient quelque succès on puisse scavoir à quel moyen on le devra. Nous avons vu dans le Dictionnaire d’histoire naturelle, tome 7me, que M. Poivre ancien commissaire ordonateur de l’Isle de France, a mandé à M. le chevalier Turgot qu’il avoit découvert une plante très commune dans cette Isle qui donne, lorsqu’on la casse un suc laiteux pareille à celuy de l’arbre de Cayenne, qui comme luy, forme en s’épaississant une résine semblable au caoutchouc, quoyqu’un peu moins élastique que ce dernier, elle est comme luy susceptible d’une grande extension.

Rien n’étant plus incertain que le bon succès des expériences à faire pour faire parvenir en Europe le suc liquide des arbres qui donnent la résine élastique. On conçoit combien il seroit important d’essayer de cultiver en Europe cette plante qui tous les ans nous donnerait son suc sur les lieux, en état d’être façonné comme on le désirerait. Nous prions en conséquence la personne que le Ministre chargera de ce mémoire de nous envoyer de la graine de cette plante, et comme nous serons obligé de l’essayer dans plusieurs provinces et même dans le climat chaud de l’Espagne, il ne nous en faudrait gueres moins d’un boisseau, si la chose est possible.

Nous désirerions qu’on accompagnât cet envoy d’un mémoire qui nous fit connoître sa nature, cornent on pourrait la cultiver, quelle est la nature du terrain où elle se plait, si elle aime l’humidité, la secheresse, le temps où il conviendrait de la semer, etc., etc.

Nous désirerions encore que pour ne pas trop nous en raporter à ce qu’en a dit M. Poivre et pour scavoir d’abord si cette matière vaut la peine et les soins qu’elle nous donnerait, on nous la fit connoitre en nous en envoyant un morceau d’environ un pied carré et de l’épaisseur d’une ligne à peu prés,

qu’on pourroit former en enduisant d’autant de couches qu’il seroit nécessaire, un morceau de carton, une planche ou autre chose.

Nous désirerions que cet envoy se fit le plutôt possible et nous rendrions exactement les déboursés à la personne qui nous sera indiquée.

Nous désirerions aussi que la personne qui sera priée par le Ministre de vouloir bien remplir ces intentions, voulut bien nous communiquer ses sentiments sur nos projets et nous communiquer ses lumières.

Duplessis

Fait à Paris ce 10 aoust 1782.

Conseiller de l’accadémie royale de peinture aux Galleries du Louvre 1 .

Monsieur le Comte2,

[17 août 1782.]

.l’ay reçu l’honneur vottre lettre et vous remercie de ce nouveau témoignage de vottre bonté.

Quoyque je ne soye pas refroidi sur les essays à faire sur la gomme élastique, il ne m’est pas toujours permis de donner mon temps et mon argent pour cet objet. D’ailleurs je scais que M. Richard qui est parti l’an passé pour l’Isle de Cayenne avec une caisse pareille à celle que j’avois envoyée à l’Isle de France, est arrivé à bon port. Je compte donc sur luy pour les expériences à faire sur la gomme élastique tirée du caoutchouc ; mais je ne puis pas obtenir de luy une chose qui ne peut me venir que de l’Isle de France ; et je vous prie, Monsieur le Comte, de vouloir bien avoir la bonté de faire recomander un mémoire que vous trouverés sous même enveloppe qu’il convient ce me semble d’adresser recomandé comme celuy de l’année passé à M. de Cossigny, ingénieur du Roy à l’Isle de France.

Je suis, etc.

Duplessis.

Versailles, le 17 août 1782.

M. le marquis de Castries,

J’ai reçu, Monsieur, la lettre par laquelle vous me faites l’honneur de m’informer de la prise de la caisse chargée sur le vaisseau le Sévère, laquelle con-

1. Au dos est écrit de la main de Duplessis : Mémoire envoyé par Duplessis à Monsieur de Cossigny, ingénieur du Roy à l’Isle de France.

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