‹ J.-S. Duplessis, peintre du roi, 1725-1802Chapitre 111 sur 134 · Archives Nationales, O1 1916, pl. 4, n° i · texte numérisé non relu

Archives Nationales, O1 1916, pl. 4, n° i

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Mémoire sur la rareté de l'outremer et un moyen d'en obtenir, par

M. Duplessis.

11 n’est plus possible aujourd’huy aux peintres de se procurer de l’outremer; il seroit inutile de dire icy combien cette couleur est prétieuse par sa solidité. On n’en trouve plus à Paris et nous croyons l’Europe entière dépourvue de cette couleur; fut-elle abondante, elle a toujours été d’un prix si excessif que les peintres l’ont toujours épargnée au point que le débit a été très borné, et si l’on y prend garde on pourrait peut être trouver la cause de sa rareté dans le peu de débit qui s’en fait.

11 seroit bien digne du Ministre qui est à la tête des arts et qui les dirige si bien de s’occuper des moyens de procurer non seulement l’abondance de cette couleur prétieuse ; mais encore d’en faire baisser les prix au point que les peintres les moins aisés n’eussent aucune raison de l’épargner.

On dit qu’au temps de Louis XIV cette couleur manqua en France comme aujourd’huy, que Le Brun s’en plaignit et que M. de Colbert en fit demander par son ministre à la Porte, que le grand seigneur en envoya une quantité considérable ; ce qui fut reconnu par une magnifique tapisserie des Gobelins.

Nous ne proposerons pas un pareil moyen. Cet outremer fut acheté par le Roy et il seroit peut être possible d’en avoir d’un souverain déjà prévenu par la libéralité de notre Roy et qui ne demanderait pas mieux qu’on luy fournit une occasion de s’acquitter.

On dit qu’à la Chine il y a des montagnes de Lapis azuli, lorsque l’empereur de la Chine desira de faire graver les batailles dont il envoya les desseins, il adressa une lettre au ministre des arts; on commença par engager M. Cochin de refaire entièrement les desseins on en fit les gravures les meilleurs possibles ; tout fut fait aux frais du Roy à ce qu’on dit et les planches furent envoyées en présent à l’empereur.

Il semble que ce monarque ne pourrait recevoir qu’avec plaisir une pareille demande et qu’il seroit charmé de donner ce léger témoignage de sa reconnoissance. On pourrait écrire pour cet objet au père Attiret s’il est encore en vie ou à quelque autre des jésuites attachés à l’empereur en qualité de matématiciens ; si le fait est vrai, qu’il y ait à la Chine des Montagnes de lapis, il seroit aisé de l’avoir à un aussi bas prix que le marbre de Carrare.

ANNEXES

Car quoique la Chine soit à un éloignement prodigieux relativement à celuy de l’Italie dont on tire le marbre blanc, le lapis destiné à faire de l’outremer n’a pas besoin d’être apporté en grosses masses, les plus petits morceaux sont tout aussi bons que les plus gros et on pourroit lester des vaisseaux avec cette matière, un seul vaisseau qui arriverait à bon port en fournirait à l’Europe pour des siècles1.

Duplessis.

ce 24 juillet 1786.

Le premier commis des Bâtiments, de Montucla, avait annoté ce Mémoire, de quelques rectifications et réflexions, publiées par M. J. -J. Guiffrey en même temps que le document lui-même2. 11 met en doute qu'il existe en Chine des montagnes de lapis et qu’on puisse s’adresser à l'Empereur de Chine pour en obtenir. Il suggère d écrire à M. de Vergennes pour savoir le prix auquel on pourrait se procurer cette matière et s’en faire envoyer des échantillons. En effet, par l’entremise du comte de Choiseul-Gouflier, ambassadeur à Constantinople, le Directeur des Bâtiments voulut faire venir de Russie une certaine quantité de lapis, mais on lui livra du smalt (verre coloré en bleu) à la place.

D’après les renseignements recueillis par M. Guiffrey, l’outremer valait 85o à 425o livres les 5oo grammes. L’idée de Duplessis n’avait donc rien de chimérique, quoiqu il ignorât la situation réelle des carrières de lapis lazuli, et on lui en doit la recherche 3. J’ai cité le supplément de prix que les visitandines de Carpentras durent lui payer pour employer du véritable bleu d’outremer dans le manteau de la Vierge de son tableau de la Visitation.

A la séance du 2 décembre 1786, le secrétaire de l’ Académie lut un mémoire sur les laques par Duplessis. Le compte rendu dit: « Il paroit résulter que, pour la permanence, la garance est pré-

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