LES LIVRETS DE GABRIEL DE SAINT-AUBIN
deste décolletage est orné de quelques renoncules ou roses jaune paille naturelles qui intercalent une couleur plus chaude dans les chairs blanches de la gorge et du bras droit et dans les dentelles, le tout avec des demi-teintes qui se fondent et se pénètrent harmonieusement. A la main droite, Mmc Lenoir tient un livre qu’elle vient de fermer pour nous regarder en face. Est-ce un accessoire de l’atelier de Duplessis ou la marque d’un goût très vif pour la lecture ? On ne sait. Rien de plus poussé et de plus méticuleux que le dessin de ce portrait. Dans le corsage, on reconnaît des dentelles de Valenciennes. Tout y est précis sans sécheresse et cela ne nuit aucunement à l’ensemble qui est remarquable par le naturel et l’air d’intimité1.
Un livret du salon de 1769, qui a appartenu à Gabriel de Saint- Aubin et qui est dans les collections du cabinet des Estampes, porte en regard du nom de Mme Le Noir: (écrit en deux mots) marchande de bas, près des Quinze-Vingts.
C’est bien cela. D’après des souvenirs de famille, la boutique de Lenoir, bonnetier, fournisseur de la cour 2, se trouvait rue Saint- Honoré et l’hôpital des Quinze-Vingts était alors situé entre le Louvre et le Palais-Royal. La silhouette tracée par G. de Saint Aubin, en marge du livret, pour si effacée qu’elle soit actuellement, ne laisse aucune hésitation sur la personne et si nous insistons sur ce point, c’est que des écrivains, pourtant fort avisés, s’y sont mépris et ont cru y voir un autre portrait dont nous parlerons.
En résumé, Duplessis expose à ce Salon huit portraits d’hommes et deux de femmes. G. de Saint-Aubin nous les conserve à peu près tous, en les notant d’un trait fidèle, aux pages 3o et 3i de son livret. On y retrouve aisément le marquis de Rasilly, l’abbé Arnaud, l’abbé
1. Quand il fut exposé aux Tuileries, M. P. -A. Lemoisne (Revue de l’Art ancien et moderne, io juin 1909), dit qu’il était impossible d’exprimer la vie qui se dégage de cette figure... où tout nous charme, depuis le demi-sourire un peu étonné jusqu’à la couverture du livre, d’un si joli ton. M. Armand Dayot déclara ce portrait « un pur chef-d’œuvre d’esprit et de vérité et un exemple éternel de ce que peuvent la science et la conscience du métier unies à la vision saine de la nature. »