PORTRAITS DE M A RI E- AN T 0 IN ET T E
nous, qui sont ainsi, mais le peintre a presque toujours montré les figures de face, convaincu sans doute qu elles ont plus de vie
Mais de quoi s’avisait le rédacteur des Mémoires secrets en attribuant à Duplessis, comme une nouveauté, ce qu’avaient fait si fréquemment avant lui Ilolbein, Yan Dyck, Rigaud, Largillière, Sébastien Bourdon, Aved, Autreau, Roslin, La Tour, Perronneau, etc., dans des portraits bien connus P C’était laisser entendre que ce critique d’art, assez frais émoulu, ne connaissait guère les œuvres les plus célèbres, et cela diminue notablement l’importance de ses appréciations qui, disons-le d'une manière à peu près générale de toutes les productions suscitées alors par les Salons, étaient assez puériles.
La réputation de Duplessis est telle, dès ce moment, qu’il est chargé d’exécuter un portrait de Marie-Antoinette, dauphine, à cheval, destiné à Marie-Thérèse2. Contrairement à l’usage, le prix n’est pas stipulé : « le dit tableau, d’après un projet de mémoire, sera estimé lorsqu’il sera fait et livré ». L’esquisse est immédiatement commencée ; le Directeur de l’Académie annonce, dès le 3 septembre 1771, au Directeur des Bâtiments, qu’elle sera bientôt en état de lui être présentée, et « si cet ouvrage, ajoute-t-il, réussit comme la plupart de ceux de cet artiste qui sont au Salon, il y a heu d’espérer qu’il rétablira la réputation que le S1 Ducreux a laissée à la cour de l’Impératrice-mère ». Marigny donne aussitôt des instructions pour que cette esquisse lui soit envoyée à Fontainebleau, avant le 5 octobre, dans le but de la soumettre à la princesse.
Nous savons explicitement par une lettre d’Angiviller à Pierre du
1. Si cela ne devait nous entraîner trop loin de notre sujet, il serait intéressant de traiter cette question, qui a non seulement occupé Xavier de Maistre, peintre autant qu’écrivain, mais aussi le chimiste Chevreul.
2. M. Furcy-Raynaud, Correspondance de M. de Marigny avec Coypel, Lepicié etCochin. Nouv. Archiv. de l’Art français, igo4- — Lettres du 5 et du i5 août 1771. Sur la proposition de Pierre, il est agréé par de Marigny.
12 septembre 178b, au sujet d’une commande faite à MQ,e Yigée Le Brun, de quelle façon devaient s’y prendre les peintres à cette occasion. Leur esquisse de la composition du tableau était mise sous les yeux de Marie-Antoinette pour avoir son approbation, « et l’esquisse une fois arrêtée, ils pouvaient travailler de façon à n’avoir plus besoin que des études de têtes1 ».
Duplessis, avant d’obtenir les séances de pose nécessaires, désire avoir sons les yeux un original peint d’après Marie-Antoinette par Michel Van Loo. Le premier commis des Bâtiments, Montucla fait remarquer que des deux qui ont été faits, 1 un est à \ ienne, et 1 autre en possession de M'üe du Barry. Il suggère qu’on pourrait emprunter celui-ci, les héritiers de Van Loo 11 ayant « aucune tète ressemblante ». La démarche paraît risquée; il n’en est plus question, et les choses en restent là pendant quelque temps.
Le peintre officiel s’occupe pourtant des études, avec toute l'activité rju’il était en lui de dépenser. Nous avons à cet égard le témoignage du comte d’Angiviller. Quatorze ans après, quand Duplessis ayant éprouvé des perles d'argent dans la faillite du prince de Guéméné et dans la liquidation des alfaires du duc île Choiseul. sera à bout de ressources et implorera la bonté du directeur des Bâtiments, dans les termes de la supplication la plus pressante, celui-ci fera valoir, par un mémoire au roi, paraphrase vraisemblable d’un mémoire annoncé par l’artiste et qui n’a pas été retrouvé, que « pendant une révolution de cinq ou six mois, le Sr Duplessis a multiplié des voyages et des séjours à Versailles, tant pour des séances que la reine voulait bien accorder que par des études au manège d'après des chevaux choisis ».
Le mémoire ajoute :
Il est sensible qu’éloigné si longtemps de son atelier à Paris, il lui est échappé une multitude de travaux utiles dont la perte est irréparable, parce que l’exécution d’un portrait est toujours l’affaire des moments et que cette
1. .T. -J. Guiffret, Notes et documents inédits sur les expositions du XVIIIe siècle.