‹ J.-S. Duplessis, peintre du roi, 1725-1802Chapitre 42 sur 134 · D’Angiviller à Pierre, 20 septembre 1776, pl. 6, n · texte numérisé non relu

D’Angiviller à Pierre, 20 septembre 1776, pl. 6, n

2. Le portrait de Louis XV avait été payé à Michel Van Loo 10 800 livres; l’unique copie « pour servir de second original au cabinet des tableaux de la couronne » fut payée 6 000 livres. Le portrait de Louis XVI, en pied, fut compté à Duplessis 12 000 livres, suivant un mémoire arrêté à cette somme le 3o mars 1779-

sa copie. Je lui ai répondu que j’ignorois le changement dont il me parloit ; que j’avois peine à croire que vous voulussiés courir le risque de voir renouveler les anciens manèges qui se faisoient, ny de vous exposer aux demandes indiscrètes dès que l’on sçauroit que l'ancien usage étoit rétabli ; qu’au reste, il s’agissoit d’une copie que, sans doute, vous n’aviés pas prétendu distinguer des courantes. Que même un prix trop fort étoit capable de vous engager de vous prêter aux insinuations des personnes qui débuteroient par montrer un faux désintéressement pour engrainer. J'ay tû les raisons du fort payement de feu M. Yanloo. Après bien des propos M. Duplessis (quoy qu’en me laissant le maître) s’est restreint à 3 ooo liv., bien résolu de se mieux expliquer.

Voilà toute ma besogne, M. le Comte, et je crois ce que l’on peut faire de mieux, car dans le vray, la totalité des copies pouvoit faire espérer à M. Duplessis, un sort pareil à celui des lfigaud, Yanloo père, et Tocqué. Tandis qu’une copie de marque de tems à autre devient un ouvrage très soigné, et vaut des honoraires en conséquence ’.

Je suis, etc...

Pierre.

Une note du premier commis des bâtiments, le marquis de Montucla, écrite en marge, fait remarquer « qu’il n y a nul moyen de charger M. Duplessis de faire des copies du portrait du roy au prix qu’il demande, meme après la réduction consentie à 3 ooo livres de celui destiné pour le roy de Cartenate ».

Il faut bien admettre que c'était un honoraire assez élevé, car d’Angiviller, en le portant à la connaissance de Turgot, lui fait remarquer que « ce portrait, exposé pendant quelques jours à la Compagnie des Indes, a été généralement trouvé très beau ; qu’en effet, M. Duplessis y a mis plus de soin que l’on n’en met d ordinaire aux copies des portraits du roy destinés en présent, et que nécessité a été d’employer M. Duplessis à faire ce tableau, qui est en quelque sorte un original,

i . Par suite de quelques incorrections typographiques, cette lettre a été mal reproduite dans la correspondance du comte d’Ângiviller avec Pierre (Arch. de l’art français, 1906, p. 79). C’est ainsi qu’on a imprimé M. Berger au lieu de Mme Berger, et que les prix cités sont de 600 et 3oo livres au lieu de 6 ooo et 3 ooo livres, comme le sens l’indique et les mémoires le portent.

PORTRAITS DE LOUIS XVI ET MANUFACTURES DE COPIES 79 et qu’il ne peut apprécier son travail comme celui des copistes employés communément pour ces sortes d’ouvrages2. »

On fit une cote mal taillée. La Compagnie des Indes acquitta les 3 000 livres, mais, pour les copies du buste qui suivirent, on imagina à ce moment la combinaison dont il a été parlé. Duplessis retouchait la tête des copies, et il devenait presque étranger aux détestables reproductions qu’on faisait de son œuvre.

Mais le jour vint où les principes d’économie en matière de présents royaux ne permirent plus d’accorder même des copies à 3oo livres, et la Direction des Bâtiments donna à graver le portrait en pied à Muller. Il fut question de faire une correction à la figure, dont l’auteur de la peinture n’avait jamais été satisfait. Toutefois, Pierre fit valoir des considérations qu’on voudra lire dans leur texte :

Monsieur le Comte,

La répétition des raisons fondées sur l’Art, qui s’opposait au changement delà tête du portrait que grave M. Muller devient inutile, la décision presse. Si l’on se détermine pour le changement, quel sera l’artiste, capable de faire un dessein qui n’embarrassera point M. Muller, car il faut observer que la tête n’ayant que deux pouces et un quart, ne permettra aucune liberté.

Mais voici, Monsieur le Comte, de nouvelles observations qu’a fait naître l’exposition du portrait de la Reine.

Si Mme Le Brun fait le portrait du Roy, elle et son mari désireront de le faire graver, si l’on donne dans le même tems des entraves à M. Muller, et que son travail, retardé, donne le tems à la seconde planche de paroitre ; vu l’enthousiasme, personne ne voudra du portrait de M. Duplessis, non seulement on ne le demandera pas, mais on le recevra de si mauvaise grâce, qu’on n’osera plus les offrir.

Si cette réflexion peut être de quelque poids, je ferai une lettre détaillée de toutes les observations que je croirai pouvoir être utile à M. Muller1.

29 Janvier 1788.

Pierre.

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