‹ J.-S. Duplessis, peintre du roi, 1725-1802Chapitre 50 sur 134 · AU LOUVRE. SES INFIRMITÉS. SA BAIGNOIRE · texte numérisé non relu

AU LOUVRE. SES INFIRMITÉS. SA BAIGNOIRE

Duplessis fit, en 1780, son propre portrait, qu’il signa à droite à mi-hauteur de la toile, et il l’envoya au Salon l’année suivante. Depuis le mois de janvier, il avait succédé à Chardin en qualité de conseiller à l’Académie. Il occupait son logement aux galeries du Louvre. Il était à l’apogée de sa réputation, à 55 ans.

Autant qu’on peut en juger par le buste, sa taille dépassait la moyenne ; il était bien proportionné et, quoique grassouillet, n’avait aucune tendance à l’obésité. Vêtu, avec une grande recherche, d’un habit de satin groseille, orné de nœuds à rosettes et à torsades de franges et bordé d’un liséré d’hermine, il montre un riche jabot en dentelle au point d’Irlande. Il n’a pas préféré pour lui d’autre attitude que celle qu’il a, depuis longtemps, fait adopter, avec réflexion, par ses modèles : son visage, tourné de face, est en pleine lumière. Son front est très découvert sous la perruque poudrée. L’arcade sourcilière droite paraît un peu plus élevée que celle de gauche; les yeux sont assez grands et vifs ; l’œil droit est un peu moins ouvert que l’autre et les mouvements des paupières ne se font sans doute pas avec égalité; il doit y avoir dans l’une un pli professionnel. Le regard est doux, ferme, franc et attentif. Le nez est bien fait, plutôt fin. Sa bouche, avec des contours bien dessinés, est ponctuée, en quelque

sorte, aux commissures ; la lèvre inférieure en est épaisse et grasse. Le menton est rond, à fossette, et le cou assez fort. Le teint est florissant. Cela forme un ensemble aimable, calme, et dune élégante distinction.

La tête est éloignée d’un fond olivâtre par un frottis d’ombres légères.

Cette peinture fut-elle critiquée dans quelque brochure qui n’est pas venue jusqu’à nous ? ou une raison mystérieuse fit-elle agir Duplessis? Toujours est-il qu'il se livra à un acte que, certes, on n’attendait pas de son caractère sérieux et réservé. Il revêtit l’habit dans lequel il s’était représenté et il alla se placer au Louvre auprès de son tableau, afin que le public pût juger de la parfaite ressemblance 1 .

Ressemblant, il devait l’être, et cependant ce port assuré, cette bouche sensuelle ou gourmande, cette spirituelle sérénité ne sont-ils pas imprévus chez cet artiste, que sa correspondance officielle montre si infiniment respectueux de la hiérarchie nobiliaire et des hautes fonctions de l’Etat, que ses sollicitations fréquentes révélaient sous l’aspect d’un humble quémandeur?

C'est la correspondance qui risquerait de nous tromper, si nous ne considérions qu’elle est écrite selon la tradition des artistes du temps 2 et sous le coup de la nécessité pour se faire payer des honoraires qu’on n offrait jamais spontanément. L’Etat peut achètera des artistes leurs œuvres aujourd'hui encore, mais a-t-il jamais eu le geste généreux qui dispense des démarches et des réclamations où une détresse parfois se trahit? On verra, dans d’autres circonstances, Duplessis parler un autre langage au ministre, maintenir une dignité parfaite et

1 . Ce trait est rapporté dans une lettre manuscrite de l’abbé d’Olivier-Vitalis, bibliothécaire de la ville de Carpentras, adressée le 22 juillet 1842 au Dr Barjavel, auteur du Dictionnaire historique de Vaucluse. Olivier-Vitalis se dit le cousin du peintre. C’est lui qui aurait obtenu de la veuve de Duplessis le don de son portrait et de celui de l’abbé Arnaud pour le musée de Carpentras.

2. Quoiqu’elle ne soit pas écrite de sa main, c’est le style de la lettre de Chardin, en date du 16 avril 1777, publiée par M. Marc Furcy-Raynaud. Or, Chardin prend soin d’y faire remarquer qu’il a eu pour principe, toute sa vie, de s’observer dans ses démarches.

LA PRINCESSE DE LAMBALLE (Musée de Metz)

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