LE PORTRAIT DE DUPLESSIS PAR LUI-MÊME EN
défendre ses droits dans des lettres dont, cette fois, le style seral’homme.
Le plus surprenant, c’est que ce visage ne révèle rien des infirmités dont Duplessis est atteint dès cette époque et qui sont connues par une des plus utiles publications de M. J. -J. Guifïrey1. Il n’est pas généralement maladif et une seule fois il est empêché, par la fièvre, d’aller à une séance de pose accordée par le roi, mais depuis 1778, la fatigue de ses yeux ne lui permet plus la lecture sans imprudence ; son état s’aggrave lentement ; en 1785, l’abbé Soulavie en exprime le regret publiquement, dans ses Réflexions impartiales... a Quel malheur pour l’art, dit-il, queM. Duplessis ait la vue courte, comme on l’assure ; s’il avait pu jouir de l’aspect d’un grand ensemble, il eût rendu d’autres belles choses. «Mais il ne s’agissait pas d’une anomalie facile à corriger. En 1787, il fut sur le point de perdre la vue, comme son père et sa mère l avaient perdue, et il y avait là pour lui un grand sujet d’angoisse.
Nous savons de plus que le peintre était sourd : « Je déteste le jeu, écrit-il à d’Angiviller, je ne m’amuse pas dans la société parce que la dureté de mon oreille m’empêche de prendre part à ce qui s’y dit ; le spectacle a le même inconvénient pour moi. Me voilà donc réduit, dans les longues nuits d’hiver, à un ennuy mortel et je deviens un être misérable, digne de votre pitié. »
Le peintre pouvait, dans son portrait, nous apitoyer sur ses yeux malades en les abritant d’un vaste abat-jour, comme Chardin, mais la surdité, qui le retranche du monde, n’est point visible ; elle n’a pas marqué ses traits d’un air d’isolement. Enfin, il ne s’est pas embarrassé, comme d’autres artistes, d’une palette emblématique. Nous croyons avoir devant nous un gentilhomme aimable.
A la vérité, pour les soins d’une santé délicate à ce moment, et par goût naturel, Duplessis, ayant des habitudes sédentaires, ne voisinant au Louvre qu’avec Joseph Vernet qui vient parfois dîner chez lui 2
1. J. -J. Guiffrey, Logements d’artistes au Louvre. Nouv. arch. de l’art français, 1873, p. 189.