LIVRE TROISlicME. q
On reprochera peut-être à Sulkowski de n’avoir, dans Fimmensité des rapports de Fhonmie envers le reste de la société, fixé qu’un seul point : Vdge viril) c’est que ce point lui paraissait tout comprendre. Quand on parle de Phidias, on a tout dit en citant la statue de Jupiter-Oljmpien: de même, en décrivant un composé aussi varié que l’homme, Sulkowski a cru qu’il suffisait de montrer le moteur de son être, qui lui fait faire les choses les plus sublimes, et seul peut les perpétuer. VÉire suprême^ dit-il d’un ton prophétique, regardant les êtres innombrables quil a je tes dans V Univers, s^ écriera lui-méme : Jusqu alors les moules imparfaits de la nature terrestre n avaient produit que des mortels; voilà enfin des hommes.
Aussitôt qu’il a reçu les instructions et les passeports de l’ambassadeur Descorches, Sulkowski part pour la Pologne : ayant à traverser une partie des États de l’Autriche, il lui fallait prendre des précautions bien attentives contre l’inquisition du Gouvernement le plus inquisiteur peut-être des trois co-partageans. Il se déguise en négociant arménien. Il cache ses lettres de créance dans son bonnet fourré, sa croix de mérite dans une boîte à poudre; il est muni de fausses lettres de commerce et d’échantillons.
Instruit, par ses agens à la Porte, du déguisement de Sulkowski , le Gouvernement Autrichien avait donné des ordres pour qu’il fût arrêté par-
q4 J- sllkowsni.
tout. Il le fut effeclivement plusieurs fois. On J^interrogeait toujours en français pour le surprendre; il répondait en allemand quil ne samil pas le français ; il jetait son bonnet par terre, présentait et déroulait son immense pelisse , puis on défaisait sa malle, puis son portefeuille; cela occupait Tattention des inquisiteurs. Son signalement donné par la police était: Joli comme une belle fille habillée en garçon , de grands jeux languissans garnis de longues paupières.,. Le Gouvernement Autrichien avait promis 5o ducats à qui le prendrait. Au dernier poste le commandant persuadé que la personne qui lui était amenée, était le f^olonais signalé, Tarréte et l’envoie à son supérieur commandant du cercle. Celui-ci était heureusement fort mal avec le commandant du poste. Il interrogea Sulkowski seulement pour la forme, et envoya un courrier à Vienne porter le procès-verbal de cet interrogatoire. Il garda pendant ce temps le soi-disant marchand Polonais, et l’admit à sa table. Ces égards qui ne sont point dans les mœurs actuelles des barons allemands , persuadèrent à Sulkowski qu’il était reconnu, et qu’on voulait le sauver : une circonstance particulière se réunissait pour confirmer cette opinion. Le secrétaire du général autrichien était passion né pour la Révolution française, et tenant de lui Faveu de cette passion politique, Sulkowski se trouva assez rassuré pour s’épancher complettement sur toute sa position avec ce secrétaire, qui lui aumit