LIVRE PREMIER
raît s’étre fixée particulièrement dans celles des Autocrates russes. Il était réservé à Catherine II , dite la Grande , mais peut-être moins grande que la première , de continuer et d’achever Pierre 1".
Partant de ce système, la Tzarine sut veiller continuellement à ce que la Pologne ne pût réparer ses afTaires. Pour calmer les inquiétudes que devait donner son agrandissement à ses voisins , il n’y avait rien de plus simple que de leur offrir de s’agrandir eux-mêmes. Catherine suscita l’intérêt mal entendu de l’Autriche et de la Prusse , contre leur véritable politique, en leur présentant l’appât du partage de la Pologne ; elle chercha des complices pour échapper aux accusateurs.. Elle n’eut pas besoin de longues considérations pour faire encore mieux sentir à des Rois, l’avantage non moins flatteur de renforcer le système monarchique, et d^anéantir le système républicain, en faisant disparaître un État qui, sans avoir une liberté oi^anisée, exposait néanmoins des voisins à en entendre parfois les acçens.
Son projet adopté par deux autres puissances, la Russie n’eut plus rien à ménager à l’égard de la Pologne. On vit son ambassadeur, un prince foulant aux pieds le droit des. gens, faire enlever trois sénateurs qui avaient, dans une diète, parlé en hommes libres , il est Yrai, mais dans un langage très-modéré. Ces sénateurs, en montant dans les voitures qui devaient les conduire hors du royaume, firent voir un calme, une intrépidité
aligne des temps antiques. Leur vertu ne fit qu’exciter le rire des agens de la Russie: cette joie d’insulter à la vertu malheureuse est l’un des traits qui caractérisent la lâcheté du despotisme.
La Pologne était déjà une proie que des cruels ravisseurs pouvaient tourner en tout sens, sous leurs griffes sanglantes. L’ambassadeur russe était chaigé ' d’accoutumer d’avance les Polonais à contempler le honteux spectacle de toute son influence; préludant dès-lors au partage y il prit bientôt toute l’insolence de la conquête, dicta toutes les nominations. jTout en Pologne devant être agent de la Russie, le Roi de Pologne lui-même devait en être le premier. Stanislas Poniatowski fut porté sur le trône par la volonté de Catherine ; un caprice en avait fait son amant, on crut [que le même caprice l’avait fait Roi. Les vices des tyrans sont souvent encore des voiles de leur politique. Sans vouloir nier que la nomination de Poniatowski fut la suite d’une intrigue amoureuse, elle n’en était pas moins liée au système invinciblement arrêté par la Russie, de ne pas laisser échapper un instant de ses mains les affaires de la Pologne.
Lorsque Mahomet allait prendre d’assaut la capitale du Bas-Empire, les Grecs de Constantinople, au lieu de se réunir pour défendre leur cité , s’occupaient à disputer pour des subtilités théologiques. Lorsque des Rois s’apprêtaient à se distribuer la Pologne , les Polonais se conduisaient-ils mieux que les Grecs, à la veille de leur ruine?