‹ J. SulkowskiChapitre 7 sur 88 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

£n quittant le langage d’une indignation qui n’est qu’humaine, mais qui dans le style imposé à l’histoire pourrait être accusé de poésie ou de déclamation , craindra-t-on d’assurer que, parmi les causes qui, chez les peuples anciens et modernes, ont fixé l’établissement régulier du despotisme et l’esclavage complet des citoyens, on ne doive mettre au premier rang les troupes réglées ? La Pologne n’avait point connu ce fléau avant i4io. La noblesse et le peuple formaient au besoin la défense temporaire du pays : le spectacle des exercices militaires, qui revenait tous les ans, bien qu’attribué presqu’exclusivement àlaclasse privil^iée, ne laissait pas d’entretenir un esprit guerrier dans la nation.

Lorsqu’en i4io Wladislas Jagellon convoqua les États, pour leur exposer la nécessité de combattre les chevaliers teutoniques, le sénat refusa d’armer les paysans, préférant à ce moyen de défense si naturel l’armement d’un corps auxiliaire , composé d’étrangers qu’il fit solder par la nation. Les historiens ne pensent pas que ce piège , que quelques-uns appellent royal^ fut l’ouvrage du Roi lui-même. Us en accuseraient plutôt l’aristocratie sénatoriale : un peuple réduit à des soldats étrangei*s doit avoir bientôt à se défendre contre ses défenseurs. Plusieurs fois la soldatesque audacieuse se révolta depuis la mort des Jagellons, et; chaque fois ne put être apaisée que par de l’argent.

La Pologne, par sa situation méditerranée , par

la liaison de tous ses intérêts avec les peuples qui Fenlourent , était comme la barrière de l’Europe contre les envahissemens de la Russie; se trouvant donc naturellement anx prises avec les passions ambitieuses de cette puissance , elle devait être l’objet et de sa convoitise et de ses ruses continuelles.

Le premier des Autocrates russes , qui rédigea en quelque sorte le code politique de cet empire alors naissant , et destiné à prendre dans la suite de si grands accroissemens, le Tzar Pierre premier, profitant de la haine qu’il avait vu se glisser entre l’état civil et l’état militaire de la Pologne, suscita adroitement en 1 706 une insurrection dans l’armée polonaise , assemblée sous Tarnogrod. Les partisans de la Russie ne manquèrent pas de conseiller aussitôt la diminution des troupes , comme le moyen de les contenir. L’armée fut réduite i 18,000 hommes , et la Pologne ne sut pas substituer ses milices nationales aux troupes supprimées !!1 Comment aurait-on pu trouver des forces nationales dans un pays où l’on ne pouvait d’abord trouver un peuple ?

Tourmenté de la folle idée , qu’il appelait la civilisation de ses Russes, c’est-à-dire de la manie d’en faire des Européens, Pierre premier avait eu le projet d’anéantir la barrière qui le séparait du reste de l’Europe. Ajoutez que la modeste espérance de domination universelle qui a successivetnent passé par la tète dé divers monarques, pa-

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