‹ J. SulkowskiChapitre 80 sur 88 · PIECES · texte numérisé non relu

PIECES

premier objet qui frappe votre vue; ses limites

arides viennent ceindre les murailles de la ville,

après avoir encombré une partie des faubourgs.

Des groupes de maisons désertes se dessinent au milieu de cette plaine blanchâtre. Le plus considérable de ces endroits se nomme la Qoubbéli (él-Qoubbet él-a’âdelyéli) , le dôme ou la coupole de la justice (i). C’est une mosquée entourée d’édifices réguliers, bâtis en pierre , et précédés de galeries.

A une lieue de la Quoubbéh on rencontre le village d'él-Matharyéb (a). L’obélisque que l’on y aperçoit indique les ruines de l’ancienne Héliopolis. On s’occupe maintenant à des fouilles

« de Dieu que Dieu ; Mohammed est l’apôtre de Dieu, et A’iy, l’ami « de Dieu ; que les grâces divines soient sur eux deux ! ) » Voyez la description géograph., polit., etc. de l’Egypte, par leMaqryzy, article des portes du Caire , pag ai i et aia du numéro 68u. M. $. Arab. de la bibliot. nat. (L — S.)

(1) Fl Qoubbet ôl a’ âdelych ne signifie point le Dôme ou la coupole de la justice , maïs la coupole ( la mosquée ) A’délyenne , c’est-à-dire fondée par él.mélek ôl-à âdel Aboùl)ekr êbn Fyoùb , frère du fameux Suladin (Ssalàhh ed-dyn), et connu, dans l’histoire des Croisades, sous le nom de Saphadin. Ce prince , qui fut d’abord sulthân de Krak et de Damas, monta sur le trône d’Egypte, après en avoir chassé Manssour, son petit neveu. Il mourut, le premier août 1218 de l’ère vulgaire, âgé de soixantetreize uns; il en avait régné dix-huit. Voyez l’histoire universelle de Grégoire Aboûlfaradje , en arabe et en syriaque. ( L — S. )

(2) El-Matharych désigne de la pluie ou de l’eau fraiche. Cet endroit est en eflet le seul à une très-grande distance , où l’on trouve |une source dVau fraîche. Il était aussi fameux autrefois par le baume qui y croissait. C’est le dïn clients , ou fontaine du soleil des anciens. Nos voyageurs écrivent communément la Malharée. ( L — S. )

AUTOGRAPHES. I77

qui pourront nous en découvrir des restes plus

intéressans .. .

' Le village d’él-Mardje , qui se trouve derrière celui-ci, se voit de loin à cause des arbres qui l’entourent. Plusieurs milliers de palmiers plantés en quinconce ombragent ses buttes délabrées.

Cette route, qui est celle que les caravanes suivent pour se rendre en Syrie, étonne l’Euroropéen par ses sites bizarres; elle semble tracer la limite entre l’Égypte et le désert. Les sables sont toujours à votre droite , les terres cultivées constamment à votre gauche : la vue se perd sur les uns, elle s’arrête sur les autres. Plus on avance, plus l’Egypte est ombragée : on distingue à peine les villages au milieu de ces énormes amas de dattiers. Les beaux sycomores , ne sont pas rares, et presque partout l’on rencontre de vastes enclos remplis d’acacias et de citronniers. Mais que l’on se garde bien de toute illusion au tableau de ces bosquets : ni la verdure, ni les fleurs, ni les ruisseaux n’égaient leurs alentours. Le pied de ces arbres si cliarmans dans nos contrées touche ici une argile gercée, et l’aspect d’une pauvreté hideuse les entoure.

Mais, si l’œil se réjouit en Axant d’un côté une végétation plus active , la réflexion détruit cette impression momentanée; car l’on voit en même temps le contour du désert empiétersur les bonnes terres; on aperçoit sur ces côteaux nus des coupoles , (les maisons abandonnées; l’on rencontre

ij9 Piàcsft

à dh^ue.pas fes traces du labourage presqfue ef^ facées par le sable, pendant que l’on chercheiraü en valu une seule partie de la lisière aride rendue à k culture.

EHi village d^£l-]^rdje on distingue au loin l'endroit nomme El-Khânqàkj qui passe pour éti^ un des plus considérables du pays. Dans l’entredeux de ces villages est un bois touffu ; il occupe le sommet d’un pkteau dont la pente s’abaisse vers le désert, et se termine au fameux lac Berket^ éJrUhadje (le lac des Pèlerins). Ce n’est plus aujourd’hui qu’une masse desséchée, cernée de plusieurs rangs d’arbi es.; . .

Le local que je viens de décrire paraît correspondre à celui qui contenait autrefois la Iwanche Pélusiaque. C’était la plus orientale de toutes les branches du Nil ; celle qui s’avançait vers le désert, et qui probablement a disparn sous ses tourbillons dévastateurs. On ne voit plus la moindre trace de la masse d’eau qu’elle charriait; pendant qu’à peu de distance en arrière , des canaux existent encore sur l’emplacement de ceuxqui coulaient vers l’embouchure Mendézienne.

Le passage fréquent des caravanes a été certainement le principe, de l’accroissement d’El- Kbànqah, Ce qui existe de cette ville , dont les trois-quarts sont convertis en décombres, indique un reste d’aisance , et meme du soin : c’est le premier endroit de l’Egypte oii j’ai vu une rue alignée ao cordeau.

▲ ÜTOGAAl»£[£S.

• Passé El-Khanqah , Ton ne rencontre qu'une suke de villages qui n’ont rien de remarquable, et, au bout de sept heures de chemin, l’on arrive à Belbéysy qui est la seule ville qui se trouve sur cette route.

Belbéys, que l’on croit être l’ancienne Bubaste, ne contient que des maisons délabrées et des ha-' bilans misérables; elle occupe à peine le tiers de ses dimensions précédentes, comme il est facile de le voir par la trace des remparts qui subsiste encore. Cette ville, il y a six siècles, était le seul boulevard de l’Egypte du côté de la Syrie. Elle opposa (en 1164) une résistance vigoureuse aux attaques d’Àmauri, roi de Jérusalem, et son enceinte contenait assez de richesses pouroccuper pendant trois jours son armée au pillage. Cet événement assez commun au premier coupd’œil a peut-être été la principale cause de la ruine des latins dans la Palestine. Jusqu’alors, la valeur de nos chevaliers avait eu pour appui l’austérité des mœurs et une probité sans tache : leurs nombreux ennemis les respectaient, et se montraient meme jaloux de les imiter. Mais Amauri, en envahissant l’Egypte contre la foi des traités (en 1168), en s’en éloignant pour quelques sommes d’argent, détruisit aux yeux des Musulmans le prestige de la vertu des Francs, Les Turcs n’eurent plus de honte de joindre la perfidie à l’immensité de leurs forces; et la faiblesse des Croisés s’accroissant par la corruption les mit hors d’état de retarder leur chute.

PlàCES

Au sortir de Belbéys, le pays parait plus fertile qu’à l’ordinaire. Les villages se succèdent sans interruption, et se lient entre eux par leurs Vei^ers; les fontaines sont plus fréquentes, ainsi que les coupoles isolées. Mais ces sites disparaissent sitôt que l’on a dépassé Ssouàh : toutes les terres cultivées semblent fuir la gauche , et il faut traverser trois lieues de désert jusqu’à Qorayn, à moins d’entreprendre un détour considérable.

On appelle Qorajn ( Qozain) un bois assez vaste qui contient huit ou dix hameaux avec leurs jardins. Cet endroit jouit d’une réputation dans le pays, à cause de son château. Certainement, nul Européen n’attacherait une idée de place -forte à un amas de maisons entouré d’une muraille de terre, où l’on entre par une porte qui n’a pas même de verroux; mais, dans ce pays-ci, ces défenses suffisaient pour convertir une enceinte quelconque en un asile inexpugnable, que des hommes à cheval, armés de lances, n’auraient jamais entrepris de violer.

De Qorayn , il reste encore six lieues à faire pour arriver à Pendant la moitié de

cette roule l’on côtoie quelques villages; mais bientôt on les quitte pour s’enfoncer dans des landes incultes qui durent ju^u’au lieu de votre destination;

Ssâlèhhyéh, sans avoir ce genre d’agrément que procurent les jardins touffus de Qorayn, est beaucoup plus vaste; un bois qui a plus de deux lieues

ALTOGHAPHES.

de long , enclave une dixaine de villages , ainsi qu’une belle mosquée bâtie en pierre.

^Les Arabes nomment tous ces bois isolés des lies [pjezyrai), faisant allusion aux terres non-végétables qui les entourent, et qui leur offrent aussi peu de ressources que Tonde qui cernerait une terre habitée.

Le nom de Ssâlehhyéh dérive de celui de Me^ lek-Ssdlëhh (i), ce sultan fameux que nos auteurs nomment Saladîn. Cest lui qui le premier fixa Tattention de TEgypte sur ces hameaux écartés.

L’expérience avait fait connaître à ce prince guerrier l’insuffisance des remparts de Belbéys; il sentait également le danger qui menaçait Damiette {Damydth) J si les Croisés l’attaquaient, et il ne voulut pas qu’on pût ébranler l’existence de son Empire par l’issue d’un seul siège. Avoir une place forte sur les flancs de l’ennemi qui remonterait la branche de Damiette, et arrêter au sortir du désert l’armée qui viendrait de Syrie, a été le but que Saladin se proposa en construisant une forteresse sur le local de Ssâlehhyéh. C’est absolument la lisière des terres cultivées de l’Egypte. Au sor-

tir de ces bois , commence l’isthme de Souès {Soàjs)^y il faut dès -lors parcourir cinquante

(i) Il faut écrire et prononcer Sselahh , et non Ssdlèhh. Son nom est Sselahh êd~dyn Eyoucouf ébnyouh then chddy. Le mot él~melek est un titre qui signifie roi. J^observeiai que Pâlif ne me paraît pas .necessaire dans le mot Ssâlehhye'd , qni doit sVcrire Ssalehhyeh %ans âlif. ( L — S. )

tStà PIÈCES

iieues avant de rencontrer un endroit habité.

rant tout cet espace, le voyageur ne marche que

sur un soi iiu et ne rencontre que sept fois des puits (Teau saumâtre et peu abondante.

Nos recherches furent inutiles pour trouver les vestiges de cette forteresse de Melek-Ssâiéhh ; et la tradition de son emplacement ne s*est pas même conservée.

Apres avoir donné une idée générale des en^ droits que l’on traverse dans l’espace de vingt- •cinq lieues, il faut jeter un coup-d’œil sur le sol et les habi tans.

La caste prépondérante dans ses contrées, sansêtre la plus nombreuse , est celle des Bédouins. Leurs camps sont tendus à coté des villages de l’Éçypte; car ils choisissent toujours de préférence le soi ou ils régnent, les sables du désert. Ces Arabes m’ont paru être plus opulens que. tous ceux que j’avais vus précédemment le long des rives du Nil. Il est vrai que mille ressources s’offrent ici à leur industrie : tantôt ils trafiquent avec le produit de leurs troupeaux , tantôt ils .rançonnent ou escortent les camyanes;* plusieurs cultivent la terre, et tous s’adonnent par goût à la branche la pins lucrative de leurs revenus, celle de pilier tout ce qui est hors de l’arrondissement de leurs tribus. Leurs cabanes pa* raissent différentes de ces lentes basses où s’accpmpissent les arabes de Damanhour; les parois de ces huftes-ci sont d’un fort tlssude joncs, et là

AUTOGRAPHES

lente teujonrs spacieuse ne couvre que lé milieu; Dans rintérieur règne une sorte d’abondance^ relative tcnitefois. Le lait, le riz, l’orge n’y sont pas rares, les ustensiles y sont nombreux et son* vent l’on y trouverait enfouis des ballots précieux enlevés à des voyageurs imprudens.

Ce degré d’aisance influe sur le moral. Quoique bien équipés, aux armes à feu près, qu’il leur est difflcile de se procurer, on les voit rarement sc mesurer avec leurs ennemis. Ils traitent avec les Mamelouks, ménagent l’habitant, ne se servent de la violence qu’au défaut de la perfidie, et ne mettent aucune honte à fuir précipitamment le danger. Aussi, à notre arrivée, un de nos cavaliers en chassait plusieurs devant lui. Cette lâcheté nous frappa; car elle contrastait trop avec le courage des Bédouins qui avoisinent la branche de Kosette (Rachjd)j et que l’on avait vus chercher jusquessous nos fusils un butin incertain.

Le Fellâhh, l’habitant de la Chàrgyéh, me parut moins malheureux que celui des bords du Nil : il y a des nuances, même dans la niisèrcw La culture seule prouve déjà que ses produits ne sont pas tous absorbés par le propriétaire qui réside au Caire. Jusqu’aloi^, dans notre marche vers’cette ville:, nous n’avions vu que des champs immenses entr’ouverts par des crevasses j qui, sans enclos comme sans sillons , paraissaient n’avoir été la«bfHiiés'que d’une main indifférente , et la seule crue du Nil les arrosait une fois l’an. Ici c’est l’op^

Pièces

-pose; chaque morceau de terre montre iesoiii du laboureur : les puits sont entretenus, des rigoles élevées avec précision conduisent leur eau dans les campagnes , et une immensité de carrés factices, cernés d’un rebord, la conservent sur les champs arrosés.

Oh pourrait ajouter encore d’autres observations à celles de la culture des terres*, citer celte immensité de dattiers, dont chacun a son filet d’eau, ces vei^ers spacieux, ces villages entourés d’un mur carré, pour peu qu’ils soient proches du désert,' enfin, celte vive sollicitude peinte dans les regards des habitans à notre approche, bien éloignée de cette apathie qui suit l’extrême indigence, et que nous avions remarquée dans les autres lieux sur notre passage.

’ Mais à quoi attribuer cette amélioration dans le sort du cultivateur? la doivent-ils aux consommations des caravanes ? est-ce le seul commerce qui la leur procure ? je ne le présume pas , et j’indiquerai plutôt pour cause l’éloignement de leurs oppresseurs. Les' Mamelouks rançonnaient avec sécurité les . endroits situés sur les bords des canaux navigables ; et les eaiix du fleuve , charriant avec rapidité ces arrêts spoliateurs , épargnaient même la fatigue anx émissaires du Gourvérnement. Mais ici , pour parcourir une vingtaine dé lieues pair terre , il fallait des apprêts plus difficiles , des ' satellites • plus nombreux quèlques hommes ne suffisaient pas pour maîtri-

. iXTOG^RAPHES.

ser^ceUe foule de villages dont le local est étroit *, et qes camps arabest garnis de combaftans. SV éiablir avec une siiite considérable, c’était quitter le Caire; et multiplier ses forces par une* activité constante ne pouvait convenir à la mollesse des Mamelouks. Lesbeys propriétaires de la Chargyeh; foncésdîopter.entreunrevenu moins abondant mais plus sûr , ou l’espoir des vexations accompagnées de (^ang^rs ,et de travail préféraient^ le repos. Leurs premiers besoins étaient le luxe, les jouissances ; et les habjt^ps des bords.de ce. désert trouvaient da.ns le§ vijCesMc leurs maîtres, un refqçe cpntrç ^eur tyrannie.

P, S. Je mets à la suite de celte description une approximation des distances respectives et de la population des endroits cités : cela peut servir à mieux fixer les idées que l’on peut avoir sur ces contrées, jusqu’à ce que des observations plus exactes rectifient les miennes.

El-Quoubbéh, village désert , à une demi-lieue du Caire.

El-Matharyéh , 5 oo habitans, à une lieue d’él- Quoubbéh.

El-Mardje , 800 habitans, à une lieue et demie d’êl-Matharyéh.

El-Khângâh , 1000 habitans , à une lieue et demie d’él-Mardjer.

El-Menjéhy deux hameaux à deux lieues et demie d’él-Kângâh , à-peu-près 1000 habitans.

Belbéys, 800 chefs de famille; ce qui dans

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