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Le mois de juillet était enfin arrivé, et avec lui les vacances si impatiemment attendues. Mme Minot s'apprêtait à partir avec ses enfants. Je dis ses enfants en parlant de Jane comme de Frank et de Jack, car Mme Minot ne faisait aucune différence entre elle et ses fils* Cette tendresse provenait en grande partie de la conduite de la petite fille pendant sa longue maladie, et elle devait durer toute leur vie* Qui pourrait nier en voyant cela les bons effets de la souffrance * l du malheur? Ce n'était pas Jane assurément. Elle disait souvent qu'elle ne regrettait aucune des journées qu elle avait passées au lit, puisqu'elles lui avaient donné une seconde maman.
Jane allait beaucoup mieux. Elle ne souffrait presque plus. Elle commençait à faire quelques pas en s'appu van t sur le bras de quelqu'un H pouvait rester assise sans fatigue une grande partie de l'après-midi. Le médecin comptait sur sa saison de bains de mer pour la rétablir complètement.
Le départ était fixé au lendemain .Quel remue-ménage dans la maison! Quelle agitation chez les enfants!
Jane avait fait et refait vingt fois son petit sac de voyage. Jack et Frank avaient apporté tant et tant de choses à Mme Peck qui faisait leur malle, que celle-ci finit par leur déclarer catégoriquement qu'elle ne prendrait plus rien,
« Aussi pourquoi mettez-vous tant d'inutilités, s'écria Jack. Nous n'avons pas besoin de tout cela. Prenez nus costumes de bains et quelques paires de bas, ce sera bien suffisant.
— Selon vous, répondit Mme Peck en riant, ce que je prends n'est que du superflu, et ce que vous m'apportez est de 1 indispensable. Je suis bien aise de l'apprendre, car je ne m'en serais pas doutée. »
Jack tenait dans ses bras des lignes, des jeux de toute sorte et jusqu'à uri petit pistolet,
et Pourquoi n'emportez-vous pas encore autre chose? coulinua Mme Peck. Vous pourriez prendre par exemple votre presse à imprimer et votre brouette. Ce serait très commode pour voyager. »
Le pauvre Jack, tout déconfit, lia ensemble les objets auxquels il tenait le plus, et les mit avec le paquet de parapluies, selon le conseil de Jane*
Quant à Frank, il voulait à toute force que Mme Peck mît dans la malle deux énormes livres.
à Pourquoi prenez-vous vos dictionnaires avec vous? lui demanda Jane. Vous savez bien que votre mère vous a défendu de travailler pendant les vacances. Elle trouve que vous n'avez déjà que trop travaillé pendant l'année scolaire, et qu'il faut vous reposer et reprendre des forces. Laissez donc vos dictionnaires à leur place. — Ce ne sont pas des dictionnaires, répondit Frank.
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C'est une encyclopédie. Avec les deux livres que vous voyez' là, un microscope et un télescope, on pourrait aller au bout du monde sans être jamais embarrassé par quoi que ce soit.
— Mais vous n'avez pas de télescope, dit Jane.
— Malheureusement non; j'ai un microscope, c'est déjà quelque chose?, . . Il faut absolument mettre cela dans la malle, ajouta Frank en se tournant vers Mme Peck.
— Voyez vous-même si c'est possible, fit Mme Peck impatientée, »
La malle était comble. Frank dut se rendre à l'évidence.
« Puisque c'est comme cela, dit-il, je les porterai moimême. Je ne peux pas m'en passer. Je les mettrai avec le paquet de châles et de couvertures. »
Jack prit un air dédaigneux et lui dit :
ce Àvez-vous donc l'intention d'étudier la conchiologie et d'examiner des grenouilles au microscope, pendant les vacances? Moi, je pécherai, je ramerai, je nie promènerai, je me baignerai et je deviendrai fort comme un Turc. Cela vaudra bi eu mieux.
— Mon cher Jack, lui répondit son frère, les grenouilles n'habitant pas dans F eau salée, je ne pourrais guère les étudier au bord de l;t mer, et si vous voulez parler de la conchyliologie , autrement dit, de la science qui traite des coquillages, je vous engage d'abord à en prononcer le nom d'une manière exacte. J ai tout aussi envie que vous de m'amuser et de prendre des forces, mais je veux pouvoir me rendre compte de ce que je verrai sans pour cela ennuyer les autres* Voilà pourquoi j'emporte mon encyclopédie. Vous serez peut-être bien aise de la trouver. »
Frank s'éloigna d'un air digne. Ses amis convinrent après son départ qu'il pourrait bien avoir raison, et que ce ne serait pas la peine de voyager si Ton ne devait pas en retirer quelque profit pour son instruction.
On partit le lendemain de grand matin. Mme Peck n'avait pu accompagner sa fille. Son absence faisait une ombre au bonheur de Jane, mais elles se promirent de s'écrire tous les jours et Jane fut bientôt distraite par les objets nouveaux qu elle voyait,
Belle-Plage, n'était pas très loin d'Harmony.
La moitié du trajet se faisait en chemin de fer, l'autre moilié en bateau. Kien de plus charmant que cette dernière partie du voyage. Jane, bien enveloppée dans un châle, resta sur le pont du bateau et pul admirer à son aise les belles rives du lleuve. Jack et Frank se promenaient de F avant à l'arrière et revenaient lui faire part de leurs découvertes. Mme Minot ne la quittait pas; Jane était au comble du bonheur. C'était le premier voyage
qu'elle faisait. Elle ouvrait ses yeux tout grands pour ne rien perdre du paysage.
Enfin, on arriva à Belle-Plage. Cette magnifique station de bains de mer méritait bien son nom. Elle était située au fond d'une sorte de golfe. De chaque côté s'étendaient des rochers cl des falaises couronnés d'arbres, La plage elle-même, unie et sablonneuse, s'étendait à perte de vue- Dans Le lointain, on apercevait la pleine mer sillonnée de^ bateaux à voiles blanches.
Jane fut pétrifiés d'admiration. Elle n'avait jamais rien vu de si beau.
Il lui fallut du courage pour rester tranquillement dans une chambre d'hôtel pendant que Jack et Frank,