EL LE- PLAGE
qui jouissaient «le truite leur liberté, allaient faire connaissance avec la plage et ses habitués. À la fin, elle n \ put plus tenir :
« Oh! quand donc pourrai je sortir! sécria-t-elle.
— Quand le soleil sera moins ardent et que vous serez un peu reposée, lui répondit Mme Minot.
— Je ne suis pas fatiguée du tuuL dit Jane d'un ton de supplication.
— Voyons, mignonne, soyez raisonnable. Keposezvous une demi-heure. Vous sortirez après. » ,
Jane s'étendît docilement sur le canapé et regarda de loin les vagues écumeuses et les enfants qui jouaient sur la grève. ,
Après une demi-heure qui lui sembla un siècle d'attente, Mme Minot sortit de la malle la robe de toile grise de Jane et son petit chapeau entouré d'un ruban rouge, puis elle remplaça ses bottines d étoile par des souliers de bains de mer. La toilette était complète.
Jane ne se sentait pas d'aise. Quand elle fut prête, Jack vint la chercher. Elle sortit appuyée d'un coté sur lui 3 de l'autre sur Mme Minot. Tout le monde se retournait pour voir cette petite infirme aux yeux noirs et auv cheveux bouclés. Elle était charmante avec ses joues animées par l'air vif et sa petite mine à la fois si douce, si intelligente et si malicieuse.
Jack faisait les honneurs de l'océan comme s il en eût été le propriétaire. Il connaissait déjà la plage dans tous ses coins et recoins.
« Vous allez voir la jolie place que je vous ai trouvée, lui dit-il,
— Est-ce loin? demanda Mme Minot. Vous savez qu'il
ne faut pas fatiguer Jane? « Pas trop à la fois, » v est là notre devise.
— C'est tout près, mère, n'ayez pas peur... Tenez, nousyyoilà!
— Oh! qu'est-ce que c'est que cela? s'écria Jane-
— Cest une maison de notre invention, dit Frank en apparaissant subitement et lui faisant un profond salut.
— Madame Jane, prenez possession de votre domaine, dit Jack en lui tendant la main pour l'aider.
— C'est ravissant ! » s écria Jane.
Qù'était-ce donc? C'était un bateau de pécheur. Il était percé et hors d'usage* On l'avait abandonné sur le rivage. La quille était enfoncée dans le sable, et le bateau ne dépassait le sol que de quelques centimètres. Jack et Frank s'en étaient emparés pour Jane. Ils l avaient déblayé du sable qui était dans le fond, étendu un châle par-dessus et nettoyé les bancs pour en faire comme de petites tables* Un parasol planté dans le sable <le\ait garantir les habitants de l'ardeur du soleil. C'était une charmante maison, où Ton pouvait tenir à Taise deux ou trois personnes. On eut pu chercher longtemps avant d'en trouver une semblable. Jane pouvait s'y cou* cher et voir de là tout ce qui se passait sur la plage.
« Comme vous êtes gentils! s'écria-t-elle. Mais êtesvnus bien sûrs que personne ne le réclamera?
— 11 n y a pas de danger, répondit Frank, Nous avons demandé à nos amis, et ils nous ont dit que jamais personne n'avait pensé à s'en servir.
— Comment! vous avez déjà des amis! fit Jane en ouvrant de grands yeux.
— Certainement, dit Jack. Nous sommes intimes avec
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deux petits ^areons qui demeurent dans le même hôtel que nous* Je vous les présenterai tout à l'heure.
— Ils ont des soeurs qui paraissent très aimables, ajouta Frank. Cela vous fera des amies, Janette,
— (Test tout bonnement idéal d'être à Belle-Plage! s'écria Jane enthousiasmée,
— Kn tendez-vous la musique des vagues? lui dit Mme Mi no t. '
— J'adore ce bruit-la, répondit Jane,
— Voyez* vous nos amis là- bas? interrompit Jack, Ils nous font des signes. Bien sur, ils Vous ont vue et ils voudraient venir. Faut-il les appeler?
— Montrez-les-moi d'abord, afin que je ne sois pas embarrassée,
— Tenez, ee grand blond qui a un pantalon retroussé et qui tient un lilet au bout d'un bâton, c'est Charley Coœ. Il péchait des crevettes tout à l'heure. Il est très gentil. Sa sœur s'appelle Gertrude, C'est cette petite blondinette qui a une robe blanche avec une ceinture bleue et des rubans bleus dans les cheveux.
— Où donc?,,. Ah! oui, je la vois. Elle paraît très
jolie,
— À côté d'elle, il y a un baby. C'est leur petit frère llarrv. *
ml
— Qui est cette petite fille qui ressemble un peu à Merry?
— C'est Mary Bacon. Son frère \\ aller est plus jeune que moi, mais il est très gentil.
— Et ce grand garçon qui vient là? Le connaissezvous aussi?
— Celui-là? Oh! je crois bien ! Je ne connais pas son
nom, mais, comme je ne Y ni jamais vu sans son vélocipède, je l'appelle le garçon au vélocipède. Je vais les chercher tous. Je leur ai déjà parlé de vous. Ils meurenl d'envie de vous connaître. »
! Jack partit comme un trait, Il revint bientôt suivi de ses tt amis. ». ■
La connaissance fut vite faite,. Gertrude et Mary lui parurent charmantes. Jane sentait que l'impression était réciproque, et au bout d'un quart d'heure, elle fut aussi à son aise avec elles que si elle les eut connues depuis des années. Chacun 'était plein d'attentions pour elle. Un jour, le jeune Charley Cox, qui se livrait avec frénésie à la pêche, lui apporta un crabe vivant.
Jane fut enchantée.
« Oh! si je pouvais seulement le garder! s'écria- t-elle. . — Ce ne serait pas facile, lui dit G cri-rude, il faudrait <le l'eau. -
— J'ai une idée, » cria Frank en entraînant Charlex. Un instant après, ils reparurent tous deux avec un grand seau de fer.
« Que voulez-vous faire de cela? leur demanda Mary en riant.
- Vous allez le voir, » répondit Frank.
Il jeta du sable sur la proue du bateau de Jane, lit un creux dans le sable et y mit le seau. Pendant ce temps, Charley prenait le seau de bois de son petit frère Harry et courait chercher de Veau de mer.
« Jai compris, dit Jane en battant des mains. C'est un aquarium!
— Oui, mademoiselle, » répondit Jack.
[ L'aquarium de Jane était fondé. Ce fut une grande
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source de distractions pour elle et de plaisirs pour les autres enfants, qui n'avaient pas de plus grand bonheur que d'augmenter ses trésors. On mit des coquillages dans le fond du seau, on en garnit le tour à l'extérieur. On y déposa des crabes, des crevettes, des anémones de mer, des astéries, des goémons et jusqu'à de petits poissons qu'on renouvelait souvent.
Que de fois l'encyclopédie de Frank fut compulsée! Jane tenait à se renseigner sur les mœurs des habitants de son aquarium et elle avait raison.
Jamais personne ne dérangea rinslallalion de la petite liïle , au contraire; elle trouvait souvent à sa place un livre, un fruit ou des (leurs, Les baigneurs s'intéressaient tous à cette petite malade si gaie et si patiente.
Quelles bonnes vacances! et quel agréable séjour que Belle-Pla^e! Nos amis étaient dans le ravissement. Il ny avait pas jusqu'à Mine Minot qui ne lut très heureuse de son séjour. La mère de Gertrude se trouvait être une de ses meilleures amies, qu'elle avait perdue de vue depuis longtemps.
Jack et Frank couraient sur la grève; ils apprenaient à se servir du vélocipède du jeune Hughes; ils faisaient des parties de pêche, des pique-nique et suivant la prédiction de Jack ils devenaient « forts comme des Turcs. »
À vrai dire, ils en avaient grand besoin. Frank avait trop travaillé; il avait grandi trop vite et s'était si bien courbé sur ses livres que ses épaules s'étaient arrondies et que ses jambes grêles semblaient ne plus pouvoir les porter. L'air de la mer, les bains et l'exercice lui faisaient grand bien. Jack se ressentait encore un peu de sa jambe cassée et. il avait besoin aussi de prendre des
forces. Je vous reponds qu'il s'acquittait consciencieusement de sa tache.
Jane engraissait a vue d œil; ses joues reprenaient leurs couleurs et ses yeux leur animation d'autrefois. Elle écrivait tous les matins à sa mère de longues lettres pleines de vie et de gaieté. Elle entretenait aussi une correspondance suivie avec Merry et Molly. Ger- Irude et Mary, si gentilles qu'elles pussent être, ne lui faisait mi l pas oublier ses amies. Les nouvelles connaissances ne nuisaient pas aux anciennes.
Jane passait des heures entières dans sa maison. Cela avait l'avantage île la faire rester au grand air sans faligue. Rien n'était plus agréable à habiter que ce hateau. On y avait fait une sorte de toit de feuillage pour abriter la petite fille contre les rayons du soleil. Elle y était au frais, même en plein midi. Là, elle pouvait lire, travailler, dessiner et regarder les vagues se briser sur le rivage, ou les baigneurs se promener sur la grève. Les bébés la connaissaient; ils venaient se grouper autour d'elle pendant qu'elle leur racontait des histuires ou quelle leur chantait des chansons. Elle était rarement seule.
Les jours de pluie même avaient leur charme. On se réunissait dans la véranda ou dans le grand salon de l'hôtel, et on jouait à différents jeux. L'esprit de Jane faisait il elle la petite reine des enfants. Chacun l'entourait, l'admirait, lui faisait fête, lui demandait ou lui offrait quelque chose.
Gertrude lui apprit à sécher des herbes marines pour en faire collection; Mary lui montra à faire toutes sortes de jolis ouvrages en coquillages, et Charley lui enseigna le jeu des échees.
RELLi:- M. AGE.
Quand il faisait beau, Jane ne restait pas toujours dans son bateau. Elle faisait des promenades sur mer, en voiture et même de courtes promenades à pied. Elle s'amusait beaucoup, mais pourtant, c'était dur de ne pouvoir prendre part aux jeux des autres entants. Chacun allait, venait, courait et gambadait autour d'elle. Il lui fallait rester tranquille. Sa patience était mise à une rude épreuve.