‹ Jack et JaneChapitre 4 sur 59 · DEUX PÉNITENTS · texte numérisé non relu

DEUX PÉNITENTS

Une voisine lui avait charitablement raconte que Jaek avait crié pendant qu'on lui remettait la jambe, et qu'après l'opération on avait retrouvé le frère de Jack, le pauvre Frank, pâle comme un linge et tellement ému qu'on lui avait fait mettre la tête sous la pompe de la cour pendant que Gustave, pour rétablir le calme dans son cerveau, pompait comme si le feu avait élé à la maison.

« Chut, ma chérie, lui disait sa mère, calmez-vous, il faut tâcher de dormir. Buvez ce que Mme Minot vient de vous envoyer, cela vous fera du bien. J'ai le neur

brisé de voir nui petite Jane souffrir de la sorte.

— .Je ne peux pas dormi] 4 , je ne comprends pas comment la mère de Jaek et de Frank peut nTenvoyer quelque chose quand j'ai à moitié tué son second fils et fait tant de chagrin a l'autre. Je voudrais avoir bien froid et bien mal!... Ah! si jamais je suis guérie, je serai la meilleure petite fille du monde pour faire oublier mes fautes passées. Vous verrez, cria Jane en secouant si ônergiquement la léte que ses larmes jaillirent sur son oreiller.

— Vous ferez mieux encore de commencer tout de suite, ma chérie, car je crains fort que vous ne so^ez clouée ici pour longtemps, soupira Mme Peek, incapable de cacher plus longtemps son anxiété.

— Je suis donc bien malade, maman?

— J'en ai grand' peur.

— Et bien, j'en suis très contente, j ai mérité d'avoir plus de mal que Jack et j'espère qu'il en sera ainsi. Je le supporterai de mon mieux, et quand je serai guérie, je serai devenue si parfaite qu'on ne me reconnaîtra plus.

Chantez-moi quoique chose, petite mère, je vais tâcher de dormir pour vous faire plaisir. »

Jane ferma les yeux avec une obéissance inaccoutumée et fut bientôt endormie. Il n'en fut pas de même de sa pauvre mère qui passa la nuit à pleurer ton l bas. Mme Peek, la mère de Jane, était Anglaise, elle avait épousé un Canadien d'origine française, et elle avait quitté Montréal à la mort de son mari pour venir habiter, dans IJarmony, un petit cottage séparé seulement de la belle grande maison de Mme Mi net par une baie d'aubépine. C'était une personne triste et grave , qui avait connu des jours meilleurs. Elle avait tout perdu en perdant son excellent mari; mais elle ne s'en plaignait jamais, et gagnait sa vie en cousant et en soignant les malades, heureuse de faire iV importe quel ouvrage, pourvu que Jane ne manquât de rien, et reçût une bonne éducation. Elle n'avait de pensées qur pour su lllle, qui était admirablement douée, et son seul bonheur était de voiries (excellentes notes que Jane lui rapportait fièrement tous les mois,

Et maintenant la pauvre enfant était alitée, pour combien de temps?... peut-être pour des mois ou des

: années! Toutes les espérances de Mme Peek semblaient

1 s'évanouir à la fois.

« Mais, s'il plaît à Dieu, ma chérie se guérira bientôt, et d'ici là cette bonne Mme Minot ne l' abandonnera pas ? » pensa enfin lapauvre veuve, en regardant machinalement le rayon de lumière, qui venait de la grande maison, briller jusque sur le cottage, comme symbole de l'esprit de bonté qui en liait les habitants, malgré la différence îles fortunes.

hKi.W I»KN1TENTS.

Pendant ce temps-là, l'autre mère, Mme Minot, était auprès de son petit garçon, non moins inquiète, mais plus calme, car elle savait mieux que personne supporter ses épreuves.

Jack avait la fièvre, il avait les veux grands ouverts, les joues brûlantes et la tête en tru, el il ressentait de grandes douleurs dans sa jambe malade. La potion calmante qu il avait prise n'avait pas encore produit son effet, et, pour occuper ses tristes heures, il n'avait d'autre ressource que d'écouter le bruit qui se faisait dans la maison.

On ne cessait de sonner et de frapper à la porte. En passant de bouche en bouche, r accident avait pris des proportions formidables, A huit heures du soir, tout le village croyait Jack à l'article de la mort, et Jane très en danger, en quoi on ne se trompait guère, malheureusement. Il n'était donc pas étonnant que les camarades de classe et les voisins de Jack vinssent tout inquiets demander des nouvelles et offrir leur aide,

Frank commença par arrêter la sonnette et par mettre, à une fenêtre bien en vue , un écriteau ainsi conçu : Frappez à la porte de derrière* Après quoi il alla se reposer au salon avec son ami Gustave, pendant qu'Edouard jouait très doucement du piano pour rmlunnir Jack. Quoiqu'il y eût une grande différence d âge entre Edouard et Jack, et quoique le premier fut parmi « les grands, » il était toujours bon pour « les petits, » et en particulier pour Jack, Celui-ci, qui était très affectueux, n'avait jamais honte de montrer son amitié pour son grand ami, et on l'avait vu souvent, le bras passé autour d'Edouard, causer confidentiellement dans un coin de ce grand salon

rouiîo où tous les jeunes gens étaient les bienvenus, et où Frank régnait sans partage. *

« Avez-vous moins mal, mon chéri ? demanda Mme Minot en se penchant vers la tête blonde qui avait cessé de s'agiter depuis quelques minutes.

Je ne souffre pas moins, mais j'oublie mon mal en

écoutant la musique. Ce cher Edouard me joue tous mes airs favoris. Qu'il est bon! Je suis sûr qu'il est très fâché que je sois malade?

— Tout le monde Test mon enfant. Frank ne pouvait plus parler, tant il était ému; Gustave s'est passé de dîner pour nous aider plus longtemps, et Joë a rapporté les débris de votre pauvre traîneau, parce qu'il ne voulait pas que personne le prît, et aussi, u t il ajouté, parce que vous auriez peut-être envie de le conserver comme souvenir de votre chute. »

Jack essaya de rire, mais son rire était forcé. Pourtant il parvint à dire gaiement :

« C'est très bien de sa pari , car j'avais refusé de le lui prêter, de peur qu'il ne me l'abîmât. Il n'aurait pas pu mieux le casser que moi, cependant, n'est-ce pas, mère? Je ne croîs pas que j'aie besoin de ces morceaux pour me rappeler cette chute-là. C'est dommage que vous ne nous ayez pas vus, mère, c'était une magnifique cabriole, à regarder tout au moins.

— Je ne regrette pas du tout de n'avoir pas été là. Je ne veux même pas me représenter mon cher trésor roulant le long de cette affreuse colline jusqu'au précipice de la route. Vous ne me jouerez plus de tours pareils, n'est-ce pas, Jack?

— Soyez tranquille, mère. Plus de glissade d'ici au

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