L ILE VERTE
Il y avait en effet du nouveau, mais rien que de très heureux. Ralph sauta hors de son bateau avant même d'avoir touché la rive, et courut vers ses amis en criant et en agitant son chapeau*
« Hourrah! hourrah! dit-il. Je pars pour Rome dans quinze jours. »
Le goûter en fut oublié* Tout le monde se leva, entoura Ralph, Lui fit des questions sans fin et des compliments sincères, Les écureuils durent se demander ce que signifiait ce tapage.
« Oui, mes amis, répéta Ilalph. Je partirai d'ici quinze jours* J'ai un peu d'argent pour commencer, et, si par hasard je ne me tirais pas d'affaire, David German a dit qu'il me viendrait en aide,
— C'est très heau de sa part, répondit Frank,
— J'irai vous voir en Italie dans quatre ans, quand je serai sorti û§ l'Université, dit Gustave.
— J en accepte l'augure, fit Ralph,
— Vous resterez là, ces quatre années entières? demanda Merry avec une nuance de tristesse dans ses grands veux bruns.
— Je resterai tout le temps qu'il faudra pour acquérir du talent, répondit Ralph, J'ai beaucoup à apprendre et je ne veux penser qu'à arriver au but,
— Vous allez devenir célèbre, dit Jane.
— Pas de sitôt répondit Ralph. Il faut tant de temps et de travail pour gagner sa vie, qu'on se demande ce qu il faut pour devenir célèbre. »
Mcrry paraissait avoir ouhlié dans sa préoccupation ses devoirs de maîtresse de maison. Annette la rappela à Tordre,
Le goûter fut très gai. On but à la santé de Ralph. On lui fit tant de souhaits, et on lui prédit tant de succès, que si tous s'étaient réalisés, il eût surpassé Michel-Ange,
G rii" lui commanda sa statue de grandeur naturelle. Il se lova pour lui montrer la pose qu'il désirait prendre; niais le pied lui manqua, il glissa, et tomba une main dans la tarte aux pommes de Merry, l'autre sur la théière, qui lui lit une forte brûlure. II se releva au milieu d'un rire général.
« Je voudrais bien être à la place de Ralph , » dit tïacîc .
Chacun fut de son avis. La vue de Ralph leur faisait penser à tous que leur enfance se passait et que bientôt eux aussi, seraient d'âge à tenter la fortune.
« Il est aisé de savoir ce que Ton voudrait être, dit Edouard, mais beaucoup moins facile d y arriver. Les événements sont souvent tels qu'on n'a qu à s'y conformer.
— Non, dit Frank, pour arriver, il suffit seulement de le vouloir fermement. Il v a des obstacles dites- vous? Eh bien, on les surmonte. Rien ne tient devant une volonté bien arrêtée.
— Alors, quel est votre but ?
— Je veux être ingénieur et je le serai.
— Et vous, Jack?
— Oh! moi, je ne sais pas encore. J'ai le temps d'y penser,
— Vous avez des années devant vous, dit Ralph- D'ici là, il se passera bien des choses.
— Il s'en passe tant dans une seule année, dit Merry d'une voix pensive.