CHAPITRE VI
LES SURPRISES
« Fait-il beau? s'écria Jane le matin du jour de Noël, avant même d'avoir complètement ouvert les yeux.
— Oui, nia chérie, aussi beau que possible, lui répondit sa mère. Vous allez d'abord commencer par tâcher démanger un peu, et puis nous ferons vite notre toilette, afin que vous soyez prête de bonne heure à jouir de tous les plaisirs qui vous attendent. Pourvu que cela ne vous fatigue pas trop! »
Mme Peck était inquiète au milieu de son bonheur; on devait transporter Jane chez Mme Minot, et cette première sortie l'effrayait.
Il semblait que neuf heures ne sonneraient jamais. Jane, tout habillée, avait presque la fièvre, d'impatience; le docteur tardait à venir; cependant il avait bien recommandé qu'on l'attendit, et il ne fallait pas songer à partir sans lui.
Il apparut enfin, examina sa petite malade, déclara que tout se passerait à merveille, l'enveloppa dans des couvertures, et, avec l'aide de Frank, la transporta dans une chaise longue jusque chez Mme Minot*
6* JACK ET JANK.
En un clin d'œil, miss Jane fut déposée dans Y antre des garçons , sans avoir eu le temps de sentir le moindre froid ou d'éprouver la moindre fatigue,
M nie Minot était là* Elle accueillit sa petite amie de la manière la plus cordiale, niais Jane ne l'entendait même pas : elle poussa un grand cri et resta muette de surprise et de bonheur.
Cette chambre était transformée. On eût dit un jardin d'hiver; on se fût cru dans un de ces endroits féeriques qui figurent dans les rêves de tous les enfants, et qui réunissent à la fois les agréments de l'extérieur et de l'intérieur. * *1
Le plafond était peint en bleu azuré comme la voûte du ciel et éloilé comme un firmament; les murs étaient recouverts d'un papier représentant un treillis rustique, le long duquel s'enroulaient si naturellement des volu* bilis de toutes nuances, que leurs elochelt.es paraissaient se balancer au gré du vent. Des oiseaux et des papillons voltigeaient au milieu des fleurs. Ce monde ensoleillé formait un contraste frappant avec le paysage iY hiver que l'on apercevait au dehors. Les fenêtres, entourées de guirlandes de houx, n'avaient pour rideaux que des fleurs naturelles, et le regard s'étendait au loin sur la campagne couverte de neige. Le plancher était recouvert d'étoffe verte, formant comme un tapis de gazon; des tables et des chaises de jardin étaient disséminées partout, et un magnifique sapin 1 , planté dans une immense caisse verte, trônait au milieu de la chambre en attendant sa cargaison de cadeaux et de bougies. Une énorme bûche flambait dans l'âtre, la cheminée était entourée, de fleurs, et on y lisait ces mots formés
LES SURPRISES
avec du houx aux baies rouges : Un joyeux Nocl à tous!
« Comment trouvez-vous cela, ma chérie? demanda Mme Minot à Jane. Voilà la surprise que nous vous réservions, ainsi qu'à Jack, Nous espérons que vous passerez ici tous les deux des jours heureux.
— C'est si joli que je ne sais comment vous remercier, » lui répondit l'enfant en lui tendant les bras et lui offrant ses baisers les plus reconnaissants.
Le bonheur de Jane récompensait largement Mme Minot de ses peines.
« Désirez-vous encore quelque chose? reprit-elle*
— Il me manque encore Jack, répondit Jane avec un sourire et un éclair de malice dans ses grands yeux-
— Vous avez raison, chérie, dit Mme Minot en souriant aussi. Je vais me hâter de vous l'amener, car sans cela je crois vraiment qu'il viendrait à cloche-pied. »
En effet, on entendait un vacarme infernal dans la chambre de Jack. Des cris, des éclats de rire et des coups de sifllet d'appel prouvaient clairement que le prisonnier attendait son tour avec impatience.
Ce fut à grand'peine que Jane put rester tranquille en entendant rouler dans le corridor la chaise longue de Jack. Enfin il arriva sur le seuil de la porte.
« Voilà ce que j'appelle quelque chose de réussi! » s'écria- t-iL
Puis il poussa un cri de joie en voyant Jane qui lui tendait les bras et lui criait joyeusement :
ce Me voilà! me voilà! Oh! venez vite! »
Les deux chaises longues furent mises cote à côte au coin du feu» et les deux amis s'écrièrent d'un commun accord :
ce Est-ce assez joli ! »
Ralph et Frank exécutèrent autour de r arbre une sorte de fandango; Mme Minot et Mme Peck conternplrrent leurs enfants les larmes aux yeux, et le 1)' Whiting les regardait d'un air bénin, Quant ii Jack et à Jane, ne sachant s'ils devaient rire ou pleurer, ils firent un peu tous les deux, et ils battirent des mains avec frénésie, en criant comme de vrais petits fous :
« Un joyeux Noël à tout le monde! »
C'était ii ne plus s'entendre.
Quand cette première effusion de bonheur fut passée, on laissa les malades se reposer et jouir en pats de leur présence mutuelle.
a J'espère que vous vous êtes fait beau ! s'écria Jane après avoir admiré la jolie chambre dans ses moindres détails.
— Et vous donc! » répondit-il en la regardant de la tête aux pieds.
Le fait est qu'ils étaient très beaux tous les deux. Cependant le bonheur y avait une part beaucoup plus grande que leurs habits de fête*
Jane avait mis une robe de fin cachemire rouge, cadeau de Mme Minot, ornée d une collerette blanche- À son cou étincelait un collier de perles. Ses cheveux noirs étaient réunis dans un filet rouge, et ses petits pieds, qui n'avaient pas marché depuis tant de longues journées, étaient emprisonnés dans des pantoufles aussi jolies et aussi mignonnes que celles de Cendrillon,
Jack s'était mis en frais. Sa robe de chambre d'étoffe turque lui allait à ravir. Il avait une chemise d'une blancheur immaculée, des boutons d'or et une cravate bleu de ciel. Un mouchoir, si bien imbibé d'eau de Co-
LES SUU1MUSKS
logne qu'il en était ruisselant, sortait de sa poche de côté et lui donnait Tait' habillé, malgré le grand thaïe gris qui lui enveloppait les jambes. Ses cheveux blonds étaient ramenés sur son front pour cacher la cicatrice de sa blessure; ses joues avaient pâli, mais ses yeux étaient aussi bleus que sa cravate, et son sourire tout aussi Radieux qu'autrefois.
« Ah! que je suis heureux de vous revoir! s'écria-t-il. J'imagine, Jane, qu'à présent nous avons passé le plus mauvais moment et que nous allons avoir du bon temps* Comme ce sera amusant d'être ici tous les deuxî
— La journée sera si vite passée, soupira Jane. Ma chambre va me sembler encore plus triste demain.
— Mais vous n'y retournerez pas, vous resterez ici jusqu'à ce que vous soyez guérie. Maman ne vous Ta donc pas dit?
— Est-ce possible? Oh! quel bonheur! Mais non,.. On ne m'en a. même pas parlé. Où coucherai- je? »
Et se reprenant :
« Mais que deviendra maman sans moi? Et moi que deviendrai-je sans elle?
— Rassurez-vous; ce que maman (ail n'est jamais fait à moitié, lui dit Jaek ? votre mère restera avec vous. Vous coucherez toutes les deux dans la chambre à côté. Maman m avait bien dit qu'elle me laisserait le plaisir de vous annoncer moi-même cette bonne nouvelle, mais je craignais qu'elle n'eût pas eu le courage de tenir sa pi'omesse. J'avais bien tort. Je la remercierai de m'avoir gardé cette joie. Allons- nous nous amuser assez, Jane i . . . »
Avant que Jane fut revenue de sa stupéfaction, Frank
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