Jacmart Pilavaine, miniaturiste du XVe siècle
Vous avez donné un exemple salulaire. En recherchant la vie de ceux à qui nous devons ce que nous sommes, nous nous attachons non seulement davantage à la pairie, mais nous considérons l'humanité entière sous son aspect le plus digne. 11 en naît pour notre cœur une sensation qui le chatouille dans ses plus secrets replis et pour notre âme un élancement qui la poulce bien loing au-delà do son ordinaire et la ravit aulcunement hors de soy.
Nous montrer combien nos pères furent grands c'est nous inviter à ne pas déchoir.
Vous avez donné le branle à notre patriotisme; aussi depuis la publication de votre Biographie d'AbbevillCy sur tous les
points do notre chère Picardie, nos savants recherchent avec ardeur la vie de ses grands hommes. Mon laborieux compatriote Charles Gomart, fait pour St -Quentin ca que vous avez fait pour Abbeville ; mon ami, l'abbé Jules Corblet, travaille à une Hagiographie picarde ; notre collègue Dusevel, à qui nous devons tant de travaux, en nous donnant une nouvelle Histoire de la Picardie nous en fera connaître les hommes les plus remarquables; le digne abbé Paul de Cagny, ne se lasse pas de rechercher les célébrités de l'arrondissement de Péronne, dont l'histoire, écrite par lui, est un véritable modèle d'érudition ; (1) notre collègue, Peigné Delacour, va nous faire connaître les gloires du monastère â'Ourscamp; M. Breuil, continuant l'œuvre de M. Rigollot, poursuit ses recherches sur les Peintres Amiénois des XV^ et XVP siècles ; l'infatigable M. de La Fons, baron de Mélicocq, ne cesse de mettre au jour les noms des pauvres artistes de la Picardie et du Norrf de la France, trop longtemps oubliés par nous.
D'autres travailleurs, que la publicité ne tente pas, mais qui n'en aiment pas moins leur patrie en bons fils, mon ami Lucas, secrétaire delà mairie de Ham, et son oncle M. Morel, chef d'institution à Nesle,
J'en passe et des meilleurs ,
font pour leur pays ce que vous avez fait pour le vôtre et ce que je vais essayer de faire pour Péronne.
Je dois dire que l'indifférence de la plupart de mes compatriotes me prive de faire pour la ville de Ham, ce que j'essaie
(1) Feu Génin, notre compatriote, qui s'y connaissait, avait ce livre en grande estime.
de faire parliellement |)our Péronne et que ma Biographie des Ilamois remarquables et des prisonniers enfermés au château de ffarriy doit rester manuscrite, dans l'impuissance où je suis d'en faire les frais d'impression. Mais il ne m'appartient pas de me plaindre : la grande ombre du général Foy, plane désolée, depuis presque un demi siècle, sur sa ville natale, en attendant un monument, à l'érection duquel la France entière se serait associée. Attendons des temps meilleurs. Peutêtre les Hamois ignorent-ils qu'il y eût un des plus grands hommes des temps modernes appelé Maximilien Sébastien Foy et qu'il naquît dans leurs murs le 3 février 1775. Nul doute qu'alors qu'ils apprendront ce fait curieux, ils ne s'empresseront d'être les Lacèmoniens du siècle dernier et d'ériger une statue à Thémistocle (1).
Malgré ces déboires, je ne veux pas rester en dehors du mouvement, et puisque vous êtes assez bon pour m'ouvrir vos colonnes, j'en profite pour faire connaître à nos Picards un enfant du pays, sur lequel pèse quatre cents ans de silence.
Puissè-je n'être pas le seul à profiter de votre bienveillant accueil, et la Picardie, que vous conduisez avez tant de soins et de patriotisme, devenir le Panthéon qui arrachera à un indigne oubli les noms de ceux-là à qui nous devons respect et reconnaissance I
Veuillez, mon cher collègue, agréer mes sentiments de profonde gratitude.