XLIX
* Voyez Moret, Anales de Navarro, lib. XXI, cap. i, g* • 3 Voy. notre tome 1, p. 363.
aurait dû s'inspirer en mainte circonstance, le roi d'Aragon resta l'ami sincère du monarque navarrais. Ni le départ de ce dernier pour la croisade, ni le désac* cord de Thibault et du Saint-Siège au sujet de l'évèque de Pampelune ne servirent de prétexte au Conquistador pour jeter le trouble dans un pays qu'il regardait comme dépendant de sa couronne. Aussi Thibault Pr mourant ne crut-il pas pouvoir trouver de protection plus efficace pour ses fils que celle de son chevaleresque compétiteur.
Ce n'était pas trop oser que de compter sur la générosité d'un prince chez lequel l'ambition n'étouffa jamais le sentiment de la justice. En apprenant la mort de Thibault, Alfonse de Castille trouva le moment opportun pour réveiller d'anciennes prétentions sur une partie de la Navarre, et se mit en marche vers ce royaume, gouverné par la veuve du roi défunt, au nom de son fils âgé de quatorze ans*. Mais Jacme se hâta d'envoyer vers la reine régente l'infant Alfonse avec lequel il venait de se réconcilier et, le laraoût 1253, un traité d'alliance offensive et défensive fut conclu à Tudela entre la Navarre et l'Aragon. Par cet acte, l'infante aragonaise Constance ou, à défaut, sa sœur Sancha, fut promise en mariage à celui des infants navarrais qui hériterait de la couronne*. Chacune des parties s'engagea à ne conclure aucun traité de mariage avec un parent du roi de Castille ou « quelque homme d'Espagne que ce soit, qui le fréquente ou lui parle* .»
4 Thibault Ier laissait de Marguerite de Dampierre, fille d'Archambnud de Dampierre, sire de Bourbon, deux fils, Thibault et Henri.
•On voit qu'en <Î53, Constance n'était pa> encore mariée à doa Manuel de Castille.
3 L'engagement conclu entre Marguerite, reine-régente de Navarre, et l'infant Alfon6e d'Aragon, a été donné en partie par Moret. (Anales de Navarra, Ub. XXLI,cap. i, § 3.) Le traité dans sa forme di4i-
AFFAIRES DE NAVARRE 29fl
Quelques mois après, Thibault II , ayant atteint sa quinzième année, futcouronnéà Pampelune, et, dans une entrevue qu'il eut à Montagudo avec Jacmeler , l'alliance des deux souverains fut confirmée1.
L' Aragon et la Navarre étaient prêts à recevoir le choc de la Castille; Alfonse X menaçait sans attaquer; cependant des prélats et des ricos homes s'interposèrent, et une trêve fut conclue jusqu'à la prochaine fête de saint Michel.
Jacme, avecson activité habituelle, sut mettre à profit ce délai. Pour s'attacher sans retour son fils Alfonse, il lui fit accepter un traité par lequel « l'infant premier né et héritier d'Aragon» promettait à son père de ne point embrasser le parti du roi de Castille , tandis que Jacme s'engageait à ne jamais enlever à l'infant ce qu'il lui avait donné dans les royaumes d'Aragon et de Valence V
Vers la même époque, il se conciliait, par de riches donations d'honneurs, l'amitié d'Alvar Perez de Azagra, seigneurd' Albarracin ; il avait une nouvelle entrevue avec le roi de Navarre à Estella ; il contractait des alliances offensives et défensives, « contre tous et en particulier contre le roi de Castille», avec le puissant seigneur de Biscaye, Diego Lopez de Haro, avec Ramiro Rodriguez et Ramiro Diez, ricos homes castillans qu'Alfonse X avait
nitive existe aux archive* de la couronne d'Aragon, Parchemins de Jacme I",n# 1339 ; il a été publié dans ia colleclion des documents inédits de ce dépôl(t. VI, p. 4 4 4).
1 Par ce nouveau traité, daté du 5 des ides d'avril (9 avril) 4254, le roi d'Aragon s'engage à secourir le roi de Navarre contre tous, excepté contre « le comte de Provence, frère du roi de France , et 6es frères.» (Archives de la couronne d'Aragon, Parch. de Jacme P% n' 4363.)
» Archives de la couronne d'Aragon, Parch. de Jacme 1", nM 4374 et 4 375; actes du 15 juin 4 254.
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dépouillés de leur fiefs*, el, à l'expiration de la trêve, il se trouvait à Tarazona à la tête de son armée. Le quartier général du roi de Navarre était à Tudela ; Alfonse X avait concentré ses troupes à Calahorra et à Alfaro; les avantpostes de l'armée castillane s'avançaient, au dire de d'Esciot, jusqu'à une demi-lieue de l'armée aragonaise.
Alfonse X, indécis ou manquant de confiance dans la justice de sa cause, hésitait à livrer bataille. Ses goûts pacifiques servaient mal son humeur inquiète et son ambition irréfléchie. On s'en apercevait autour de lui , et son poète favori, le génois Boniface Calvo, essayait de lui inspirer l'ardeur belliqueuse qui lui faisait défaut.
• Un nouveau sirvente je veux adresser au roi de Castille, disait le troubadour génois ; car il ne me parait pas, je ne pense ni ne crois, qu'il ait le cœur à guerroyer lesNavarrais et le roi d'Aragon ; mais pourvu que je lui dise ce que je dois, qu'il fasse ce qu'il voudra. J'ai entendu dire qu'il ne veut point les attaqner, el cependant il lui conviendrait de mettre à cela ses soins et sa pensée,
son cœur et son corps, son avoir et ses amis Il peut
trouver les deux rois sur le champ de bataille, s'il en a le désir. Et s'il ne fait voir son gonfanon sur cette terre au roi de Navarre et au roi d'Aragon , ceux qui disaient du bien de lui auront raison de chanter comme ils le font déjà, que le roi de Léon aime mieux chasser avec autour et faucon que revêtir haubert et cuirasse*. »
Les dispositions d'Alfonse X facilitèrent singulièrement la tâche des prélats et des nobles, qui faisaient
1 Archives de la couronne d'Aragon, Parchemins de Jacme 1-, nw 1382 el 1383 (8 août 1254).
2 M. Milà {De los Trovadores en Espana, p. 203), a donné le texte de ce fragment de poésie provençale mêlée de français et de castillan.