LES MAILLES DE LATTES
en Rouergue, le 27 septembre 1249 * . La famille capétienne, dans la personne d'Alfonse de Poitiers, avait pris possession de l'héritage du comte défunt.
Que restait-il à la maison de Barcelone de son ancienne influence sur les belles contrées delà Gaule méridionale? Les regrets du peuple étouffés sous l'oppression des nouveaux dominateurs , quelques prétentions illusoires , quelques droits impossibles à soutenir en face des succès croissants de la maison de France. Au nord du Roussillon , Montpellier était à peu près le seul pays sur lequel l'autorité du roi d'Aragon fût reconnue en principe, bien que minée sourdement par les iutrigues des agents français que secondait l'aveuglement des habitants de la seigneurie.
L'imprudence de Jacme , ou peut-être celle du gouverneur établi par lui à Montpellier, occasionna des troubles dont l'avenir seul devait montrer les tristes cooséquences ; car, à chacun de ses mouvements, la ville républicaine hâtait la crise qui devait détruire à la fois
* « Cela parut en effet de la volonté divine, dil Guillaume de Puy- Laurens (Chron., chap. xlviii), que, devant être transporté hors de son pays, le dernier comte de Toulouse dut descendre de la partie orientale de sa terre vers l'occident, laissant dans tous ses domaines sur son passage de nombreux regrets. Son corps fut embaumé, mis dans un cercueil et gardé avec soin. Conduit par Alby, Gaillac, Rabastens, Toulouse, on le dirigea sur la Garonne vers le pays d'Agen; il fut déposé au monastère de l'ordre de Fonlevrault, appelé le Paradis, et le printemps suivant, l'hiver étant passé, on le transporta à Fonlevrault où il avait choisi sa sépulture. El c'était pitié que de voir, avant et après le cercueil, les peuples se lamenter et pleurer leur seigneur naturel sans pouvoir espérer un successeur de sa race. » — Le testament de Raymond VU a été publié par Catel (Histoire des comtes de Tolose, p. 373) , et par M. du Mège, dans son édition de VHistoire de Languedoc (additions au livre XXV, n* 18). Une copie de ce document est conservée aux archives de la couronne d'Aragon, Pareil, de Jacme l"tn° 4173.
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la domination aragonaise et les libertés de la fière commune.
Les consuls de mer de Montpellier percevaient un droit d'une obole ou maille (mealha) par livre sur les marchandises transportées de Lattes à Montpellier et de Montpellier à Lattes. Le seigneur n'avait point à s'immiscer dans la perception de cet impôt, non plus que dans l'emploi des fonds qui en provenaient et qui étaient consacrés à des travaux d'utilité publique. Or, en Tannée 1252, le roi tenta de percevoir les mailles de Lattes à son profit. Les bourgeois accueillirent cette violation des droits de la commune par une révolte, et leur troupe en armes (la cloqua deU armait) se remit en possession de l'impôt dont l'autorité seigneuriale avait cru pouvoir s'emparer *. Jacme assigna les consuls à comparaître en sa cour, siégeant alors à Barcelone , afin d'j faire juger le différend. Les représentants de la commune répondirent que le roi ne pouvait être juge dans cette cause; que, du reste, les habitants de Montpellier n'étaient pas tenus de comparaître hors du territoire de leur ville, et qu'enfin ils en appelaient à l'évéque de Maguelone, suzerain de leur seigneur *.
La lutte était déclarée. Obéissant à l'esprit d'indépendance qui, do proche en proche, s'était étendu des républiques italiennes aux villes de Provence, xMontpellier cMa au désir d'imiter Marseille, sa rivale , et, pendant quelques années , on voit la cité des Guillem nommer
* a En l'an M e CC e LU. ... demandet lo rey Jacme d'Aragon las roealhasde Lntas e lendeman de l'Apareclion cobreron las li homens de Monlpeyler et la cloqua delsarmatz. » (Petit Thalamus de Mont pêllitr.)
* Voy. Germain, Histoire de la commune de Montpellier , l. Il,
Pièces justificatives, p. 329.