‹ Jacme I, le conquérant, roi d'après les chroniques et les documents inéditsChapitre 85 sur 183 · LA POLITIQUE FRANÇAISE DANS LE MIDI · texte numérisé non relu

LA POLITIQUE FRANÇAISE DANS LE MIDI

son bayle sans la participation dn seigneur, s'allier au vicomte deNarbonne, vassal de la Castille et ennemi du roi d'Aragon *, faire la guerre aux Marseillais et signer la paix avec eux par l'entremise de Charles d'Anjou * ; en un mot, traiter son royal seigneur avec un mélange d'hostilité et d'indifférence plus significatif qu'une révolte déclarée.

Jacme n'aurait peut-être pas supporté aussi patiemment de pareilles offenses s'il ne s'était senti en ce moment menacé, d'un côté par les armes de la Castille , de l'autre par les intrigues qu'avait ourdies la reine-mére de France. Blanche était morte en 1252, mais sa politique lui survivait. La veuve de Louis VIII avait tracé ses plans, choisi les hommes qui devaient les exécuter, mis en jeu les passions et les intérêts dont l'action combinée devait nécessairement aboutir au résultat prévu par elle. La machine était montée ; elle avait reçu le mouvement: elle accomplissait son œuvre sans avoir besoin de l'intervention de l'ouvrier. Tout marchait en dehors de Louis IX, dont la droiture retarda souvent l'accomplissement des desseins ambitieux de sa mère.

Un délégué de Blanche de Castille , le jurisconsulte Gai Foulques ou Folcueis, qui devait être plus tard le pape Clément IV, agissait depuis longtemps auprès de Té? ôque de Maguelone , afin de décider le prélat à se reconnaître vassal de la couronne de France pour le fief de Montpellier. Ce fut seulement le 15 avril 1255 ,

* 11 est difficile de ne pas voir une menace à l'adresse du roi d'Aragon dans le traité par lequel Amalric promet « do faire la guerre à tous ceux qui s'opposeront aux consuls, aux syndics ou à la commune de Montpellier, à l'exception des très-illustres seigneurs le roi de France, ses frères et le roi de Castille. »

a D. Vaissète, Hiêl. de Languedoc, 1. XXVI, cnap. xxxi. t. n. 20

près de trois ans après ia mort de la reine-mtore, que Gai parvint à obtenir cette reconnaissaoce de l'évéque Pierre de Conques. Ce dernier déclara solennellement, en présence du sénéchal de Beaucaire et Nimes et de Gui Foulques, envoyé du roi Louis IX, que la ville de Montpellier et le château de la Palu ou de Lattes étaient tenus en fief de la couronne de France par les évêques de Maguelone , et en arrière-fief par le roi d'Ar agon , • non pas comme roi, mais comme seigneur de Montpellier4. »

Le roi d'Aragon, arrière-vassal du roi de France! Le roi d'Aragon , forcé de subir la suzeraineté directe de son rival le jour où celui-ci sera parvenu à supprimer 1 autorité intermédiaire de l'évéque! Il serait superflu d'insister sur les conséquences d'une pareille déclaration, provoquée d'ailleurs, il faut l'avouer, par l'imprudente conduite de Jacme envers l'évéque et envers les habitants de sa ville natale.

Les bourgeois de Montpellier, après s'être associés au entreprises du monarque aragonais contre l'évéque de Maguelone , s'unissaient maintenant à l'évéque et an roi de France contre leur seigneur, usant de leur système traditionnel de bascule pour échapper à une domioatioi trop directe, jusqu'au moment où, la balance penchant tout à coup du côté du plus fort, les princes capétiens écraseront les derniers restes d'indépendance de la cité républicaine sous le poids de leur politique centralisatrice *.

4 Cet acte o été publié dans la Gallia christ iana, t. VI, intf col. 370 et dans la Séries prœsulum magalonensium du Gariei, p. 316.

* ha Gallia ohristiana, Gariel (séries prarsutum tnogalon.) et D. Vaissète ont donne tous les détails de la lutte do roi d'Aragon contre l'évéque do Maguelone et publié les documents qui s'y rapportent.

Page 1