‹ Jacopo Della QuerciaChapitre 18 sur 49 · CHAPITRE QUATRIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIEME

l'ensemble. Les enfants seuls sont vrais et vivants. Cela ne suffit pas toutefois, il faut le reconnaitre, pour animer les groupes, qui gardent un accent primitif et un peu de sécheresse’. Je n’en nie pas le charme, mais je leur préfére les ceuvres ob Jacopo s’est entiérement dégagé. Certains des bas-reliefs ont une beauté bien autrement complete et prenante qui triomphe de tous les outrages des siécles, qui persiste en dépit de leur état de ruine.

Que reste-t-il pourtant des treize bas-reliefs de la Fontegaia? La Foi, la Tempérance, la Charité, la Prudence, la Force sont si horriblement rongées qu’autant vaut dire quelles sont perdues; de |’ Eapérance, nous n’avons plus qu'un fragment de téte; la Création 0’ Adam n'a plus de signification et I’ Expulsion du Paradis n’en aurait pas beaucoup davantage, si l’on n’avait, pour ]’interpréter, la copie du Déme de Sienne’ et le bas-relief analogue de Bologne : l’ange est sans bras ni téte; le torse seul d Adam est conservé. Comme 4 Bologne, Eve est effrayée et se fait humble; on devine dans l’ange une énergie brutale; certains morceaux sont d’un modelé large et vigoureux. On peut supposer ce qu’était la scéne dans

1. La collection des dessins des Offices, 4 Florence, posséde un dessin a la plume représentant les deux statues de la Fontegaia. On le donnait 4 Jacopo della Quercia. M. R. H. Hobart Cust (Giovan- Antonio Bazzi, Londres, 1906) fut le premier, je crois, a contester cette attribution, et proposa comme auteur le Sodoma. Les nombreux dessins de Sodoma, qui nous ont été conservés, ne présentent en vérité aucune espéce d’analogie avec le dessin en question. Il s’agit, me semble-t-il, d’une copie faite par un artiste assez malhabile, de la fin du xv® siecle ou du commencement du xvi’. La silhouette ne rappelle en rien celle de Jacopo, et surtout le parti pris des draperies est entierement différent. Je penserais volontiers 4 quelque peintre ombrien, a quelque aide du Pinturicchio, par exemple.

2. Cette copie, en platre, se trouve dans Ja Libreria, au-dessus de la porte; elle est de la dimension de l’original et fut sans doute en grande partie obtenue au moyen de moulages. Elle n'a d’autre intérét que de montrer ce qu’était la composition dans ses lignes générales, avant la mutilation. L’exécution en est molle, si empatée qu'il est impossible d’y rechercher la pensée de Jacopo, bien autrement expressive et vigoureuse dans le bas-relief original, malgré son mauvais état.

La copie doit dater de l’époque de la fondation de la Libreria, vers 1495, car la partie du mur qu'elle cache n’a jamais recu de décoration peinte, ce qui semblerait signifier que Pinturicchio la trouva en place quand il commenga ses fresques (1502).

son ensemble; on n’est pas en droit d’essayer d’en reconstituer l’esprit.

Mais Jacopo est encore tout entier dans les figures de la Verge, de la Justice, de la Sagewe. Elles sont assises sur des siéges bas; leurs corps vigoureux et souples animent les draperies aux grands plis simples; les formes sont pleines, les gestes aisés, légers, faciles et pourtant majestueux, d'une majesté souriante et sans apprét; les visages aux traits purs sont jeunes et graves; il en émane une impression de grandeur sérieuse, de dignité, de force, de grace et un parfum de jeunesse. Les lignes, d’un balancement admirable, ravissent l’Ame comme les ondes sonores d’une symphonie. La Justice surtout est une merveille, et cet Ange encore, debout au cété de la Vierge, les mains 4 demi effacées, croisées sur la poitrine; il n’a pas de téte, mais déja le maitre n’a plus besoin d'un visage pour exprimer ce qu'il veut. La pureté, la tendresse, la vénération, la timidité transparaissent dans ce corps mutilé au mouvement sinueux. .

La Fontegaia marque dans la carriére de Jacopo une période d’équilibre et de bonheur. I] |’avait commencée vers quarante ans dans la force de l'4ge; il était devenu maitre de lui; la voie qu il s était lui-méme ouverte était désormais claire et lumineuse; il sentait que ses gestes étaient libres, que sa pensée, sans entraves, coulait comme un beau fleuve, calme et puissant. La vie lui souriait, et c'est le sourire de sa vie qu'il nous a donné, le sourire d’un homme énergique et grave. A Bologne, la gravité l’emportera, et l’ceuvre sera plus grande encore et plus compléte, mais elle n’aura plus ce charme de jeunesse qui est la beauté propre de la « Gaie Fontaine ».

Les bas-reliefs du gradin de ]’autel Trenta & Lucques — deux bustes de vaintes, une petite Pieta, quatre scenes de la vie de vainte

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