‹ Jacopo Della QuerciaChapitre 17 sur 49 · CHAPITRE QUATRIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIEME

femme, et celle des Antelminelli ne sont pas parmi les créations les plus caractéristiques du maitre. Foulées aux pieds pendant des siécles, elles sont fort effacées. On devine toutefois de l’énergie virile dans l’effigie de Lorenzo Trenta. Celle de sa femme a un charme un peu ancien; elle fait penser A une épouse des temps passés, respectée et soumise, quia passé sa vie a élever des enfants et surveiller des suivantes; nous sommes bien loin de la jeunesse triomphante d’Ilaria. Les draperies, plus simples que celles de l'autel Trenta, ont aussi, cependant, des plis contournés et prétentieux’.

Avec la Fontegaia, nous retrouvons enfin une ceuvre de premiere valeur. Commandée en 1408, elle ne fut commencée qu’en 1412 et Jacopo mit sept ans 4 l’exécuter. On sait qu'il ne nous en reste que des fragments presque entierement ruinés, recueillis aujourd hui dans la loggia du Palais Public de Sienne. Mais on en connait exactement la disposition ancienne par des photographies et par la copie, d’ailleurs si déplorablement médiocre, qu’on mit, en 1868, a la place de l’original, au haut de la Piazza del Campo.

Une nappe d’eau rectangulaire était entourée de trois cétés, par de larges murailles revétues intérieurement de bas-reliefs de marbre, extérieurement par de simples motifs de décoration. Sur le mur du fond, dans des niches, se trouvaient, au centre, la Merge

1. Les deux pierres tombales des Trenta portent le millésime de 1416; a cette date, Lorenzo Trenta était encore vivant. L’une des pierres était destinée 4 Lorenzo et a ses descendants males, comme le dit l’inscription : Hoc est sepulcrum Laurentii quondam nobilis virt magistri Federigt Trenta de Lucha et suorum descendentium anno JICCCC 16. La seconde pierre, que l'on dit habituellement de la femme de Lorenzo, est consacrée, en vérité, a toutes les femmes de la famille Trenta et a la descendance féminine : Hoc est sepulcrum dominarum et desciendentium (sic) Laurentit quondam nobilis viri magistri Federigi Trenta de Lucha anno MCCCCXVI.

Ces deux pierres, placées a l’origine sur le sol méme de !'église, sont aujourd’bui fixées verticalement contre le mur d'une des chapelles de San Frediano de Lucques.

Pour la pierre tombale des Antelminelli, voir la note de la page 15.

et l’Enfant, flanqués de deux anges, avec, 4 gauche, les figures de la Prudence et de la Force, & droite, celles de la Charité et de la Justice. Sur le mur latéral de gauche, étaient sculptés la Création 0’ Adam, la Sagesse et ! Espérance; sur le mur de droite, |’ Expulsion du Paradts, la Foi et la Tempérance. Deux statues de femme, avec des enfants nus, surmontaient les pilastres terminant les murs latéraux; elles symbolisaient la Charité ou représentaient — car il y a deux traditions — Rhea Sylvia et Acca Laurentia, la mére de Romulus et Rémus, et la bergére qui les recueillit, fort en honneur 4 Sienne qui se vante d’origine romaine. La partie décorative est un melange assez curieux de motifs ornementaux de style gothique et Renaissance. L’eau était crachée par des louves et des mascarons élevés de fort peu au-dessus de la nappe.

Helas, dans quel état nous est parvenue cette ceuvre merveilleuse! L’humidité et le gel en ont rongé le marbre comme une lépre. De certaines figures, il ne reste que des morceaux informes; les autres sont mutilées, manquent de la téte, du torse ou d'un bras; celles qui sont le moins abimées ont perdu leur modelé superficiel, un millimétre de marbre pour le moins, qui s'est comme volatilisé sous l’action d’un acide. Les vestiges cependant gardent une incomparable beauté. Jacopo, 4 Bologne, exprimera des pensées plus hautes, mais il ne trouvera pas, pour les dire, une voix plus pleine, ni plus parfaite. ;

Acca Laurentia et Rhea Sylvia, les mieux conservées des sculptures de la Fontegaia, ne me semblent pas étre les meilleures. Leurs poses sont presque identiques; elles portent, toutes les deux, un enfant sur le bras gauche et en tiennent un autre de la main droite, debout devant elles. Les chairs manquent de morbidesse, mais il en faut peut-étre rechercher la cause dans le mauvais état de conservation du marbre. II y a aussi un peu de gaucherie dans les deux bras droits, un peu de raideur et de géne dans

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