‹ Jacopo Della QuerciaChapitre 22 sur 49 · CHAPITRE CINQUIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIEME

‘sleurs critiques en ont douté et je ne le crois pas pour ma part. I] me semble évident que les deux putti des corbeaux et les bustes de prophetes des pieds-droits, sauf peut-étre deux ou trois, appartiennent ases aides; on y retrouve, en vérité, le style de Jacopo, son mouvement, sa maniére de draper, jusqu’a ses formes caractéristiques et a son expression; mais tout cela est amolli, diminué, -médiocre. On se souvient qu'il avait demandé aux fabriciens de pouvoir tenir avec lui plusieurs « maitres »; c’est de l’un d’eux que seront ces bustes, pour lesquels Jacopo aura donné une maquette ou peut-étre méme de simples indications.

Je ne pense pas non plus que les bas-reliefs du linteau soient enti¢érement de la main de Jacopo; ils sont fort inférieurs 4 ceux des piliers; la facture en est lourde et molle, parfois rudimentaire, souvent franchement mauvaise. Nous verrons tout 4 l’heure, quand nous pourrons enfin aborder |’étude des marbres merveilleux des piliers, la vie intense que sut y infuser le grand maitre siennois. Rien de semblable dans les scénes du linteau, ni pour la vie physique des personnages, si je puis m exprimer ainsi, ni pour leur vie morale; l’expression est faible et sans évidence; les poses sont gauches, maladroites et contournées. Les bas-reliefs devant étre placés trés haut, ilest possible que Jacopo se soit contenté d’en fournir des esquisses, en en confiant l’exécution 4 quelqu’un de ses aides, tout en intervenant lui-méme pour certaines parties : il en est d’admirables ot l’on sent bien la marque du maitre. I] faut reconnaitre cependant que la composition n’est pas toujours heureuse; elle est parfois surchargée et confuse; les plans se mélent assez désagréablement; et la faute n’en peut étre portée que par Jacopo, car il est évident que la conception n’appartient qu’a lui seul.

Parce que les bas-reliefs des linteaux sont moins significatifs et moins beaux que ceux des pieds-droits, il n’en faudrait pas conclure quils sont mauvais ou médiocres. Ils visent au récit pittoresque

-plus qu’al’expression et comportent généralement un grand nombre de personnages. Les thémes sont traités d’une fagon traditionnelle et l’on pourrait citer pour la Nativité par exemple des modeéles connus. Mais quelle majesté dans la Vierge étendue sur unlit bas! Quelle vie et quelle grace dans !’Enfant Jésus! Si des maladresses peuvent étre relevées dans d'autres figures, dans le beeuf et |’Ane de la créche, elles ne doivent point empécher de godter d’aussi merveilleux morceaux. Lourdeur aussi dans |’ Adoration des Mages et exécution imparfaite : on voit encore dans les chevelures la trace des trous faits au vilebrequin. Mélange de beauté et de gaucherie dans la Présentation au temple ou 1 Enfant est détestable, tandis que la Vierge et le prétre sont d’une émouvante noblesse. Le Haveacre des Innocents est de beaucoup le moins bon de ces bas-reliefs; il manque d’expression et de vie; il ne retient pas l’attention et l’on s’étonne que Jacopo ait si peu su tirer parti d'une scéne dont la passion convenait pourtant a son caractére. La Fuite en Egypte n'a guére plus d'intérét et le mouvement de la marche chez saint Joseph est assez mal rendu. Mais jusqu’a quel degré Jacopo est-il responsable de ces erreurs? Surce point encore, on a pu le trahir. Ce sont la des questions qu'il est impossible d’élucider avec quelque sireté. Elles présentent d’ailleurs un intérét assez secondaire, puisque, aussi bien, la pensée de Jacopo apparait avec une.si lumineuse clarté dans les bas-reliefs des piliers qui sont entiérement de sa main.

Les ceuvres de Jacopo que nous avons étudiées jusqu’ici nous ont permis de définir quelques-unes de ses idées d'art; elles nous ont révelé un caractére puissant, énergique, ardent, un peu sombre, sans que manque cependant cette grace voluptueuse dont un Italien de la Renaissance ne peut étre dépourvu. Mais des figures isolées en ronde-bosse ou en bas-relief ne lui avaient pas offert l’occasion

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