CHAPITRE SIXIEME
réalisme puissant de Donatello, c'est au maitre siennois qu’on donne la victoire dans cette sorte de joute entreprise pour les fonts de San Giovanni, entre les trois grands sculpteurs.
Pour terminer l’examen des ceuvres de Jacopo della Quercia, il nous faut retourner 4 Bologne. Les morceaux qu'il y laissa en dehors de la porte, sont.d’un intérét beaucoup moindre. Au Musée Civique se trouvent une Vativité de marbre, en bas-relief, de petite dimension, de faire assez mou, sans doute un travail d’atelier, et deux bas-reliefs de marbre blanc représentant la Vierge et l’Enfant et vaint Georges, surmontés, le premier de trois anges enlacés, le second d'une sainte, disposés dans des sortes de gables. Ces deux piéces devaient faire partie d’un groupe qui ne fut probablement pas terminé et qui aurait constitué un triptyque ou un polyptyque dans le genre de |’autel Trenta 4 Lucques. La facture, sans étre aussi nerveuse que celle de San Petronio, est cependant fort belle.
Le tombeau 0’ Antonio Galeazzo Bentivoglio, dans \église de San Giacomo Maggiore, a Bologne, fut, nous l’avons dit, commandé par la famille des Varii, de Ferrare, puis racheté par les Bentivoglio. Laissé inachevé par Jacopo, il fut terminé par un artiste inconnu, fort médiocre. C’est un tombeau de professeur, comme il en existe plusieurs 4 Bologne; le sarcophage, adossé 4 une muraille, est porté par deux consoles; la statue du mort est placée dessus, couchée sur un plan incliné que surmonte une corniche ou sont disposées trois statuettes; quatre autres statuettes sont aux angles du sarcophage, sur le devant duquel un vaste basrelief montre, au centre, le professeur en chaire, et, 4 droite et a gauche, des éléves qui l’écoutent, assis a leur banc.
Le bas-relief de gauche, représentant les éléves, fut ébauché par Jacopo, dont on retrouve la main dans certains détails, et
terminé par le continuateur dans un esprit de réalisme puéril et mesquin; trois des statuettes, un vaint Paul et deux Vertus, du méme artiste sans doute, sont franchement mauvaises. Les autres morceaux au contraire, sont indubitablement du maitre siennois, sans aucune retouche étrangére : le professeur en chaire, les éléves de droite, la statue gisante, les statuettes de la Vierge et de saint Pierre sur la corniche, les deux statuettes des Vertus, placées 4 droite du sarcophage. Ses formes habituelles, sa facture, son style, son expression s'y révélent. Le tombeau d’Antonio Galeazzo Bentivoglio, cependant, ne compte point parmi ses créations les plus significatives.
Aprés cette revue rapide des ceuvres mineures de Jacopo della Quercia, parlons enfin d’une belle statue représentant la Vterge et l’Enfant, en bois peint et doré, conservée au Musée du Louvre. M. Venturi en discute l’attribution, mais ses arguments ne me semblent point probants'. En plus d’habitudes stylistiques qu'on retrouve constamment chez Jacopo, la Vierge du Louvre révele esprit méme et la main du maitre. Cette gravité de l’expression,
1. M. Venturi (Storia dell’ Arte italiana, t. V1) indique pour Jacopo un certain nombre de formes caractéristiques qu'il ne retrouve pas dans la Vierge du Louvre. Mais ces formes caractéristiques telles qu'il les indique (téte ronde, cheveux sortant par méches sous le voile, draperie aux plis sinueux, etc.) me paraissent choisies arbitrairement. Ilaria del Carretto, par exemple, a les mémes cheveux a bandeau ondulé que la Vierge du Louvre; les figures de Vautel Trenta, Rhea Sylvia, Acca Laurentia, n'ont pas la téte ronde; la draperie n'a pas toujours la sinuosité de celle de la Vierge de San Petronio et de l’autel Trenta. Par contre, les rapprochements sont nombreux a faire entre la Vierge du Louvre et les ceuvres indiscutées de Jacopo; le parti pris de la draperie, toutes réserves faites pour les distinctions A établir entre une ceuvre de jeunesse et une ceuvre de ]’4ge mir, est identique dans la Vierge de Ferrare et celle du Louvre; les plis sont arrondis ou cassés d'une maniére analogue dans tous les travaux du maitre; la main aux doigts longs, a bouts carrés, aux articulations marquées, est semblable dans les Vierges du Louvre et de San Petronio; on pourrait multiplier l'énumération de ces détails de facture communs a la Vierge du Louvre et aux travaux certains du maitre. Enfin la facture elle-méme et son accent particulier, le tour de main, l’expression sont des éléments de jugement tout aussi convaincants; s'ils ne relévent pas de la critique scientifique, ils comptent cependant pour la critique artistique qui a aussi son importance.