‹ Jacopo Della QuerciaChapitre 28 sur 49 · CHAPITRE SIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIEME

pour les yeux. Les draperies sont d’un mouvement admirable et l'artiste a mis dans ces figurines tant de hauteur de pensée, tant de puissance d’expression qu’elles en prennent une grandeur émouvante. Les Prophetes de Sienne méditent ou se préparent a l’action; il semble que I’un d’eux va s’élancer; en tous, on devine l’ardeur et une énergie passionnée. En restant strictement vrai dans les formes, Jacopo donne cependant l’impression d’une humanité superieure par le génie et par la force.

Le bas-relief de la vasque représente Zacharie chavsé du temple. Le fond est constitué par une série de portiques. Zacharie, placé devant l’autel, se retire terrifié devant l’ange qui le regarde dans’ les yeux; quelques hommes les contemplent avec un intérét mélé d'effroi.

A la date ot ce bronze fut exécuté, entre 1428 et 1430, Ghiberti avait terminé la seconde porte du Baptistére de Florence et travaillait 4 la troisitme; d’autre part, il avait livré 4 Sienne méme, en 1427, les deux scénes qu’on lui avait commandées pour les fonts. La conception nouvelle du bas-relief traité comme un tableau sculpté était donc établie et il est indubitable que Jacopo la connaissait. On sait avec quelle habileté Ghiberti résolut toutes les difficultés qu’elle comportait : composition, groupement, jeu de la perspective, profondeur, passage progressif de la rondebosse au vchiacciato, il déploya toute sa virtuosité 4 vaincre ces problémes techniques et l’on peut dire qu'il possédait a fond toutes les ruses du métier. La troisiéme porte surtout témoigne d'une ingéniosité sans pareille. Mais déja, dans les deux bas-reliefs de Sienne, Ghiberti avait fixé son but et ses moyens.

Jacopo céda lui aussi au goit du temps et il placa les figures de son Zacharie dans un décor architectonique. Décor succinct d’ailleurs, beaucoup moins poussé que chez Ghiberti, ce qui ne l'empéche point d’atteindre 4 beaucoup de grandeur. Les plans

successifs sont indiqués par le bas-relief et le vchiacciato, sans recourir a la ronde-bosse. On peut relever quelques maladresses dans la perspective, les raccourcis et les poses. Dans ce genre spécial, qu'il n’avait point encore abordé, Jacopo n'est pas entiérement maitre de soi. Avant de lui en faire grief, il ne faut pas oublier que l’Italie créait alors un nouvel art réaliste, dont elle ne découvrait que peu 4 peu les formules. Les plus grands maitres du Quattrocento ne sont pas exempts d’erreurs, mais elles sont imputables a leur époque plus qu’a eux-mémes.

Si Ghiberti dépasse Jacopo pour la facture, il lui est bien inférieur pour l’expression. Chez le sculpteur florentin, la signification profonde du sujet traité, les sentiments, les idées qu'il peut éveiller, passent au second rang. I] lui suffit de modeler des scénes légéres, élégantes, gracieuses, animées, sans jamais se soucier de traduire la vie intérieure.

Les préoccupations de Jacopo della Quercia sont différentes et, disons-le, bien plus élevées. Nous l’avons comparé a Ghiberti. Rapprochons-le maintenant de Donatello, son collaborateur pour les fonts de San Giovanni. L’un et l'autre ont voulu exprimer une émotion violente et ils ont pleinement réussi. Mais les moyens ne sont pas les mémes. Donatello, dans le Banguet 0’ Hérode, individualise les expressions; il cherche 4 rendre l’effet que produit l’effroi sur des étres divers, particularisés par leur Age, leur sexe, leur caractére. Jacopo, au contraire, selon son habitude, se sert de types généraux, cette race d’hommes ardents et un peu farouches que nous avons vus sculptés sur les piliers de San Petronio et que nous avons retrouvés dans les prophétes des fonts. Ils sont tous en proie a une terreur mystique qui bouleverse les Ames et étreint les corps. Il y a, dans ces petites figurines, tant de grandeur et de force, tant de gravité, une action dramatique si intense, qu’en dépit de quelques gaucheries, malgré les graces de Ghiberti et le

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