CHAPITRE DEUXIEME
reliefs que Jacopo avait promis de modeler. De l’achévement de la Fontegaia jusqu’en 1425, on sait en somme peu de chose de l'activité de Jacopo. Il vécut strement un peu de temps a Lucques. En 1425, en effet, il exécutait une pierre tombale pour les Antelminelli, toute semblable a celle de Lorenzo Trenta, mais aujourd’hui presque enti¢rement effacée, qui se trouve dans la sacristie du Déme’. C’est tout ce qu’on peut dire de positif sur ces quelques années de sa vie. A quoi les employa-t-il? Mystere! II est peu probable qu'il ait négligé les travaux importants qui lui étaient confiés, qui devaient lui rapporter gloire et argent, pour des piéces secondaires dont la mémoire se serait perdue. Etait-il au service de
la maquette du bas-relief de Jacopo était terminée en 1419. Ce raisonnement parait erroné. Si les deux tiers du travail avaient été exécutés, il n'y aurait pas eu de motif pour cette restitution d'argent en 1425. Et si la maquette était préte en 1419, pourquoi onze ans d’attente pour la fonte?
Le style du bas-relief enfin révéle manifestement qu'il s’agit d’une ceuvre de la derniere période du maitre, contemporaine de la porte de San Petronio, dont elle a toute la passion et la rude énergie. Le bas-relief fut payé en juillet et aodt 1430; c'est en 1430, peut-on croire, qu'il fut exécuté en totalité.
1. Elle se trouve exactement dans la chapelle Garbesi et porte l'inscription suivante : Hoc est sepulcrum clarissime 7 nobiliss. 7 vetusliss. Domus Parghie de Antelminellis de Iuca. Anno dni MCCCCXXITI, L'attribution a Jacopo della Quercia n’a été jusqu’a présent, que je sache, proposée dans aucune étude consacrée au maitre siennois; elle parait évidente si l'on compare cette pierre tombale a celle de Lorenzo Trenta; on y retrouve, autant que son état de vétusté permet d’en juger, la méme technique, les mémes motifs de décoration, les mémes partis pris dans les formes et les draperies. D’autre part, le séjour de Jacopo a Lucques en 1423 est fort admissible; nous savons de source certaine qu'il sy trouvait l’année précédente et nous n’avons aucune autre notice précise sur lui avant son contrat de Bologne de 1425 (les cinquante livres et un sou portés a son compte en 1423 par l’ceuvre du Déme a Sienne, pour les fonts de San Giovanni, furent payés non pas a lui-méme, mais 4 Donatello et sans doute pour le bas-relief que le sculpteur florentin exécuta en ses lieu et place).
M. le D' E. Lazzareschi, des Archives de Etat & Lucques, a bien voulu me communiquer le renseignement suivant: Bartolomeo Baroni, dans sa Raccolta universale delle tscriziont sepolcrali... esistenti nelle Chiese e altri luoghi della citta 0: Lucca fino al presente anno ALDCCLX (ms. n° 1044 de la Bibliotheque de Lucques) fait suivre la copie de l’inscription ci-dessus de cette note: Da un libro antico del vescovado oi trovano queste tscriziont che avevano gli Antelminelli sopra é loro anlichi Aepositi nel chiostro con le loro armi da per tulto. La pierre tombale aura sans doute passé du cloitre dans la\chapelle Garbesi, lors de la fondation de la chapelle, vers les
premiéres années du xvm’® siécle.
quelque grande famille, occupé a satisfaire des caprices seigneuriaux? On ne constate pas sans étonnement qu'un homme daussi haute valeur ait si peu produit. A la méme époque, Ghiberti mettait vingt et un ans pour exécuter avec des aides une porte de bronze. Cela signifie sans doute que la vie offrait alors aux artistes des plaisirs auxquels ils ne savaient pas résister. Cependant, durant ces mémes années, Donatello sculptait statues apres statues et créait une suite ininterrompue de chefs-d’ceuvre!
Le 28 mars 1425, Louis, évéque d’Arles, légat du pape a Bologne, passait un contrat avec Jacopo — I’artiste avait alors environ cinquante-trois ans — pour la décoration de la porte principale de San Petronio. Le prix fixé était de trois mille six cents florins. Jacopo s’engageait a terminer ce travail considérable en deux ans, A partir du:moment ot les marbres nécessaires seraient arrivés 4 Bologne. I] mourut quatorze ans plus tard sans avoir achevé sa tAche.
Tous les critiques qui se sont occupés de Jacopo della Quercia, répétant un mot de Perkins, ont parlé de la « tragédie de la porte ». Il eut des ennuis de toute espéce dont il s’attira lui-cméme, en vérité, une bonne part. II lui était matériellement impossible de terminer cette entreprise énorme dans la limite de temps qu'il avait acceptée; il ne s'y voua cependant point tout entier. I] avait un engagement antérieur pour les fonts de San Giovanni et il ne refusa des charges nouvelles ni a Sienne ni a Bologne. Ses retards mécontentaient tout le monde. A cela s’ajoutaient des difficultés avec la fabrique de San Petronio qui, semble-t-il, payait mal et irrégulierement. Mais est-ce bien 14 une tragédie? Les documents conservés nous racontent les tribulations de Jacopo. Cela veut-il dire que son existence fut une suite de souffrances? C’est toujours la méme erreur de la critique historique; elle manque trop souvent d’imagination et de souplesse; elle ne veut faire état que des vieilles