CHAPITRE DEUXIEME
chartes et ne comprend point que la vie d’un artiste ne tient pas uniquement dans les contrats qu'il a passés et les correspondances officielles qu'il a échangées. Les démélés que Jacopo eut avec les fabriciens du Déme de Sienne et de San Petronio n’empéchérent point quiil fit alors de beaux voyages et qu'il fut comblé d’honneurs. Et si la joie qu'il prit 4 réaliser une grande ceuvre n’a pas été consignée par les scribes du temps, on peut étre assuré, toutefois, qu'elle le paya de bien des peines.
Examinons rapidement ce que nous savons de Jacopo pendant la période qui va de la commande de San Petronio a sa mort.
La commande, nous l’avons vu, est du 28 mars 1425. Jacopo s installe aussitét 4 Bologne. I] a avec lui un petit groupe de sculpteurs et d’ouvriers, dont le Siennois Cino di Bartolo qui parait avoir été son aide principal. I] réunit les marbres nécessaires. Dans ce but, dés octobre, il va a Milan. L’année suivante, il se rend a Venise, 2 Vérone pour les marbres rouges, a Ferrare. I] retourne dans ces trois villes en 1427; A Venise, il choisit des pierres d’Istrie. En septembre 1426, on plagait déja les marbres de la base, et, en juillet 1428, les pilastres, avec les bustes de prophétes, étaient commencés.
Cependant, a4 Sienne, on simpatientait de son absence. En février 1428, on l’avait fait avertir qu’il aurait a revenir prochainement. En juillet, on le réclame avec plus d’insistance; en aoit, on le menace d'une amende de cent florins s'il n'est pas rentré dans les huit jours; en septembre, le Consistoire décide que, lorsqu’il sera de nouveau a Sienne, on lui interdira d’en sortir! Les républiques italiennes d’alors avaient, avec les artistes, des maniéres un peu rudes. Mais il faut reconnaitre que les artistes eux-mémes en prenaient a leur aise. Tandis qu’a Sienne on édictait ces mesures, les fabriciens de San Petronio s’occupaient a faire annuler
le permis que Jacopo avait difficilement obtenu pour pouvoir
quitter Bologne. Rien de particulier dans ces mésaventures qui sont conformes aux mceurs de |'époque.
Jacopo arriva 4 Sienne vers octobre 1428. Ghiberti, Donatello, Turino di Sano avaient livré depuis un an les bas-reliefs des fonts qui leur avaient été commandés; un peintre, Sassetta, avait fait un dessin de l’ensemble. Jacopo était donc en retard, selon son habitude. En plus des bas-reliefs de bronze et de marbre qu'il devait sculpter, il avait la direction générale de ]’ceuvre'; deux marbriers exécutaient sous ses ordres la partie architectonique, dont il dut surtout s occuper durant le bref séjour qu'il fit alors a Sienne.
En mai 1429, il était de retour 4 Bologne. Il avait profité de son absence pour exiger des fabriciens de San Petronio des conditions de travail plus favorables; il voulait avoir la possibilité de tenir avec lui six ou sept maitres: « Je ne veux pas, écrivait-il, dépenser et consumer |a-bas mes jours dans la misére, parce qu’en tout lieu on peut trouver le moyen de vivre misérablement. » Et en octobre, il passe une nouvelle convention. En décembre, il est & Venise pour acheter des pierres d Istrie.
L’année suivante, en juillet 1430, nous retrouvons Jacopo a Sienne. Il a enfin terminé les fonts de San Giovanni; on lui paie sept cent cinquante-six livres son bas-relief de bronze et quatorze cents ses autres travaux.
Il retourna 4 Bologne, fit de constants voyages a Venise, Verone et Ferrare. De 1430 4 1434, son nom apparait fréquemment dans les registres de San Petronio, sans qu'on puisse déterminer exactement le point ot en était sa grande ceuvre. Dés 1434, il partage sa vie entre Bologne et Sienne, plus encore qu'il ne ]’avait fait précédemment. Sa réputation est bien établie; on le tient pour un des meilleurs sculpteurs du temps. En 1454, il accepte la com-
1. Un document du 23 mars 1428 le prouve, comme le fait justement observer M. Lusini, ODMCLEA ED mOO