SCÈNE III
LES PRÉcÉDENs, LE COMTE DE CROY, LE CAPITAINE, L'HOTELIER •.
LE COMTE « Ihôlelier.
Surtout, maître, que votre déjeuner soit mieux ordonné que le souper d'hier... Logez ceci dans votre crâne de marmiton : c'est qu'un gentilhomme est friand d'épices, et s'accommode volontiers d'un plat de chevreau à la chardonnette.
LE CAPITAINE
C'est parler comme il faut.
C'est votre avis, capitaine? — Vous mettrez un couvert de plus. — Messire, je vous convie à l'assiette. —
S'avançant eti scène.
Vive Dieu! pour des piquiers, vous autres, vous dormez comme des cardinaux ! Il fait jour depuis deux heures et je viens de me réveiller : si vous aviez été sur pied avant moi, votre joyeuse vie m'eût certainement fait lever plus tôt.
JEAN NULLE
Nous avons devisé sérieusement avec ce jeune écuyer.
LE CAPITAINE
Quel est ce jeune écuyer ?
JEAN NULLE
Il n'a ni armoiries ni chapelet, et il nous a caché sou nom.
SIMONET
Il a baissé sa visière.
• L'Élraiiger , le Capitaine , le comte de Croy , Simonel , Jean Nolle.
LE COMTE
Capitaine , laissez-moi lai parler. — Messire écuyer , gentilhomme ou fils de bourgeois, étes-vous convoqué pour les États de Cortenberg? sinon, je vous somme par les ordonnances de nous déclarer d'où vous venez et où vous allez. Si vous êtes porteur d'un sauf-conduit , montrez-le.
L'ÉTRANGER ; il tient sa visière fermée.
Je réponds, non parce que vous l'ordonnez, mais parce que cela me plaît de répondre. D'où je viens ? Mon cheval le dirait bien pour moi; il m'a conduit à sa guise, sans destination, et les guides sur le col. Où je vais? Comme vous, comme tous, où je ne suis pas sûr d'arriver, mais où je serai avant ce soir pourtant , si Dieu veut que j'y parvienne. Mon sauf-conduit ! —
Frappant sur sa ceinture^ puis relevant le bras.
Ma dague... et mon bon ange !
LE COMTE
Je connais deux sortes de gens à qui ce beau discours
pourrait convenir : les théologiens et les fiévreux. Car, par
mon patron ! c'est la plus folle rodomontade qui soit sortie
d'un cerveau fêlé.
LE CAPITAINE
Le fer pour le parchemin, jeune homme, cela ne se peut pas ; si nous acceptions l'un pour l'autre , nous verrions trop peu de saufs-conduits de chevaliers, et nous recevrions trop de parchemins de jeunes clercs quand il nous arriverait de les défier. Qui étes-vous ?
JEAN NULLE
C'est une espie, j'en suis sûr.
LE CAPITAINE
Qu'en sais-tu? approche.