‹ Jacqueline de Bavière; drame en cinq actesChapitre 10 sur 113 · ACTE I, SCENE IL 2â · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE IL 2â

SIMONET

Comment !

L'ÉTRANGER , d'une voix jjIus calme.

Tenez, croyez-moi, épargnons le vieux Floris de Borselle et ses fils.

SIMONET

Non pas ! dans la dernière guerre n'a-t-il pas été le plus intraitable de nos ennemis ? Et n'est-ce pas l'ame damnée de tous les médians projets du Bavarois ?

L'ÉTRANGER

Borselle !

// se lève. — Tous se lèvent .

SIMONET

Nous épargnerions Borselle ! non , par le diable !

JEAN NULLE

Le broc est à sa fin, il reste à peine un verre.

A moi celui-là ! verse lentement : c'est sérieux une malédiction de braves gens , cela doit porter malheur. — Jusqu'à la dernière écume! Je le viderai de même; et que chaque goutte tombant dans mon gosier soit une malédiction sur sa tête!

L'ÉTRANGER ; il s'avance, tenant une fiole à la main '. Il faut qu'il soit plein jusqu'au bord.

SIMONET, qui a continué de tendre son verre.

Qu'est cela ?

L'ÉTRANGER , après avoir versé.

C'est bien.

' Laurent , l'Étranger , Simonet , Jean Nolle, les Piquiers.

SIMONET

Comme cela fermente ! Quelle est cette liqueur ?

LÉTRANGER.

Un cordial composé d'ellébore, de ciguë et d'opium.

SmO^ET, je tant son verre.

Je n'ai plus soif !... Un poison à brûler du marbre !

JEAN NOLLE aux hommes d'armes qui sont passés à gauche.

Pardieu , voilà d'étranges façons !

SIMONET

Votre seigneurie a voulu se gaudir, sans doute : mais, quoique partant d'un gosier plus sec, mes paroles n'en seront pas moins entendues du ciel ou de l'enfer ; j'y mets de l'entêtement, et mes souhaits pour la damnation du vieux pécheur...

L'ÉTRANGER , une main sur sa dague et saisissant le bras de Simonet.

Non ! pas un mot! — Un mot de plus ! et ma lame tirera de tes veines de quoi désaltérer tous les démons de l'enfer ! !

Il lâche rudement le bras de Simonet et va prendre son heaume dont il se couvre.

SIMONET, après avoir regardé l'Etranger avec étonnement , se recule vers la gauche et s'entoure de ses compagiions .

Voilà un compère dont la tête n'est pas bien saine , ou dont la conscience n'est pas bien nette.

JEAN NOLLE.

Serait-ce un partisan du Bavarois?... Il faut l'empêcher de s'éloigner.

SIMONET

Justement, voici le capitaine avec monseigneur de Croy.

Page 1