ACTE I, SCENE IL 2â
SIMONET
Comment !
L'ÉTRANGER , d'une voix jjIus calme.
Tenez, croyez-moi, épargnons le vieux Floris de Borselle et ses fils.
SIMONET
Non pas ! dans la dernière guerre n'a-t-il pas été le plus intraitable de nos ennemis ? Et n'est-ce pas l'ame damnée de tous les médians projets du Bavarois ?
L'ÉTRANGER
Borselle !
// se lève. — Tous se lèvent .
SIMONET
Nous épargnerions Borselle ! non , par le diable !
JEAN NULLE
Le broc est à sa fin, il reste à peine un verre.
A moi celui-là ! verse lentement : c'est sérieux une malédiction de braves gens , cela doit porter malheur. — Jusqu'à la dernière écume! Je le viderai de même; et que chaque goutte tombant dans mon gosier soit une malédiction sur sa tête!
L'ÉTRANGER ; il s'avance, tenant une fiole à la main '. Il faut qu'il soit plein jusqu'au bord.
SIMONET, qui a continué de tendre son verre.
Qu'est cela ?
L'ÉTRANGER , après avoir versé.
C'est bien.
' Laurent , l'Étranger , Simonet , Jean Nolle, les Piquiers.
SIMONET
Comme cela fermente ! Quelle est cette liqueur ?
LÉTRANGER.
Un cordial composé d'ellébore, de ciguë et d'opium.
SmO^ET, je tant son verre.
Je n'ai plus soif !... Un poison à brûler du marbre !
JEAN NOLLE aux hommes d'armes qui sont passés à gauche.
Pardieu , voilà d'étranges façons !
SIMONET
Votre seigneurie a voulu se gaudir, sans doute : mais, quoique partant d'un gosier plus sec, mes paroles n'en seront pas moins entendues du ciel ou de l'enfer ; j'y mets de l'entêtement, et mes souhaits pour la damnation du vieux pécheur...
L'ÉTRANGER , une main sur sa dague et saisissant le bras de Simonet.
Non ! pas un mot! — Un mot de plus ! et ma lame tirera de tes veines de quoi désaltérer tous les démons de l'enfer ! !
Il lâche rudement le bras de Simonet et va prendre son heaume dont il se couvre.
SIMONET, après avoir regardé l'Etranger avec étonnement , se recule vers la gauche et s'entoure de ses compagiions .
Voilà un compère dont la tête n'est pas bien saine , ou dont la conscience n'est pas bien nette.
JEAN NOLLE.
Serait-ce un partisan du Bavarois?... Il faut l'empêcher de s'éloigner.
SIMONET
Justement, voici le capitaine avec monseigneur de Croy.