ACTE IV, TABLEAU I, SCENE
BORSELLE , assis.
Pendant que Jacqueline luttait en Zélande contre ses oppresseurs, nous étions enchaînés ici par sa volonté. Maintenant la lutte est finie, le terme expiré , et Jacqueline vaincue! Mais, depuis un mois, trois grands événemens se sont accomplis : le Bavarois , le persécuteur de Jacqueline , est mort ! Le duc Jean , l'époux de Jacqueline... mort ! Et Philippe de Bourgogne, usurpateur des domaines de Jacqueline , règne sur nous. — Le ciel a fait justice des deux premiers, nous ferons justice du troisième!! — Chacun de vous est-il assuré de ses hommes ?
PELOU.
Les bouchers se sont mis franchement du complot : ils sont prêts à tout événement.
JEAN NOLLE.
J'ai toute une compagnie d'archers dont les flèches s'aiguisent en ce moment.
SIMONET
Les nations de Saint-Laurent et de Saint-Christophe sont pour nous. Il y a quelques jours , le duc de Bourgogne a fait grâce à l'un de ses officiers, malgré la condamnation du magistrat... Celte violation de nos privilèges a irrité la bourgeoisie. — Portons le grand coup , et nous verrons des Compagnons sortir de terre !
LAURENT
J'ai deux frères à venger! — Montrez-moi un Flamand ou un Bourguignon , et puissé-je arriver au ciel aussi sûrement que ma lame ira à son cœur ! BORSELLE.
Eh bien ! si l'ordre d'agir était donné , seriez-vous
prêts ?
PELOU , SIMOiNET, et plusieurs autres.
Nous le sommes tous !
BORSELLE.
Alors... avertissez vos compagnons.
PELOU.
Que leur dirons-nous?
BORSELLE , se /avant et d'une roix grave.
Qu'il faut que tous les bras se lèvent , et que toutes les épées sortent du fourreau !
PELOU.
Et les bras quand se lèveront-ils ? les épées quand frapperont-elles ?
BORSELLE , avec feu.
Cette nuit !
Tous se lèvent et se réunissent autour de Borselle.
Approchez tous !... Jacqueline est ici ! sa présence est le signal que nous attendions !
SIMONET, PELOU.
A la bonne heure ! !
BORSELLE.
Tout nous favorise!... Ecoutez ! — Cette nuit est l'anniversaire de celle où le père de Philippe de Bourgogne fut assassiné au pont de Montereau. Le duc, qui jusqu'à ce jour a négligé le soin de venger son père, a ordonné des prières expiatoires. Dans l'un des souterrains de l'abbaye de Saint- Jacques , un mausolée a été élevé par son ordre. C'est là qu'à minuit son chapelain doit dire l'office des morts. L'annonce en a été faite ; le duc de Bourgogne et ses conseillers y assisteront.