‹ Jacques 2. drame historique en quatre actes et en proseChapitre 11 sur 51 · SCENE X · texte numérisé non relu

SCENE X

Le ROI , Le DUC D’YORK.

LE DUC, se jette aux. pieds du roi en pleurant. Charles! Charles... j’ai le cœur déchiré.

LE roi. James, tu n’e* pas né avec un cœur mauvais, je le sais, mais ton papisme gâtera tout... oh ! écoute-moi et ne m’interromps pas... lesmomens nous sont comptés... vois ce cadran... il n’a plus pour moi que des minutes. Aux portes du néant , mon frère, on n’a plus d’illusions, l'amc s’élève trop.... je vaux mieux à cette dernière heure que pendant tonte ma vie.

Que dira-t-on de Charles II? qu’il a régné long-leins, voilà tout. Que dira-t-on de Jacques II? cela vous regarde, duc d’York.

Moi , Jacques j'moi, j’éprouve des regrets, des remords , les remords d’un roi sont un supplice... oui , un cruel supplice. On ne dira pas de moi : c’était un tyran ; mais on peut dire : il a rempli sottement ses devoirs de citoyen. ( Pleurant. ) Ah ! c’est un grand poids que j’ai là.

LE duc , très-ému. Mon frère , mon roi...

non , vous n’ètcs pas si près que vous le croyez de la fin de votre carrière ! vivez , vivez pour nous.

LE roi , sans Véconter. Suivez donc ici les conseils que je vous donne comme ami, comme frère et encore comme roi. Estimez plus la nation que je ne l’ai fait , craignez plutôt les grands que le peuple. Le peuple est turbulent , léger , mais il n’est point ingrat ; les grands , les gens en place n’aiment que les places et la grandeur. Respectez toutes les croyances , je gémis de la votre, elle vous perdra. Ne touchez 11* au covcnant , ni à la grande charte , c’est là votre couronne , ne l’oubliez jamais. Méfiez-vous de ceux qui vous entourent aujourd'hui... Méfiez-vous surfont du roi de France : Louis XIV est un serpent d’or, il vous enlacera comme moi , il vous prendra avec des chapelets. Il vous donnera de l'argent^ront me àjmoi, et l'intérêt de cet argent vous le paierez comme moi , en humiliations, en esclavage, et aux dépens de notre gloire nationale. Voilà tout ce que j’avais à vous dire, mon frère , parlez-moi maintenant de momcrics et de confessions...

Que dirais-je de plus à un prêtre?...

leduc. Oui, Charles, je te crois, tu parles arec persuasion , mais hélas ! qui

ISCQUEi II.

me dira que tu ne t’abuses point avec bonne foi ? l'erreur n’a-t-elle pas eu ses martyrs ?...

LE ROI. Oui , on a fait un dieu de Bélial et un saint deCromwel. Oh ! entêtement , fanatisme , orgueil des hommes !

j’en verrais ici vingt de schisme différent, qui soutiendraient tous que leur erreur seule est la vérité, que leur folie. seule est la sagesse... Jacques, il faut donc que je t’ouvre mon aine tout entière ? Eh bien!., quand j’eus passé l’àge frivole , quand mes passions se furent éteintes , j’ai cherché à me convaincre , vos théologiens ne m’ont rien appris,... je ne crois qu’en Dieu...

LE DUC , hors de lui. Déiste ! déiste ! le malheureux!... il mourrait ainsi ! Mon.

(Se jetant aux genoux du roi. ) Charles , mon frère bien-aimé, je vous en conjure , par pitié pour vous , pour ce peuple abusé, i nouiez chrétien! confessez-vous, ne me laissez pas un sceptre infernal.

(Il teste comme anéanti , tenant les genou* ilu roi embrasses ; Charles éprouve une contraction violente, il se lève comme par un mouvement convulsif cl reste tlcbnut un instant.)

LE ROI. PapUte!... que je meure papiste!.. Je meurs empoisonné!!...

LE Die. Ciel!...

LEROI, retombant dans son fauteuil. Par

eux par euxqui veulent que tu règnes,

et qui te tueront aussi... Ah! mavues’ob- •curcit.... mon cœur cesse de battre...

LE DEC. Mon frère !...

LE ROI , faisant un dernier effort. Ou va t’appeler sire... tu vas régner... llegarde cette croisée plus basse que les autres et qui joint le sol ... c’est là que notre père est passé , pour monter A l'échafaud....

(11 tombe incline sur son fauteuil et reste sans mouvement-)

LE Dl'C. Ah !... ( Après un court silence , se rapprochant du roi. ) Charles! il est sans mouvement ! Dieu! ( Courant vers la porte.) Au secours ! au secours ! venez !

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