‹ Jacques 2. drame historique en quatre actes et en proseChapitre 18 sur 51 · LA REINE , MISS LUCIE · texte numérisé non relu

LA REINE , MISS LUCIE

(Elle est en grand deuil, et vient se mettre aux genoux de la reine.)

miss LUCIE. Madame , j'ai vainement sollicité une entrevue du roi... je n’ai plus d’espoir qu’en vous. Ab ! par cet époux que vous aimez , par tout ce qui vous est cher au monde, rendez-moi mon (ils, faites que son exil cesse et je croirai vous devoir la vie.

IA reine. Miss, je ne me crois pas assez

de pouvoir pour être utile à votre fils, le roi est trop justement irrité contre lui , et je dois approuver sa sévérité.

(LU*? faii signe à miss I.urie de se relever.)

miss llcie. Hélas! votre majesté n’estelle donc pas jalouse des prérogatives de notre sexe ? et ne profilerez- vous de votre ascendant sur le roi que pour lui conseiller des rigueurs ?

LA reine , avec dépit. Des rigueurs... je vous trouve bien osée , en ma présence.

Appelez-vous rigueur mou zèlepour la vraie foi ? oui, ie poursuivrai toujours vos maudits puritains , vos damnés covenantaircs , ce sont les ennemis de Dieu , et quand je demande qu’on les punisse , et qu’on les mette eu prison ou au pilori , ce n’est pas de la rigueur, madame, c’est de la piété.

MISS LUCIE. JDe la piété !... ( Pénétrée. ) Ali! madame, je vous plains.

Li reine. Terminons , miss Lucie Waller.

Miss LUCIE. Pardon, madame, j’avais oublié nies afflictions personnelles ; en pleurant sur mon (ils, je me suis permis de pleurer aussi sut* le sort de mes frères malheureux , persécutés ; peut-être est-ce manquer de respecté votre grâce... Hélas!

ce Ms que je vous redemandais pour consoler mes derniers jours , pour me fermer les yeux , il est infidèle aussi , je ne dois plus rieu espérer , je me retire.

IA reine. Votre Monmouih n’a-t-il pas été ingrat envers le roi ? il lui offrait le gouvernement de l’Irlande...

Miss LUCIE. A la condition d’abjurer sa croyance ; il a dû refuser, il a préféré l’exil.

L \ REINE. Eh bien! qu’il v reste donc !

point de pitié pour les ennemis delà foi.

Miss LUCIE. Ab ! madame, vous n’étes pas mère!

LA REINE, d'abord frappée et légèrement émue, par cette réflexion. Non , mon Dieu !

et c’est ma plus grande peine ah ! cela

serait une belle victoire pour nos ennemis.

Si je ne donnais pas un héritier au trône, la princesse d’Orange régnerait avec son huguenot de Guillaume. ( Iirdevenant de plus en plus aigre. ) Mais il n’en sera pas ainsi, les prières des saints seront exaucées, nous avons dis messes à la Vierge à Home, à Paris cl à Madrid ; signor Ferdinando va bénir lui-même noire chapelle de la Nativité ; nous aurons un prince de Galles , qui sera baptisé catholique , apostolique et romain , selon le traité avec le duc de Modènc, mon père. Le duc de Modène ne souffrirait pas qu’on lui donnât des petitsenfans hérétiques; non, madame, il ne le souffrirait pas.

LE MAGASIN THÉÂTRAL

Miss LUCIE. Hélas! je joindrais de grand cœur mes prières aux vôtres !

LA REINE , avec amertume. Je vous entends, belle miss. .. vous prieriez pour nous si vous aviez la foi , si vous n’étiez pas la mère de Monmotith... si vous n’étiez pas...

la favorite du roi Charles. ..

Miss LUCIE. Sa favorite! Eli, quoi ! j’ai respecté votre rang et vous ne respectez pas ma douleur!... Jeune reine, vous méconnaissez trop mal ! je n’étais point la favorite de Charles Stuart, j’étais sa femme.

la reine. Dieu!

JtfîS LUCIE. Son épouse légitime devant Dieu et devant les hommes, l' illc obscure, j’avais donné ma main et ma tendresseà un prince errant , malheureux et sans couronne. Plus tard , le trône lui fut rendu , je pouvais faire valoir des titres que je

possède encore je pouvais être reine ,

Marie d'Est ; et jamais une princesse de Modène n’eût touché au sceptre d'Angleterre. Mais l'amour de la patrie parla plus haut dans mon cœur que l’ambition et que l'amour ; j’avais pourtant un fils que je chérissais, qui faisait mon espoir, mon orgueil ; eh bien ! Catherine de Portugal fut souveraine , la fille obscure cacha ses droits et garda son obscurité ; pour laisser A son époux une alliance nécessaire , elle sacrifia tout , et consentit A vivre déshonorée. Marie d’Est , laquelle de nous deux est la meilleure chrétienne ? laquelle a le plus de vertu ?...

L\ reine. Madame... laissez-moi , vous m’cfiVavez...

(Apercevant le P. Piler, elle court à lui ; miss I.ucie les regarde avec pitié et sort.)

«IWW t WiWSvvt WW Ii MWW8 MWMW W S W »

Page 1