SCÈNE QUATRIÈME
BERTHE, elle prend son porte-monnaie et le lui tend.
Prends ça... Oh! il n'y a pas grand'chose... mais ça t'aidera toujours... c'est offert de bon cœur... tiens.
JACQUES, reste un moment le porte-monnaie à la main, la regarde et le lui lance à la face.
Saleté. CTargent à moi!
BRRTHE.
Jacques... tu m'as fait mal... lâche.
JACQUES
. Lâche! elle m'appelle lâche! D'où qu'elle sort c'te galette-là? G'est-y en faisant des chapeaux que tu l'as gagné, répond? Ah ! ah! mais non, tu vas dans les beaux cafés avec des messieurs qui te payent pas vrai... et t'oses m'offrir... va-t-en... L'honnêteté, tu crois donc que ça s'vend... on voit qu't'en connais pas la valeur, J'suis qu'un ouvrier juste, j'ai pasl'sou, ça s'peut, mais j'croverai plutôt de faim, t'entends, que d'manger de ce pain-là, et tu dis que suis lâche. Dans le temps, t'étais comme moi, tu travaillais etc'que t'apportais c'était du bon argent et que tu pouvais réunir au mien, car c'était proprement que tu l'avais gagné... Nom de Dieu, v'ià qu'elle pleure... (Il s'approche près de Berlhe qui est assise.) Berthe ?
Laisse-moi.
BERTHE, elle se lève.
JACQUES
Eh bien oui, t'as raison... j'suis une brute... tu vois que j'iavoue... Ah! que qu'tu veux, on s'monte comme ça tout d'un coup... ta main, dis.
BBRTHE.
. Non, non.
JACQUES, très lentement.
Allons, on va pas s'quilter fâchés pour des bêtises. (Un long temps.) Tiens, j' veux t' prouver, moi, c'que j'ai pour toi.. . j' veux t* prouver. . . et puisque nous sommes seuls. . . ici. . . écoute. . . mais tu vas m'jurer d'garder le secret! Il y a huit jours, dans le Faubourg Antoine, en rentrant le soir... j'ai trouvé sur Tbord du trottoir... j'ai trouvé... un portefeuille. JTai ramassé... Une fois chez moi... sais-tu ce qu'il y avait dedans? il y avait dix mille balles en billets de banque.
BERTHE, dont le visage s'est illuminé pendant ce récit.
Et... qu'as-tu fait de cet argent? tu l'as porté chez le commissaire, n'est-ce pas ?
JACQUES
Non.. . oh bien, attends; faut quej' le dise, j' l'ai caché sous mon matelas... je ne savais pas quoi faire, dame... on n'en a parlé nulle part dans les journaux, je m' suis dit: y a pas d' danger; c'était pour sûr à un richard. Pour qu'on r'marque rien d' louche j'ai rien dépensé depuis, et... alors j'ai pensé à toi, que tu pourrais être heureuse... et v'ià pourquoi j' tai écrit.
BERTHE
Comment, Jacques... tu voudrais qu'avec cet arg. . . oh !
JACQUES
J* sais bien qu' c'est mal ce que j' fais là!... mais quand on aime comme moi, quand on tient comme