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qiianl à Stoplianinn, à peine âgé de dix ans, il snivra la caiTière du puîné et travaillera chez Giovanni Ballista Fossi, batteur dor et joaillier.
Ou a dit que le jeune garçon avait eonnu Callot à Florence, qu'il en avait reçu des leçons: ce sont là des romans de pure imagination. (Jnand le graveur lorrain (|iiilla rilalie eu 1G2J, Stéphane» (h'Ihi Rtdla avait onze ans à pehie, pas le moindre goût pour un art quelconque, et bien plutôt l'envie de courir la ville en compagnie de camarades de son âge. D'ailleurs l'orfèvre Fossi ne s'embarrassait point de ses apprentis; il les prenait pour les courses ou les besognes faciles, mais la question de leur éducation lui importait peu. Baldinucci rapporte que la mère lira son fils de cette galère et le plaça chez Gaspardo Mola, graveur en médailles et en pierres tlnes. Là, nouveau mécompte; Mola est un artiste de premier ordre, mais il a sa réputation à soigner, mille fois plus chère que la carrière problématique de bam binos plus ou moins intelligents; il abandonne à ses inspirations le petit Stephano, ([u'on lui reprend et qu'on donne à Horatio Yanni, un tioisième orfèvre. Celui-ci a deux fils occupés à la gravure des pièces de leur métier; ils sont pour l'enfant des camarades, et lui enseignent quelques principes. Stephanino est industrieux, il s'exerce à la copie des modèles de boîtes, il y réussit. Un jour on lui montre quelque, estampe de Jacques Callot conservée (huis l'atelier;
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il en admiro la joyeuse ordonnanro: il ^'aiiiino et s'ingénie à 1 imiter. C'est là tout le point de départ du futur maître, ce sont les seules relations qu'il ait pu avdir avec le Lorrain. A cette époque Callot est à Nancv. il ne reviendra jamais à Florence, et quand (lella Bella ira à Pari<. Callot aura quitté cette vi'l" pour u'v plus ictouruer.
L'intluence du luaiti-c >\iv l'élève orlV-vre l'ut {\i\\\c purement grapliique, simplement matérielle ; mais y^on œ.uvre donna an jeune homme l'envie de courir les fêtes, les réunions, les cérémonies funèbres: La Bella se familiarisait ainsi avec les groupements et les perspectives. Si l'un Vu croit sou l»iograplie. il eût tenté de redire ses impressions, et, par une hizai rerie singulière, il commençait un dessin par un pied. par un hras, suivant avec une précision consommée quelque ligne idéale que lui seul comprenait et pouvait entrevoir. Au fond ceci importe peu et prouverait seulement une chose, c'est que les frères Yanni rahandonnaient un peu trop à lui-même, et le lais saient vagabonder sans autre souci. Peut-être l'enfant se fùt-il perdu à ce jeu d'adresse; heureusement pour lui. il passa dans l'atelier d'un véritable artiste. Cesare Dandini. qui le reprit, lui enseigna les premiers principes et le sauva d'un naufrage certain.
11 y a loin de ces étapes buissonnières et inconscientes aux équipées énergiques de Callot. Supposez LaBeîIa lil^ du héraut d'armes de< thie-- de {.(in-aine-
il y a fort à penser que jamais il if eût quitté Nancy pour rilalie, et qu'il se fût probablement contenté (Tnii ofiice convenable à la cour sans vouloir mieux. (Test dans la recliercbe aventureuse d'une carrière que les véritables vocations se trahissent. Callot avait fait trois cents lieues à j)ied pour voir ce Remigio Canta Gallina que La Bella rencontra presque sans le chercher et qui lui inspii'a la plus vive sympathie pour Tartiste nancéien. Et ce n'est pas le colé le moins curieux de la destinée de l'apprenti orfèvre* que celte admiration en faveur d'un étranoer, née à Florence, dans l'atelier d'un Florentin. Elle montre au mieux quelle réputation Callot avait laissée par delà, et quelle supériorité ses œuvres lui avaient acquise.
Pourtant Stephano n'était point définitivement fixé. Un passage d'une année chez Dandini l'entraîna vei's la peinture: il s'y adonna avec la passion d'un néophyte, mais cette belle ardeur dura peu. Il se remit à copier les estampes de Callot sur les métaux d'un orfèvre; c'était un gagne-pain assuré. Petit à petit sa main s'accoutuma à ces scènes toutes vibrantes de naturel et de vie; il s'habitua à voir la nature avec les mêmes yeux pénétrants et pleins de malice ; dans ce conuuerce journalier ses idées suivirent un cours plus défini et, loin de considérer ce liavail comme une fastidieuse corvée, il s'abandonna tout entier au charme de la traduction.
Il bénéficiait d'ailleur^s des essais tentés ])nr Callot :
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le vernis dur permettait à sa pointe de préciser le trait, et s'il s'égara d'abord et manqua de dextérité, la pratique vint Idcnlùt corriger ce que son expression avait de rude et de lourd. Vno de ses j»remières estampes, le Festin des Piacevoliy qu'il composa en 1627 à l'âge de dix-sept ans, se ressent tout à la fois de cette inexpérience et de riinihiliuii prexpic banale de son prédécesseur. Mais ou y rencontre une phrase déjà colorée et décisive, la note juste: le fourmillement des tètes y indique une recherche spirituelle des effets. Sans être une œuvre défmitive le Festin marque un point de départ assuré et hrillant, supérieur aux travaux de (".a Ilot dans la période correspondante de sa vie.
On dit que son ouvrage d'essai fut un saint Antonin. évêque de Florence, représenté en gloire, agenouilh' sur les mies, dans un assez joli mouvement de lavissement pieux. Peut-être s'est-on mépris sur ce point. Le saint Antonin procède d'une manière plus parfaite de dessiner et de graver. J'y verrais plus volontiers l'œuvre de Stephano arrivé à la maturité, une image rapidement conduite sans grande préoccupation artistique.
Comme s'il eût voulu de plain-pied reprendre une à une les idées de Jacques Callot. il s'essaye tour à tour à des combats de galères, dans la Prise (les deux Galères de Bizerte, à une Tentation de saint Antoine tiavestie. montrant le saint chevauchant
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un iiiouslre à deux tèles, à des Caprices en seize planches. Dans cette dernière suite, il prête si bien à la confusion avec le maître lorrain que les erreurs »^e pourraient excuser. 11 y a notamment un soldat à pied coiffé d'une bourguignotte qui rappelle à s'y méprendre les fantassins du siège de Bréda et que La Bella [)ouvait bien avoir simplement copié sui' l'estampe. Mais il s'égare dans les lointains, dans ces fonds merveilleux où Jacques Callot taillait en se jouniil les tlgurines. où le meilleur de son talent s'égrenail en scènes immenses, embrassant rhoiizon lout enliei'. La Belle n'est pbis à l'aise d;iiis ces descriptions intinies, il ignore le moyen de lejeter bien loin derrière lout ce petit monde, il lui commu nique une valeur égale à celle des premiers plans et linit par embrouiller l'aspect général en voulant trop pr('ciser.
Les Gobbi de Callot ou les grotesques attribués à Léonard de Vinci lui inspirèrent en 1050 les Facétieuses inventions de guerre et d'amour, en six planches de deux figures chacune. Le pastiche n'est p(»iiit médiocre poui' im arliste de vingt ans; mais on sent cette préoccupation incessante et monotone de reprendre pour soi les succès d'autrui. 11 en était au dix-septième siècle comme de nos jours, les œuvres regardées et vantées excitaient les convoitises des d(''l)ulants. Une Tentation de saint Antoine reui;ii(pié(' en appelait .vingt autres. Pensez bien que
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sans Callol. jamais La llella iirut xuii:»' iiiix hivcnlioiis facétieuses, lail iiv (^ùt pas pi'rdii gi-aiurdiuM' cl le jeune graveur n'en eût valu ni mieux ni pis.
En résumé, toute cette première période du talent de La Bella est essentiellement lorraine: elle marque les tâtonnements de l'arli^k'. le luit (jifil pitursiiil. Travaillant aux eûtes de Jarcpies Callol. il n'eùl .-.u . mieux faire. Une tendance se révèle dans ces. débuis, ("est la manière spéciale de noyer les contouis, l'envie- de peindre en surchargeant de tailles Unes ri ténues les moindres figures. Callot, c'est la silhouette nerveuse à peine renforcée de teintes d'ombre, -ans les ciels chargés n les fonds noircis; La Bell;;. ;iii contraire, c'est le velouté, radoucissement. M» i- s --ùr de lui. moins capable de concision brutale et Iranche, il noie les lignes de contour sous des l^riffonnis narrés parfois inutile^, lî faut bien l'avouei', le ton général est plus doux [\ \\\'\\. il excuse reii- ;^oiiment de certains amateurs, mais le dessin n'a plus la crànerie foudroyante des croquis enlevés à la pointe par Callot, c'est déjà un commencement de décadence.
C'est à cette époque environ, c'est-à-dire au moment du voyage de La Bella à Rome, vers 1055. <iue nous reporterions les dessins de l'Albertine de Vienne. L'artiste envoyé dans « la grande patrie :» pour s'y perfectionner, grâce à la générosité de Lauitnl de Méditi-, allait rencontrer là les ambas--a-
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(leurs (le INjIo^iil' ciivoyés ;i la Coin- iKHililicnlc. 11 vuiiliil (léci'irc dans ses moindres détails la cavalcade enijtaiiacliée el bizarre de ces envoyés du Nord, au milieu de leur cortège de féerie. 11 dessina sur des cuivres en longueur, destinés à être aboutés, les divei's groupes du cortège, dcipuis les cardinaux, les gardes à cheval, jusqu'à ces extraordinaires chameliers persans amenés à grands frais, les seigneurs eu goncés dans leuis robes fourrées, et les ofùciei's romains venus à leur rencoidre. La Bella gardera toute sa vie le souvenir de ce défilé d'opéra; il re- ])rendra de tenn)s à autre les étranges physionomies rencontrées là, et il aimera à les détailler en estampes ordinaires. De là les esquisses del'Albertine, attribuées à Callot un peu inconsidérément; c'étaient des notes destinées aux compositions ultérieures, réservées })our autre un temps; La Bella les avait prises sui' nature en 1655.
Plus lard, il eût dit autrement ces choses, il eut été moins près de Callot; dans ce temps il est tout entier à son piemier entraînement. Qu'il décrive en luie estampe d'imagerie l'invention de Notre-Dame de Vlmprunela, qu'il montre, dans un frontispice destiné au livre de Jean Nardio sur l'analyse physique du lait, Esculape sacrifiant à la Nature, il est demeuré l'élève docile, si docile méuie qu'on a souvent domié à Callot la paternité de ce dernier travail. C'est la louclie mémo du Naiicéieii, ses franchises un i)eu
JACOIES CALI.OT
(•i"iit'>>(hiii>lcslij^iii'rs. raudacc cxIrr'iiKMlL'scs apcrnis. Il lit ôgalcinoiil un ('vciilail ^i |nvs de celui de rArno (|ii"t»ii Jic saiiiail diic. Ccsl, dans un cadiv très orné, iiiio danse au milieu d'une foule considérable; el conunc il ne signa point, les collectionneurs n'ont
Polonais, par Stcpliano délia Celh
pas manqué d'en gratifier Callot, suivant la loi commune.
Uella Bella revint à Florence pour la célébration du mariage du grand-duc: mais une tàclie moins gaie l'attendait à son arrivée. 11 dut graver sur les dessins d'Alphonse Parigi, successeur de Jules, les ( < rémonies funèbres ftiites à Florence pour les ob- M (iues de l'empereur Ferdinand II. Et tandis que Parigi s'inspire de son père dans ses compositions, La Bella les tra<luil dans la manière de Callul, d'une
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poiiile libre cl franche, sans envie de poiissci- liop luin. Une (les planches nous décrit la décoration iidéi'ienre de l'église, les squelettes gigantesques dressés contre les piliers, le catafalque élevé devant Tau Ici. et gaidé par deux ligures de guerriers à cheval, armés de toutes pièces. Dans la nef. la foule des curieux; en haut, dans les pourtours, es litres chargées de lumières, les draperies aux armes des Médicis. Bientôt, le jeune artiste abandonnera ces funérailles déjà oubliées de tous, pour redire les noces princières, les réjouissances florentines. Il est le contemporain immédiat du grand-duc Ferdinand II, né connue lui en 1610; il a envers ce prince une délie de reconnaissance à payei' qu'il réglera de son mieux. Peut-être eûl-il aimé à combiner seul les fantaisies de ses dessins, à choisir les scènes; mais ici, comme pour les funérailles de l'Empeivur, c'est Alphonse Parigi (|ui donne le ton et fournil les sujets. L'album orné d'un frontispice représentant un théâtre conlienl huit estampes principales sur la noce des dieux. Dans la première, une vue de Florence, délicatement tracée en perspective lointaine, rappelle les touches de Callot. Les autres découvrent comme sur une scène la foret de Diane, le jardin de Vénus, la Uicr, renfer, le ciel, et la grotte de Yulcain. Pour ces travaux, La Belle n'avait pas mieux à faire que d'imiter franchement Callot ou Canla Gallina; on retrouve dans ses tailles rapides et sobres
beaucoup de l'un et de l'autre (le< deux uiaitres.
Ijisnifc il retourne à Rome, où de n<Mubreuses connnandes lui sont réservées; il reste fidèle au Lorrain dans la pluj>art d'entre elles. Même quand il grave le frontispice de la Selva de Cupressi pour la célèbre Marguerite Costa, une Muse romaine d'alors, il y joint une dédicace au duc de Guise Charles de Lorraine, en souvenir du Xaneéien. Une autre lois il détaille dans une très petite planche l'intérieur d'une église, et les plus éclairés attribueront son œuvre à Callot. Le plus curieux, c'est que tant qu'il restera en Italie, il s'en tiendra à l'expression particulière empruntée au maître, il en gardera l'accent. Il ne changera guère de manière pour devenir lui-même qu'à son voyage en France où l'appelaient les offres du cardinal de Richelieu, et les perspectives- dorées d'une campagne artistique durable. Il vint à Paris comme Callot était allé à Rome, en la compagnie d'un and^assadeur qui l'accepta gracieusement au nombre des gens de sa suite, et le défraya.
A peine installé, le jeune Florentin se fait connaître par une suite bien personnelle consacrée à l'ouverture de la grande salle du Palais « Cardinal w. C'était en 1041, on donnait pour la circonstance la tragicomédie de Miranic, en cinq actes. Stephano délia Bella — ou mieux Etienne de La Belle, comme l'appelaient les Français — fournit à l'éditeur Legras, au Palais, une estampe par acte, illustration habile et
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gaie d'une œuvre iiiorlelleniciil ennuyeuse. Le lïontispicc, c'est la reproduction exacte de la scène et de son rideau, avec les spectateurs attentifs; elle est devenue ccdèbre à cause de la rareté de ces descriptions de théâtre. Quant aux personnages, ils ont quelque chose de la gaucherie étrangère; les dames y sont désespérément longues, elles sont mal liabillées; La Belle est encore un peu trop Florentin.
Nous n'avons point intention de suivre l'aitiste pas à pas. Ce que nous voulons montrer, c'est l'influence indéniable de Callot sur lui, la direction morale qui lui vint de Lorraine. En tout il marche sur les traces de son prédécesseur. Le voici courant les cam[)s à la suite de Richelieu, préparant des esquisses en vue de la gravure du siège d'Arras. Le voilà jetant les Caprices chez tous les éditeurs, montrant tour à tour les gens de guerre, lès paysans, les chasses, les fêtes campagnardes .Callot a-t-il composé, pour un portrait du Roi fait par Lasne, un petit combat destiné au fond? La Belle en imagine de suite un autre pour une estampe deDaret. 11 met derrière un farceur du Pont- Neuf, jouant de la guitare, gravé au burin par Rousselet, une merveilleuse vue des quais avec les maisons de la place Daupliine, le Louvre et la tour de Nesle. Il tient à aborder les mêmes histoires que son devancier et à se montrer son rival en toutes choses. Une fois il lui est supérieur, c'est quand il esquisse en 1640 le leii-e-plein du Pont-Neuf où se
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|i:isspiit tant de choses: oi'i les seigneurs roudoient les malingreiix. où le roi en can-osse frôle les liaqnets des débardeurs, où les tréteaux en plein vent retiennent les foules. C'est YImpruneta de Callot. mais avec une pointe de noblesse en plus, quelque chose de plus policé, de moins cruel. Dans l'œuvre primitive, retouchée depuis et abîmée par une main maladroite, la vue s'étendait jusqu'au Cours la Reine, les horizons se dégradaient subitement jusqu'à disparaître sans effort dans leur finesse même. Les rives de la Seine encombrées à merveille, les quais chargés de troupes, donnaient ["illusion de la cohue immense des grandes villes. Après les premiers tirages, on s'avisa de renforcer les lointains légèrement écrasés; on les reprit sans mesure et obtint des lourdeurs incompatible, avec les effets atténués des premiers plans; l'harmonie était détruite à jamais.
Quoi qu'il en soit de ces accidents, le Pont-Xeuf de La Belle demeurera la pièce capitale de son œuvre, tant par l'esprit de la composition, la liberté des figures, la justesse des perspectives, que par les dimensions mêmes du cuivre. 11 procède de Callot avec une note spéciale: il a moins de brio, mais plus de distinction.
Fécond, La Belle Test plus que personne: rien ne l'arrête. Ses relations avec Henriet l'éditeur, avec Langlois dit Chartres, avec Collignon, lui créent des obligations nombreuses. 11 ne faillit point à sa tache
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A l'un d'eux les petites vues de Paris avec une dédicace au marquis de Gouffier-Boisy. à l'autre les diverse figure et paesi; toutes histoires charmantes de sentiment et de dessin, petits chefs-d'œuvre de finesse et d'esprit. Entre temps et pour se reposer des figures, ilgravait des cartouches d'ornements bizarres, un peu filandreux et tirés par les cheveux, mais tout de même intéressants et recherchés. Une fois encore il copiera Callot dans le frontispice des Bouffons, comédie de Marguerite Costa. C'est un théâtre représentant une place publique; sur le devant, deux hommes sont enfermés dans des cages tournantes. Autour d'eux, les balli de Jacques Callot dansent un pas grotesque, celui-là même que le Lorrain avait inventé pour eux; sauterie désordonnée et ridicule, singerie populassière destinée aux esprits simples.
11 est tanlùl à l'apogée du renom. Ses moindres griffonnis trouvent immédiatement mi éditeur pour les faire connaître. Ses procédés diffèrent essentiellement de Callot à cette heure, il vise à l'effet d'ombre, il pousse trop au noir par la répétition un peu oiseuse des tailles entrelacées. On sent qu'il voudrait faire rendre à la pointe les accents du burin. Quand il grave le frontispice des œuvres de Scarron en 1649, il exagère encore. Tout le monde connaît cette estampe drolatique oîi neuf poissardes empruntées aux grotesques de Léonard de Yinci figurent les Muses et dansent un rigodon autour du poète infirme.
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^ iiToii a trenlo el un ans. suivant la pancarte établie Mille dos (lésa chaise. Sur la colline voisine, un Pégase
- urète et contemple la scène avec étonnemenl, tandis <\\u' des faunes armés de flûtes conduisent le branle.
La Belle entreprend aussi une danse des Morts dont \\nu> lel couvons quelques éléments dans les dessins (I. rÂlbertine, sarabande macabre rajeunie d'Holbein, on Ton voit les jeunes et les vieux entraînés par un hideux cadavre. Il fait des animaux sur le vif et s'en tire à son honneur. 'Ce qu'il dit le mieux, c'est la (lièvre, le cheval de trait: il n"a plus la gaucherie de
- - contemporains dans linterprétation de cette ;i inre spéciale où les plus habiles balbutient. Ces Milles nombreuses pu])liées sans relâche répandent - r>!i nom dans le public: les gens du peuple le connaissent pour voir ses estampes accrocbées aux tèiiètres des marcliands: les seigneurs recherchent
- - œuvres qui les reposent des. images pieuses toujiiiirs semblables, des planches populaires trop cari- 'jtiirales et souvent ordurières. Chez La Belle, "nulle ■xa-ération i)olitique, et ou lui eu tient compte.
(Jiiand les troubles de la Fronde mettront la ville sens dessus dessous, il aura trop à faire pour s'y mêler. Un jour il rencontrera dans une promenade quelques manifestants tapageurs qui le prendront pour un Mazarinà cause de son accent, et qui le poursuivront de rue en rue. La Belle détale de sou mieux, serré de près pai' une i»aiide acharné»': il rencontre deux
(lames qui arrêtent le flot en chercliant à parle menter. Le gravenr se nomme alors, il explique son origine florentine, parle de son métier de dessinateur dans un baragouin qui fait rire et désarme les plus enragés ; les autres connaissent ses travaux, le saluent très bas et le laissent partir.
Mais il aspire à retourner à Florence, comme Jacques Callot regrettait la Lorraine. 11 fournit à Silvestre, neveu de l'éditeur Henriet, diverses vues des monuments de Paris, entre autres le Palais Cardinal, le Luxembourg, le Louvre et les Tuileries ; il grave le Mausolée' de Louis XIII, s'essaye à imiter Rembrandt dans des portraits, et, fatigué de ces travaux, ennuyé de la tournure des événements, subitement pris de nostalgie, il s'enfuit à Florence, où il rentre dans le courant de 1650.
Si l'inspiration venue de Callot persiste virtuellement chez La Belle après son retour en Italie, on peut dire qu'il a définitivement abandonné le genre précîf, la manière sobre de son devancier. Jombert, dans son catalogue raisonné, lui attribue la Petite place de Sienne, estampe tellement rapprochée de Callot qu'on s'y trompe, et il en reporte la composition à la fin de la vie de La Belle, en 1661. Nous savons aujourd'hui par des comparaisons nombreuses que cette charmante pièce n'est pas de La Belle, mais de Gherardini, sinon de Callot lui-même. La part du Florentin dans la dispersion des idé
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(lu maître (le Nancy ost dos ]»liis considérables. Son vovaiiC à Paris fil jk'mk'Iivi- plus profondément le il (les vignettes spirituelles parmi 1<'S amateurs. 1 < a^uvres de Jacques Callot eussent peut-être été impuissantes à forcer l'opinion sans cet appoint s( lieux: en suivant la même route, La Belle mit en relief le génie fécond de son prédécesseur, la merveilleuse prestesse de sa main, la valeur inappréciable de ses découvertes. La réussite des imitateurs donne la mesure vraie du méiite de l'inventeur. D'autres artistes se consacrèrent chez nous à recueillir la succession du Naucéieu: aucun d'eux ne vécut aussi exclusivement que La Belle de la gloire acquise par le maître; et ce qu'on lui demandait avant tout c'était de parler le même langage, d'amuser en même guise, sans rien de plus. Il le lit. au delà des espérances, et il demeurera comme l'apotre d'un genre éminemment français, né en Italie, développé en Lorraine, compris de tout le monde.
Par une coïncidence assez curieuse. La Belle, tout comme Jacques Callot, est qualifié de merveilleux graveur dans la légende d'un portrait. Wenceslas Hollar. aquafortiste allemand dont nous aurons à parler tout à l'heure, inscrivit au l»as d'une estampe représentant le Florentin cette courte biographie :
<< Stefano délia Bella, natif de Florence en Italie en l'an 1614, très bon peintre en j)etit. a aussi fait merveilles en l'eau-forte: d'un grand esprit très abon-
(lanl 011 inventions. Il a fait son commencement auprès de Jacques Callot. On voit quantité de ses eslampes partout. »
La Belle mourut à Florence le 22 juillet 1C64, à peine âgé de 54 ans, laissant une œuvre de plus de 1500 pièces, grandes et petites. Une de ses dernières planches leprésente la Mort triomphante, emplumée, montant une haridelle, brandissant une masse d'armes. Dans le lointain un choc formidal)le d'armées :
Icy la Mort triomplie entre les funérailles,
Les plus beaux promenoirs sont les lieux des batailles ;
Son throsne s'affermit de la cheute des morts,
Elle change à l'instant par ses armes subtiles
En rivière de sang les campagnes fertiles,
Et les plaines de Mars en montagnes de corps.
Elle vint même tout doucement chercher l'arliste chez lui, au milieu de ses préoccupations funèbres.