‹ Jacques Callot, sa vie, son œuvre et ses continuateurs (volume 2)Chapitre 28 sur 53 · LES ITALIENS · texte numérisé non relu

LES ITALIENS

Révoluliou apjiorlée dans leau-foite par Jacques Callul. — Les estampes de Callot servent de modèle à toute une génération de graveurs. — Stepliano délia Bella imitateur de Callot. — Sa vie, ses premiers travaux. — Son séjour à Florence, à Rome et à Paris. — Les dessins de lAHiertiue de Vienne. — Les illustrations de Mirame. — La vue du Pont-Neuf. — Le frontispice des œuvres de Scarron. — Les danses macabres. — Inlluencc de délia Bella sur la popularité de Callot.

L'allure nouvelle commiiiiiqiu'e à l'eaii-forte passionna les artistes: avant Callot, le procédé plaisait par certains cotés de pratique facile: sans grand apprentissage,les peintres pouvaient Itiiller des planches, et, par ce moyen, répandre leurs idées à un nombre plus considérable d'exemplaires. Mais laspect de ces épreuves était médiocre: le vernis mou employé laissait l'acide attaquer le métal au hasard, il s'ensuivait des salissures qu'on n'avait })as trouvé le moyen d"ulili>L'r vu vue (raeeeiiUiulioiis possibles

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dans les ombres. En substituant le vernis des iulbiers à l'aulre, Jacqnes Calbjl révolutionna d'un coup réconomie ordinaire des aqua-fortistes. Peut-être jTavait-il })oint deviné la portée de sa découveite: ce cbangement purement matériel, tout simple qu'il pùl paraître cependant, allait transformer du jour au lendemain l'art merveilleux déjà, nuiis encore incom plet auquel il s'appliquait. Et l'aisance n'en serait pas atténuée ; les maîtres pourraient livrer des œuvres rivales du burin, sans plus d'effort que de jeter sur le papier une esquisse à la plume ou à la sanguine.

C'est par là surtout que le graveur lorrain tient sa place au nondjredes grands inventeurs; sa trouvaille, proclamée une merveille dès le temps où il vivait, méj'ite de garder ce nom. Mariette le disait au dix-huitième siècle avec l'auloiité (|ue lui fîonnail sa réputation de collectionneur émérite :

« Lorsque Callot, écrit-il dans ses notes, eut montré tout l'avantage (jue Ton pouvoit tirer de l'eau-forte, qu'il eut trouvé le secret du vernis dur, et qu'il eut par ce moyen mis au jour des ouvrages où la délica tesse de la touche et l'esprit se trou voient joints à la propreté de la gi'aveure, l'on vit paroistre aussitots plusieurs graveurs qui entreprirent de suivre ses traces. »

(le mouvement énorme, cette poussée magnifique de génies nouveaux continuée pendant le dix-septième siècle entier et passée-aux vignetUstes du dix-huitième

est l'œuvre tlu Nancéien. S'en (loute-l-on beaucoup aujourd'hui que les illustrations de Gillot. de Cudiin. d'Eisen ou de Moreau atteignent le prix des toiles les plus vantées? Sait-on que cette manière précieuse de décrire les mœurs et les coquetteries d'une époque naquit à Florence à la cour des grands-ducs, dans Fatelier modeste d'un petit ai-tiste inconnu? Je voudrais tenter de renouer aujourd'hui cette chaîne ininterrompue partant de Callot pour venir par Bosse. Chauveau. Leclerc. Gillot et les autres petits maîtres de la Régence, jusqu'aux artistes hors de pair du règne de Louis XV.

Lorsque Jacques Callot niourul. rélan t'iail donné; ses estampes répandues dans les ateliers servaient de modèle aux hommes de la génération nouvelle. On !<' copiait, on limitait en toutes choses. D'abord ce furent les Florentins qui reprirent pour leur compte ces inexprimables finesses ; ils avaient été les mieux servis dans le partage; les Caprices racontaient leurs fêtes. Yhnpruneta montrait leurs foules bigarrées: les balli, c'étaient les farces de leur comédie triviale et populaire. Lu dessinateur émérite. un délicat penseur naîtrait de la faveur marqut'e où ses compatriotes tenaient les estampes du maître lorrain, c'était Stephano délia Bella, ce La Belle dont la réputation rivaliserait un jour avec celle de son inspirateur. De moindres ouvriers s'essayeraient aux mêmes besognes, et parmi eux Meb hioiGherardini: un médiocre adap-

tatoiii" noininé Antonio Lncini; Ercole Bazzicahive, tout ensemble amateur, graveur de talent et diplomate célèbre: Bernardino Capitelli, qui rechercbera dans les estampes de son modèle ce qui vaut le moins, les clair-obscur embrouillés et diffus du Brelan ou de la Sainte Famille. Et ceux-là sont les pasticbeurs avoués et reconnus; mais combien d'autres ne signèrent })as leurs plancbes. qui traduisaient librement Callot dans des estampes de mince conséquence?

Comme nous le disions, le premier d'entre eux fnt Stephano délia Bella, tempérament féminin, resté original en paraphrasant le Lorrain à sa manière. On l'a réputé, non sans une a})parence de raison, pins liabile dans la façon de conduire les effets, de toucher les finesses, de] peindre, en un mot, à l'eau-forte; mais les louanges ont parfois dépassé les limiles permises. Ceux qui l'ont voulu mettre au-dessus de Jacques Callot ne se sont point donné garde que son allure enjonée et rapide provenait surtout des copies faites par lui sur les œuvres du maître. L'un reste im iniliateui', un créateur, l'autre fut un élève pai'liculièrement doué qui sut se faire la part l)elle. mais n'inventa rien.

Une pai'ticularité frappe dès l'abord en feuilletans l'œuvre considérable de Stephano délia Bella, c'est la parité absolue entre les sujets traités par Callot et ceux qu'il traita lui-même. On dirait que les caprices, les chasses, les titres d'ouvi'ages, les portraits on les

armoiries eussent été clioisis pni' lui de préférence poni- étn])lir une comparaison entre ses travaux et eux du Lorrain. Et pourtant la coïncidence est plus fortuite que volontaire. La mode était alors des scènes (le mœurs, des figures dites de caractère. Callot avait ouvert la voie; La Bella suivit par cette raison toute simple que les éditeuis trouvaient dans ces compositions un débit facile. Ce sont d'ailleurs les mêmes causes qui conduisirent le Florentin, toujours à l'exemple de Callot, de Florence à Rome, de Rome à Paris et de Paris en Hollande et dans les Pays-Bas. Là vivaient les admirateurs, les acheteurs et les maîtres capal)les de comprendre une œuvre et de la critiquer avec finit.

C't^sl environ dans le temps que Jacques (-allot s'enfuit en Italie, vers 1608 ou 1610. Un sculpteur de recule de Jean de Bologne, nommé Gaspardo délia Bella, travaille de son métier à Florence, où son frère Francesco est également établi. Gaspardo, marié à Dianora dei Bonajuti, a trois enfants, Geromino, Lodovico, et le dernier né le 18 mai 1610, filleul de Tacca, Stepliano dit Stephanino. La vie n'est point large dans la famille; la sculpture nourrit à grand peine tout ce monde, Gaspardo délia Bella, épuisé de fatigues et de privations, meurt en 1612, laissant sa femme veuve dans la plus noire misère. Des trois enfants, le premier entreprend la peinture, le second entre en apprentissage chez un orfèvre;

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