‹ Jacques Callot, sa vie, son œuvre et ses continuateurs (volume 2)Chapitre 31 sur 53 · LES FRANÇAIS · texte numérisé non relu

LES FRANÇAIS

Israël Ucnriet, ami de Callot et son éditeur. — Abraliam Bosse et Saint- Igny. — La noblesse française. — Les Gardes françaises. — Le tombeau de Callot gravé par A. Bosse. — L'atelier de Montcornet et les imitateurs anonymes du Lorrain. — Les portraits publiés par Montcornet. — Louis XIV et la Grande chn-se de Callot. Nicolas Cochin et ses imitations. — François Chauveau s'inspire de Callot. — Israël Silvestre, neveu d'Henriet, élève et ami de Callot. — Ses œuvres. — La Maison de Saint-Ouen. — Le Ballet de la princesse d'Èlide. — Les planches originales de Jacques Callot chez Israël Silvestre. — Sébastien Leclcrc transporte les procédés de Callot à la vignette. — Influence de Callot sur les graveurs du dixhuitiéine siècle. — De Son. — Collignon. — Callot imité à Prague par Wenceslas Hollar. — Conclusion.

Eu France, c'est Israël llenriet, le camarade d'eiifance, l'ami sincère et dévoué de Callot, qui lui fît sa réputation. Il attira le Lorrain à Paris, obtint pour lui la commande des grands sièges, publia ses planches, les répandit partout avec un zèle touchant. Un accord était intervenu entre eux, sorte de compromis à engagements réciproques; Callot n'aurait désormais d'autre éditeur qu'Henriet « son amy » ; Henriet, de son coté, vendrait de préférence les estampes gravées par Callot. Cette association demeura

Durant le séjour (rime année qn'il lit à Paris, le maître eut occasion de visiter les gens de son métier; nous Tavons vu collaborer aux portraits du Roi chez Michel Lasne; il vit également Abraham Bosse. Les esprits prévenus eux-mêmes admirent l'intrusion modeste de ce graveur provincial qui n'essayait point d'en imposer ni de faire école. On l'admira de ])onne foi, comme un homme supérieur, le régénérateur d'un art tombé. Tout en restant fidèles au burin, les successeurs de Thomas de Leu ou de Léonard Gaultier s'habituèrent à compter avec Teau-forte. « De ce nombre, écrit Mariette, fut Abraham Bosse; il dessinoit assez passablement bien, mais la parfaite exécution de la graveure fit le principal objet de ses attentions. »

Lui aussi s'essayait aux perfectionnements. Il demandait à l'eau-forte les notes précises du ])urin; il était arrivé, grâce au vernis dur, à pasticher les tailles nettes et froides coupées par l'outil en plein métal; mais il pourrait plus: il saurait encadrer les scènes de moiurs imaginées par lui dans les mille riens que le burin était impuissant à écrire, les paysages fuyants, les petits personnages d'arrière-plan destinés à faire ressortir davantage les motifs principaux.

Et tout en analysant l'œuvre du Lorrain pour y chej'clier le procédé matériel nécessaire à ses propres travaux, il se laissa intimement })énétrer par la pliilosopliie profonde enfermée dans ces pages iimnor-

JACQUES CALLUT -1-'

l.'llo. Jl vit les -ucux. la ii.iljlesse. les misères de la -lierre qui portaient en eux une fraîcheur nouvelle, comme si Callot eût été le premier à dire ces choses. H fut gagné par cette verve naturelle et il en suhit l'attrait. Sans hien s'en rendre compte, peut-être même à son insu. Bosse refit la noblesse et les gueux: la noblesse d'ai»rès les dessins de Saint-Igny, à peu I rès telle que l'avait surprise Callot dans sa ville L.rraine. Devant, un grand personnage en costume • le cour, écrit dans une ligne large et précise, admi- ] ablement campé, et tout là-bas, bien au loin hors (les vues normales, des scènes tranquilles ou cruelles. < .jmmentaire obligé du personnage, légende en rébus destinée au sire. Les haroni, ce seront les petits marchands des rues, la grande armée des déguenillés ciiant dès l'aube ses marchandises diverses: bande moin^ hideuse mais tout aussi pittoresque que celle des gueux. Voyez le porteur d'eau, par exemple? Callot eût-il pu rendre mieux cette physionomie étrange et finaude, cet accoutrement minable et si plein de caractère? Et ce marchand de cottrets profilé superbement sur la Seine et sur la lourde >'esle; ce joueur d'instrument mirifique empenné comme un héros, dépenaillé comme César de Basan.

Bosse s'est inspiré plus franchement encore duLoirain, son modèle, dans la suite des gardes-françaises, où nous retrouvons les tenants de ces armées d'alors, freluquets largement attifés de dentelles, ombragés

de IViities, l)()llés comme le chai du marquis de Carabas. A leur suite se traînent les goujats marmiteux et pleins de crotte, sorte de bohémiens eux aussi :

Ces drôles raflent tout, poules, poulets, chapons!

Sans doute Tœuvre considérable d'Abraham Bosse ne comporte guère que ces rares histoires franchement pillées dans Callot, mais à défaut de copie avouée, les tendances se devinent dans le reste. Qu'une fenêtre d'appartement s'ouvre sur la campagne, on apercevra çà et là dans les champs les figurines de Callot transportées par hasard et son petit monde vaquant à ses affaires. D'autrefois ce sont des combats qui se déroulent à l'horizon, comme dans la Fortune de France par exemple, gasconnade célèbre où le gentilhomme français richement accoutré fait vis-àvis à l'Espagnol couvert de guenilles. Le panorama guerrier figuré dans le fond est une réminiscence.

Pourtant Abraham Bosse, si largement à l'aise dans les compositions d'une certaine dimension, n'a pas la délicatesse de Callot dans les fouillis microscopiques. Il fraude plus volontiers et brouille les éléments. Les Amours cV Alexandre du sieur Boisrobert (1(329) sont ornées d'un frontispice où le graveur a figuré un défilé militaire emprunté à Callot; mais, bien que le maître fût à Paris à l'époque où cette estampe fut publiée, on ne le retrouve guère que dans l'intention. Au temps môme des sièges de La Rochelle

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