II INTRODUCTION
les banalités, de traduire en son langage imagé les redites conventionnelles de ses devanciers, de faire, en un mot, besogne de grand artiste, œuvre de créateur.
Le temps était loin, à la fin du seizième siècle, des talents pcrsounels. Confinée dans les données hiératiques de rÉcole italienne, courant par les sentiers battus et rebattus des Bolonais ou des Florentins, la peinture avait perdu la note timide et naïve, sincère et émue des vieux maîtres, pour ne plus admettre que les rééditions oiseuses des copistes de Raphaël. Celui-là était réputé le meilleur et le plus disert qui répétait imperturbablement la leçon apprise, sans autre souci. Et la gravure s était, elle aussi, attelée à cette imitation chagrine; les burinistes italiens s'appliquaient à circonscrire ces données dans leurs estampes lamentables. Tout un monde d'interprètes fidèles, mais froids et guindés, de tailleurs de cuivre inébranlables dans leur raideur, s'étaient formés à l'école des peintres. Il en était venu de partout, d'Allemagne, de Fiance, des Flandres, voyageurs partis avec un bagage personnel, artisans diversement doués, qui bientôt s'uniformisaient au contact et se croyaient plus riches d'avoir tout perdu.
Tomber en pleine jeunesse au milieu de ce monde spécial et légèrement perclus, en subir les idées néfastes et vieillies, suivre quelque temps la voie, et tout à coup se redresser, jeter le froc comme on dit, faire de soiy sans exemple, sans guide, s'afiirmer à un
IMRODUCTIO.N ii,
àgc OÙ les autres commencent à peine, c elait tenter bien gros et réussir inespérément. Jacques Callot eut le bonheur de ne point se briser à ce jeu. II y a plus, sa philosophie, sa hardiesse de conception s'affinèrent au contact de ces médiocres ouvriers du burin. Un vague sentiment le ramena en arriére, il comprit qiie la vérité n'était plus guère que dans la vie de chaque jour, que la meilleure manière de faire parler ou agir les anciens, c'était encore de prendre ses contemporains pour modèles, à la façon des peintres du vieux temps. 11 arriva donc pour lui que déjà touché de la convention il s'en dégagea pour une grande part, oublia du mieux qu'il put les formules toutes faites, et devint lui pour n'avoir été personne.
On s'explique mal aujourd'hui la succession d'évé, nements qui amenèrent le petit artiste lorrain, voué d'avance aux traductions pénibles du burin, aux copies monotones et insipides, à se faire son chemin à l'écart^ sa carrière toute grande. Au temps où il vint en Italie, les graveurs n'aimaient guère les petites histoires, les riens charmants traités à l'eau-forte. 11 semblait d'ailleurs que depuis Durer les adeptes de la pointe eussent honte de se mettre en parallèle avec les burinistes. Les plus admirés d'entre ces derniers redisaient les peintures décoratives dans des estampes énormes ou l'outil traçait des lignes noires et lourdes, et qui s'appréciaient aux dimensions. Les artistes flamands.
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