IV INTRODUCTION
mettaient au service des éditeurs italiens leur pratique savante et maniérée, et sous l'influence des goûts et dès modes ils enchérissaient les uns sur les autres à qui saurait le mieux torturer une figure, et montrer les tailles les plus audacieuses.
Callot voulut les suivre, mais il s'égara. Sa main n'était pas celle d'un copiste habile, et son génie d'invention s'accommodait assez mal de ces mot-à-mot vulgaires. Inconsciente ou volontaire, la réaction se fit en lui. Il abandonna franchement les errements de l'école, et tenta d'écrire ce qu'il ressentait sur le cuivre, comme d'autres jetaient leurs idées sur la toile. Ses premiers essais étonnèrent un peu; il rompait en visière avec une routine solidement assise. Mais il fut compris parce qu'il parlait le langage vrai, celui de tout le monde; on admira les merveilleuses finesses de ces compositions intenses, où dans le plus petit espace des populations entières évoluent, où la vie se devine dans les microscopiques figures. Ce fut une révélation soudaine et irrésistible; comme si les esprits et les yeux eussent été fatigués des conceptions olympiennes des Italiens décadents, l'engouement vint de ces fantaisies joyeuses. On retrouvait dans Callot un peu de la sincérité des primitifs avec quel- " que chose en plus, et la philosophie du Nord servie par une élégance tout italienne. Une preuve de succès, ce sont les imitations sans nombi'e que firent naître les estampes de l'artiste lorrain; à Rome, à Florence, on
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chercha à parodier sa manière; des graveurs français le suivirent hientôt, et de si près que leurs œuvres ont parfois causé des méprises.
Un médiocre graveur de Técole flamande, Lœmans, inscrivait au bas d'unportraitdu maître : «Ils'adonnoit à Teau-forte en laquelle il s'a rendu si extrême,- qu'il est une merveille de le voir. » Jamais hommage plus vrai ne fut rendu à Jacques Callot. 11 n'est point un grand artiste, il est un merveilleux ciseleur, un conteur charmant de choses vues. Ses envolées ne sont point grandioses, il ne conçoit pas à la façon de Michel- Ange ou de Raphaël, il s'en tient aux humbles choses, mais il leur donne un accent d'une pénétration singulière. Et si jamais le mot de merveille s'est appliqué justement aux œuvres de la pensée humaine, c'est bien à ces pages immortelles, synthèse superbe des gloires ou des misères d'une époque, résultante de l'esprit qui sait comprendre et de la main qui sait traduire. La merveille, c'est d'être revenu en arrière, c'est d'avoir repris pour son compte un coin de nature et de l'avoir exposé naïvement au monde. C'est d'avoir su rendre dans un trait précis et simple à la fois la tournure vraie des hommes et leurs passions éternelles.