‹ Jacques-CartierChapitre 24 sur 25 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

Arthur et l’Aide-de-Camp.

Henri [à part). — Que signifie tout cela ?.. .Pourquoi ces cris de détresse ?... Quelque chose d’étrange vient certainement de se passer ici... Et ce prisonnier?.. ..Qui l’a transporté en cet endroit ?....Dans quel but est-il sorti de sa cellule?... Le mystère m’entoure... Allons vers ce misérable gardien,... peutêtre en sait il quelque chose.

(Il frappe sur l’épaule du géolier qui est encore assoupi : ce dernier regarde l’aide-de-camp d’un air hébété.)

Que faites vous là ?

Arthur. — Ah ! Monsieur, de grâce, laissez moi en repos ;... je ne sais pas ce que je vais devenir.

Henri. — Mais qu’y a-t-il ?

Arthur. — Par pitié... je yous en supplie... je ne puis .

Henri. — Expliquez-vous du moins.

Arthur. — Par mon âme, il y a, mon bon Monsieur, que je viens de voir des choses affreuses ;... quelque chose comme une figure de revenant,... là haut... sur cette muraille effrayante... Quand j’y songe, Monsieur, c’est terrible de se trouver dans des affaires pareilles... Ah ! j’ai besoin d’avoir la paix si je veux en revenir.

Henri [riant et regardant sur la table). — Oui, je comprend un peu votre maladie ; la visite de votre ami, vous à mis en frais de politesse un peu plus qu’il ne faut... Si je ne me trompe pas, je crois que vous avez voulu renouveler la connaissance jusqu’au fond de la bouteille.

Arthur. — Vous me jugez bien mal, monsieur l’aide-de-camp. Je vous assure que je dis la vérité toute entière.

Henri.-— Un peu de calme, l’ami, [lui 'présentant une fiole remplie de liquide). Prenez ceci... v’ià de quoi vous remettre.

Arthur. — Merci tout de même ; mais, veuillez me croire, ce que j’ai vu, n’est pas une illusion.

Il y a quelque chose d’extraordinaire là-dessous... Et puis. Voyez ! comment expliquer la présence de ce prisonnier ici.... j’ai une bien vague idée de la manière dont la chose est arrivée,... mais tout me confirme que je ne suis pas le jouet d’une mystification.

Henri. — Homme crédule que vous êtes.... Ne voyez vous pas que votre charmant ami a tenté de vous faire passer un mauvais quart d’heure.... Allons donc ! tachez de vous réveiller et de chasser loin de vous ces vaines terreurs que le vilain cauchemar de la bouteille vous a laissées sur l’esprit... Quant au vieillard qui est assis immobile devant nous, il est aisé d’expliquer comment il se trouve ici... C’est sans doute un tour de votre ami, et sans mon intervention vous seriez peut-être à l’heure qu’il est l’heureux remplaçant du vieillard au fond de la cellule.

Arthur. — Vous voulez plaisanter, Monsieur. Ah! niez tant que vous voudrez ; je sais ce que je dis... Quand j’ai vu il y a un instant ce grand spectre sur le mur,... je me suis rappelé de suite la prédiction du vieillard et de l'accent prophétique de cette parole : u Jacques-Cartier ou Canada vengé.”

Henri. — Lâche, poltron. Pour un géolier vous

avez les nerfs pas mal sensibles . C’est sans

doute quelque magicien qui aurait encore voulu se moquer de votre crédulité... Voyons : pas d’enfantillage,... et laissez là les sortilèges et les oracles de votre personnage inspiré.... Un peu de besogne dissiperait, je crois, ces vaines pensées... A l’œuvre donc,... et venez m’aider à reconduire ce malheureux à son gite.

Arthur (s'approchant avec crainte , puis à part). — Ah ! vil argent,... sale métier. Je vous connais maintenant lâches complices !... C’en est fait, vénérable exilé ;... hélas, j’ai été ton éternel bourreau. Oh !

j’aurais voulu ! . mais il est trop tard pour le

repentir. Il se rapproche du prisonnier).

(En ce moment le vieillard lève la main lentement et l’étend dans la direction opposée ët son regard semble s’illuminer.)

Arthur ( comprend ce mouvement.) — Ah ! le voilà!... ce n’était pas un rêve ! non !... Voyez donc !... (avec volubilité montrant du doigt) là haut... c’estelle,... la vision promise ;... oui... à moi, à moi .

(Il chancelle et tombe. L’aide-de-camp est en même temps cloué par la stupeur à la muraille. Il est sans parole. Du fond de la scène se détache une forme blanche enveloppée dans un demi-jour et couronnée d’une auréole. On reconnaît les traits de Jacques-Cartier. Le prisonnier étend de nouveau la main. En même temps un bruit confus se fait entendre à la porte de la prison. Henri, Parizot et les autres acteurs arrivent à l’entrée avec un brillant personnage, Sir William de Lorny, plénipotentiaire anglais ; tous restent saisis en appercevant cette scène, puis ils avancent avec respect et avec hésitation au milieu de la pièce. Après une pause ils s’inclinent profondément et restent dans l’attente.)

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