‹ Jacques-CartierChapitre 25 sur 25 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

Arthur — Alexandre — Jean Cadada — Henri — Parizot et Sir William de Lorny.

(Une voix éloignée se détachant du! fond de la scène se fait entendre.)

Gloire, triomphe ! Gloire, triomphe ! ! (Des voix derrière le rideau répètent les mots : Gloire , triomphe !

La Vision, (d'une voix lente et lointaine). — Enfants du Canada! ne soyez pas troublés... Du fond de ma sombre retraite j’ai entendu la détresse de votre patrie,... et je suis venu vers vous... Vos cris vers la liberté ont brisé un instant les chaînes que la

mort a placées au seuil de ma tombe... Du haut de la gloire immortelle ou mon âme est plongée, combien de fois, mon regard s’est incliné vers ce sol qui fût témoin de mes travaux et de mes revers ?... Hélas pourquoi faut-il que des fils rebelles aient cherché à détruire l’œuvre des rois chrétiens de France ?... Mais, hier,... c’était l’exil,... aujourd’hui c’est le triomphe...Partout je vois briller la croix de la civilisation au-dessus des immenses solitudes ou mon pied s’est posé.... O Dieu puissant! fasse que le jeune peuple fondé par mes faibles mains grandisse dans les voies de l’honneur et de la justice... Enfants de la patrie, souvenez vous de la France ; soyez soumis à l’autorité de vos nouveaux maîtres. . . Votre destinée est écrite aux pages de l’avenir ;... que l’union,... la paix et l’harmonie régnent désormais entre les deux nobles races du sol canadien, afin que vous soyez deux peuples d’amis et de frères!... Et maintenant je retourne à mon froid linceul ; j’emporte dans la tombe votre souvenir et l’oubli des fautes. Pour vous j’ai souffert les ignominies et l’ingratitude ;...mais au sein de la félicité, mon regard peut désormais contempler vos succès et les espérances de la patrie.... Adieu donc, fils dévoués; bénissez avec amour la mémoire de Jacques-Cartier et le Canada sera vengé.

(Le prisonnier agite sa main et semble sourire. Tous s’inclinent et la vision disparait après quelques moments. Les acteurs prennent place au milieu de la scène.)

Parizot. — Eh ben, les amis, que pensez vous de tout ça ?...Je vous l’avais ben dit qu’il ne se passerait pas des longues années sans qu’on aurait une apparition pareille... Et puis vous autres, les cœurs, {en se dirigeant du côté du géolier à demi mort et de V aide-de-camp). Connaissez-vous ce que c’est qu’un habitant à présent ?...Si cette affaire a pu seulement vous mettre un peu de cœur dans la poitrine,...

c’est tout ce que je demande. Maintenant, Monsieur le Sire {s’adressant à Sire William de Lorny ), avant qu’on se sépare, il y a des comptes à régler... Voici des vilains gaillards à qui le coup de toute à l’heure ne suffit pas... Avec des serviteurs ingrats comme ceux-là, ...il n’y a qu’une chose à faire ;... c’est de se dispenser de leurs services à l’avenir... C’est le seul moyen de fermer cette prison, et de réhabiliter les victimes innocentes.

Sir William de Lorny. — La mission que j’ai à remplir est une mission de paix. J’ai écouté avec un grand respect la voix sublime qui a convié les deux peuples à l’harmonie et à la concorde... Devant le commandement, j’obéirai.

Parizot. — Au nom de toute la compagnie, merci Monsieur le Sire. Quant à moi, je n’ai qu’une petite faveur à vous demander avant de partir... Envoyez-nous un petit fonds pour bâtir un monument à Jacques-Cartier... Ça fera plaisir aux anglais comme aux Canayens. Dans tous les cas, Anglais ou Canayens, Irlcndais ou Ecossais,... c’est moi qui vous le dit :...ne prenez jamais d’employés qui laissent traîner les belles surpliques que le monde adresse aux grands Messieurs du gouvernement... Sans moi, les gens d’Hocbelaga se passaient du portrait de Jacques-Cartier et u le Canada n’était pas vengé.”

Sir William de Lorny. — J’accorde ta demande, mon brave. . .pour toi:. . .voici une décoration comme souvenir et marque d’estime... Et puis, va dire à ta patrie d’Hochelaga que par Jacques-Cartier elle a été le point de départ de la civilisation canadienne,... par lui aussi elle en sera le point d’arrivée {Se tournant du côté de l’ auditoire).

Et maintenant vous tous qui m’écoutez,... que ce récit vous apprenne une noble et grande chose :

c’est que malgré le malheur, l’adversité et les épreuves pour les peuples comme pour les individus, avec le travail l’union et une sainte confiance,... s’il est une providence qui éprouve, c’est aussi celle qui récompense les vertus sublimes et donne le succès aux entreprises courageuses .

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